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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 08:30

Emprisonné pendant vingt-huit ans pour avoir combattu l’apartheid, Nelson Mandela a été libéré en 1990 par le président sud-africain F. W. DE Klerk, avec lequel il a reçu conjointement le prix Nobel de la Paix. Quatre ans plus tard, Mandela a remplacé de Klerk, devenant ainsi le premier président noir du pays. Désormais retiré de la vie politique nationale, il partage son temps entre l’action caritative et la diplomatie africaine. La Fondation des parcs de la Paix a été créée sous son haut patronage, et c’est à ce titre qu’il a répondu aux questions de Peter Godwin en juillet 2000, à Johannesburg.

 

 

PETER GODWIN : La vie sauvage a-t-elle tenu un rôle important dans votre propre existence ?

 

NELSON MANDELA : Je suis né sur les rives d’un fleuve très connu dans notre partie du monde, le Mbashe. Même si sa célébrité ne peut, évidemment, être comparée à celle du Mississipi ! Il est bordé de forêts où vivent d’innombrables sortes d’animaux. Ils font donc partie de ma vie.

 

P. G. : Ces animaux vous ont-ils manqué pendant vos années de captivité ?

 

N. M. : Cela ne fait pas le moindre doute. Lorsqu’on m’a transféré dans un endroit qui s’appelait Polsmor, il y avait une forêt derrière nous et je n’ai pas cessé de demander aux autorités : « Ecoutez, je suis né dans une forêt. Une touffe d’herbe, ça représente quelque chose de très important pour moi. Pourquoi ne peut-on pas aller tout simplement marcher dans la forêt ? » Ils croyaient que je voulais m’évader et ils répondaient : « Il n’en est pas question. Ne parlez plus de ça. » Souvent, des serpents venus de la forêt toute proche pénétraient dans la cour. Une fois, j’ai failli être piqué parce qu’un des gardiens, quand il a vu le serpent, s’est précipité sur lui avec un bâton. Je lui ai dit : « Non, regarde-le, ne le tue pas ! » Mon peuple est habitué aux serpents. Un serpent ne vous attaquera jamais, à moins que vous n’ayez peur de lui, que vous marchiez dessus ou que vous vous teniez entre lui et son trou. Le gardien ne voulait pas avoir à rendre des comptes au cas où le serpent me piquerait. On continuait à discuter et il s’est avancé pour le tuer. J’ai essayé de l’arrêter, mais il était grand et fort. Il m’a renversé en me repoussant. Je suis tombé à côté du serpent qui m’a immédiatement attaqué.

 

P. G. : Il vous a piqué ?

 

 

N. M. : Non, j’ai eu de la chance, j’ai pu m’écarter juste à temps. J’étais plus jeune, à cette époque !

 

P. G. : On doit sans cesse vous solliciter, afin que vous patronniez des organisations ou que vous défendiez des causes. Qu’est-ce qui vous a décidé à apporter votre soutien au projet des Parcs de la Paix ?

 

N. M. : Réunir des réserves voisines appartenant à deux ou plusieurs pays différents restaure les régions naturelles de notre continent et permet aux animaux de se déplacer sur de plus vastes zones. Le concept des parcs transfrontaliers constitue un symbole fort de la volonté des pays de vivre en paix et de se montrer solidaires. Et ces parcs attirent un grand nombre de touristes étrangers, qui fournissent des emplois aux habitants de ces régions.

 

P. G. : Comment faire, à votre avis, pour convaincre les populations locales d’accepter l’existence de ces parcs alors que nombre d’entre elles aimeraient plutôt cultiver les terres ?

 

N. M. : Si le gouvernement décide d’une façon unilatérale de créer des parcs transfrontaliers sans consulter les membres de la communauté, celle-ci refusera de coopérer. En revanche, si la communauté est correctement consultée et intégrée au projet, elle coopérera, surtout si elle peut tirer des bénéfices du réseau de parcs transfrontaliers.

 

P. G. : Comment lutter contre le braconnage, l’une des plus grandes menaces pour la faune africaine ?

 

N. M. : Le parc national Kruger est entouré d’autres réserves, dont certaines sont privées et le fruit d’un partenariat entre des entreprises de villes comme Johannesburg ou Pretoria et la communauté locale. Elles possèdent ces parcs conjointement. Dans ce cas de figure et quand la communauté coopère –c’est notre chance-, cela peut amener du travail et donc des devises. Alors le braconnage prend fin.

 

P. G. : Que pensez-vous des plaintes formulées par certains Africains à propos des Occidentaux qui font la leçon aux pays d’Afrique pour qu’ils préservent leur faune, alors que tant d’animaux sauvages, et surtout des prédateurs, ont été exterminés chez eux ?

 

 

N. M. : C’est comme les élections. Quand les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne organisent des élections, ils ne font pas venir des observateurs africains ou asiatiques. Mais quand il y a des élections chez nous, ils veulent que des observateurs soient présents. Bien avant l’arrivée des Blancs, nous avions, au sein de nos communautés, de très bonnes lois sur la protection de la nature. Le chef d’une zone disait : « Si vous, le peuple, vous voulez couper du bois pour le feu, vous devez me demander l’autorisation. Si vous voulez chasser, s’il vous plaît, ne le faites pas de façon chaotique parce que nous voulons préserver les animaux, et vous devez donc demander la permission. » Et le chef ajoutait : « Je vais prévoir une période particulière de l’année où l’on pourra chasser. » C’est ainsi que la protection de la nature existait bien avant l’arrivée des Blancs.

 

P. G. : Etes-vous conscient du ressentiment qui anime certains pays africains face à la prédominance économique de l’Afrique du Sud, et des susceptibilités que suscite le fait que même ce projet des parcs de la Paix est dominé par l’Afrique du Sud ?

 

N. M. : Nous avons hérité d’un système issu du régime de l’apartheid qui, par sa puissance économique, son système financier développé, son armée, etc., était capable d’intimider les pays voisins. Aujourd’hui, nous avons une autre façon de gouverner. Pourtant, nos voisins éprouvent encore du ressentiment. La meilleure chose à faire est donc d’entrer dans la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, et de servir ainsi l’intérêt collectif de toute la région. Ce sera la seule façon de mettre un terme à ce ressentiment et de partager nos ressources.

 

P. G. : Trouvez-vous le temps d’aller dans la brousse ?

 

N. M. : Je me rends effectivement dans les réserves chaque fois que je peux. J’aime vraiment y aller, je m’y sens bien. Mais la pression du travail m’empêche souvent de le faire.

Source : National Geographic n°24

 

Nelson Mandela s'est éteint jeudi 5 décembre 2013 à l'âge de 95 ans, à Johannesburg, après plus de 3 mois d'hospitalisation. Adieu Madiba !

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Publié par Delphina - dans Rétrospectives
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commentaires

MarcM 07/12/2013 20:07

Un grand hommage à ce grand homme qui nous a quitté jeudi...

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