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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 13:35

Connu pour ses théories originales sur le multiculturalisme, Will Kymlicka signe avec son épouse, Sue Donaldson, une analyse politique des obligations et des devoirs de l’homme envers les animaux.

 

 

On a beau aimer les bêtes, les protéger, leur éviter la souffrance, ne pas manger leur viande, un nuage de scepticisme se lève toujours quand on envisage de leur attribuer des droits, car on voit mal quel droit aurait le moustique sinon celui de rencontrer violemment le devoir qu’a la main de l’écraser avant qu’il ne pique. Alors, qu’on lise Zoopolis, une somme qui fait faire à la réflexion sur l’animal un bond décisif.

 

Will Kymlicka, 54 ans, canadien, professeur de philosophie politique à la Queen’s University de Kingston et la Central European University de Budapest, est considéré comme l’un des plus fins analystes du multiculturalisme. On lui doit d’avoir introduit dans la réflexion sur les droits des minorités des points de vue originaux. Et, entre autres, élargi le concept de «diversité culturelle» selon le type de droits auxquels elle renvoie : les «droits à l’autonomie» ou à l’autodétermination des peuples, les «droits multiethniques» (dont la finalité est d’«aider les groupes ethniques et les minorités religieuses à exprimer leur particularité et leur fierté culturelle»), enfin les «droits de représentation sociale», qui visent à compenser les désavantages politiques subis par des groupes marginalisés systématiquement sous-représentés. C’est par ce biais que Kymlicka rénove la notion de «citoyenneté multiculturelle».

 

Instinct de vivre

 

Selon la théorie libérale classique, les sujets jouissent des mêmes droits et des mêmes garanties, indépendamment de leur appartenance ethnique, sexuelle, religieuse ou culturelle. Dans ce cadre, toute revendication, par des minorités, de régimes juridiques spéciaux ou différenciés apparaît illégitime, ou en contradiction avec l’universalisme et l’égalité de traitement de tous les citoyens. Le théoricien canadien trouve trop rigide cette façon de poser le problème, au nom même du libéralisme : les choix responsables et libres sont toujours indexés au patrimoine de valeurs et de traditions personnelles ou propres au groupe d’appartenance, aussi minoritaire soit-il. Si on coupe ce lien, on porte atteinte à la liberté, à la formation de l’identité de la personne, et on lèse également la possibilité de sa socialisation et de son intégration. Mais si on attribue de façon différenciée droits, garanties et devoirs, on porte atteinte à l’idée même de citoyenneté, qui ne sera plus symbole d’appartenance à une communauté faite de règles pour tous et par tous partagées.

 

C’est cette voie apparemment sans issue que dégage l’œuvre de Kymlicka, en proposant, à côté des droits sociaux - vecteurs de protections et des bénéfices matériels mais non d’intégration - des «droits culturels», qui à la fois protègent l’autonomie culturelle (ou religieuse) des groupes particuliers et développent un «sentiment partagé de loyauté» envers la culture commune, premier pas vers la coexistence pacifique dans une société multiculturelle. Ces droits auraient la même fonction «intégrative» que les droits sociaux attribués tour à tour aux ouvriers, aux femmes, aux handicapés, aux homosexuel(le)s, aux chômeurs, aux enfants, etc.

 

L’apport principal de Kymlicka a été d’introduire la notion de culture dans le débat sur la citoyenneté, et de souligner que les sphères culturelles, aussi éloignées soient-elles, peuvent «s’épouser», s’échanger, se partager, s’enrichir l’une par l’autre, et que donc, paradoxalement, l’attachement de groupes particuliers à leurs racines traditionnelles n’est en rien un «mur» mais un facteur positif d’inclusion sociale. Ce faisant, le philosophe a dû, au passage, montrer qu’il n’existe aucun argument apte à justifier une quelconque discrimination de genre, d’orientation sexuelle, d’ethnie ou de pratique religieuse. Il était donc normal qu’il en arrivât aux discriminations d’«espèce», et appliquât aux animaux les catégories forgées pour les humains dans le creuset de la théorie de la citoyenneté - et ce dans la mesure où ils partagent sur bien des points une même «condition», habitent la même Terre, sont soumis à la mort et exposés à la souffrance, sentent, éprouvent des émotions, tissent des relations, ont la même volonté ou instinct de vivre… Zoopolis - Une théorie politique des droits des animaux, que Kymlicka signe avec sa femme, Sue Donaldson, est donc bien plus qu’un énième ouvrage «animalier» : il est destiné à devenir un classique de l’analyse politique, car, en utilisant pour les animaux «les idées de souveraineté, de résidence, de migration, de territoire, d’appartenance sociale et de citoyenneté», non seulement il outrepasse ces classiques de l’éthique ou de la déontologie que sont déjà Libération animale de Peter Singer ou Pour les droits des animaux de Tom Regan, mais ouvre des voies nouvelles à la philosophie elle-même.

 

Kymlicka et Donaldson partent d’un constat : depuis Jeremy Bentham - qui a marqué une véritable rupture épistémologique en notant que ce qui importe n’est pas de savoir si les animaux parlent ou pensent mais de savoir s’ils souffrent - la cause animale a considérablement avancé. La conviction qu’il faille respecter la vie des bêtes, éviter la maltraitance et l’exploitation, interdire les «pratiques d’extrême cruauté», est entrée dans la conscience publique. Cette éthique animale s’est développée «dans l’un des trois grands cadres moraux» que dessinent l’«approche "welfariste"», l’«approche écologique» et l’«approche dite des "droits de base"». La première reconnaît l’«importance du bien-être animal d’un point de vue moral», mais le «subordonne aux intérêts des êtres humains». Ce principe d’un «usage éthique» des animaux semble être celui qui est majoritairement partagé - et le plus facilement réduit à l’opinion diffuse selon laquelle il est juste de se soucier du bien-être animal mais encore plus de se préoccuper des enfants exploités, des hommes qui sont dans la misère, exposés aux guerres, confrontés aux catastrophes naturelles, etc.

 

«Êtres individuels»

 

L’«approche écologique» privilégie, elle, la «santé des écosystèmes, dont les animaux sont un élément essentiel». Elle critique de «nombreuses pratiques ayant un impact dévastateur sur les animaux, comme la destruction de l’habitat, la pollution ou la responsabilité majeure de l’élevage industriel dans l’émission de CO2», mais accepte celles qui n’ont pas d’impact sur les systèmes écologiques (chasse, élevage durable, élimination d’une espèce invasive…).

 

La troisième approche est celle qui se rallie au modèle des «droits des animaux». Elle représente une «extension naturelle de la conception de l’égalité morale qui sous-tend la doctrine des droits de l’homme», car elle reconnaît aux animaux des «droits inviolables» : en tant qu’«êtres individuels», ils ont le droit de «ne pas être torturés, emprisonnés, soumis à des protocoles d’expérimentations médicales, séparés de leurs familles ou abattus parce qu’ils ont mangé trop d’orchidées rares ou parce qu’ils ont altéré leur habitat». Eu égard à leurs «droits moraux fondamentaux», hommes et animaux «sont égaux, et non pas maître et esclave, gestionnaire et ressource, tuteur et mineur, ou bien encore créateur et artefact». Bien que la plus approfondie en philosophie, cette théorie des droits des animaux (TDA) est cependant la plus mécomprise et ne rencontre «quasiment aucun écho auprès du grand public», qui a du mal à réaliser quels droits peuvent bien avoir la moule ou les acariens. Ce n’est pas surprenant, écrivent Kymlicka et Donaldson : cette théorie est en effet «intenable d’un point de vue politique». Le but de Zoopolisest de l’amender pour qu’elle devienne non seulement «tenable», mais rende raison de la «complexité empirique et morale des relations entre humains et animaux».

 

Écureuils et cerfs

 

La TDA s’est en effet contentée d’établir une liste de droits négatifs (ne pas maltraiter, ne pas tuer…), et les a appliqués de façon générique, comme le fait sur le plan politique la théorie libérale qui, au nom de l’universalisme, attribue à tous les mêmes droits et les mêmes garanties. C’est pourquoi Kymlicka et Donaldson préconisent des obligations positives envers les animaux, conçus comme «résidents» originaires ou immigrés (porter secours, «concevoir nos édifices, nos routes et nos quartiers en tenant compte de leurs besoins»…), et également des devoirs relationnels, c’est-à-dire «les devoirs qui ne découlent pas uniquement des caractéristiques intrinsèques des animaux (comme leur conscience), mais également les relations géographiques et historiques spécifiques qui se sont développées entre certains groupes d’animaux et certains groupes d’humains». Dans le cas des hommes, on dispose de cadres sociaux bien établis pour penser ces droits de façon relationnelle : employeur/employé, parent/enfant, enseignant/élève, etc. Il s’agira dès lors d’«identifier des catégories similaires dans le contexte animal, de décrire avec précision […] les devoirs positifs qui leur correspondent».Et ce, en sachant d’une part que les animaux, même s’ils ne sont pas domestiques (renards, écureuils, cerfs, chauves-souris…) font partie de la société et sont «affectés chaque fois que nous abattons un arbre, que nous obstruons une voie navigable, que nous construisons une route, un lotissement ou une tour», et que, d’autre part, ils entretiennent des relations dont il est aisé de voir qu’elles sont celles qu’il revient à la politique de traiter, à savoir la capacité de suivre des normes, la possibilité d’être autonomes ainsi que les «différentes formes de souveraineté territoriale, de colonisation, de migration, d’appartenance sociale». Il s’agit donc bien de penser une zoopolis, de concevoir une politique des droits des animaux, fondée sur l’idée de communauté citoyenne, où seraient associés droits négatifs universels et droits positifs différenciés, pour les animaux comme pour les hommes.

 

Depuis Singer et Regan, la réflexion morale sur l’animal s’est beaucoup enrichie, grâce aux contributions venues de Jacques Derrida ou de la pensée anglo-saxonne, de l’éthique des vertus (Rosalynd Hursthouse) ou de l’éthique des «capacités» (Martha Nussbaum). Avec Zoopolis, Will Kymlicka et Sue Donaldson lui font faire un saut qualitatif vers l’élaboration d’une théorie politique soucieuse de justice et de liberté, qui, après avoir inclus dans la citoyenneté tous ceux et celles à qui les droits ont été niés pendant de longues ères historiques - en raison de leur sexe, leur orientation sexuelle, la couleur de leur peau, leur provenance géographique ou leur appartenance ethnique - y intègre désormais ces autres «résidents» sociaux que sont les animaux.

 

Article de Robert Maggiori, paru sur http://next.liberation.fr/livres/2016/10/26/zoopolis-la-bete-a-bon-droit_1524505

 

Will Kymlicka, Sue Donaldson 

Zoopolis. Une théorie politique des droits des animaux

Traduit de l’anglais par Pierre Madelin, relu par Hicham-Stéphane Afeissa, postfacé par Corine Pelluchon, Alma

408 pp. 25,90 €.

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Publié par Delphina - dans idées livres
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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 13:15

Vingt-neuf élèves, de 21 à 61 ans, ont fait leur rentrée le 5 septembre pour obtenir un diplôme en droit animalier. Un cursus unique en France.

 

En apparence, c’est un cours de droit tout ce qu’il y a de plus classique. A ceci près que les exemplaires du code civil posés sur les tables sont estampillés du logo de la Fondation 30 Millions d’amis. Et que certains ordinateurs affichent les couleurs d’autres associations de protection animale : L214, le WWF ou Sea Shepherd. Sur le campus de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), une antenne de l’université de Limoges, 29 étudiants suivent depuis lundi 5 septembre le premier diplôme universitaire (DU) en droit animalier de France. Deux semaines d’enseignement – 54 heures au total – dispensées par neuf professeurs de droit pour « faire avancer la protection des animaux ».

 

 

« Depuis la loi du 16 février 2015, les animaux sont considérés comme des êtres vivants doués de sensibilité dans le code civil, et sont extraits de la catégorie des biens », énonce, lors du premier cours consacré aux statuts juridiques de l’animal, Jean-Pierre Marguénaud, professeur de droit privé, fondateur de la Revue semestrielle de droit animalier et cocréateur du diplôme. C’est à la suite de cette « avancée juridique majeure » qu’il a décidé, avec sa collègue Lucille Boisseau-Sowinski et en partenariat avec 30 Millions d’amis, de créer un diplôme universitaire qui soit « uniquement consacré à cette discipline en plein essor mais complexe et mal maîtrisée ».

 

« Le droit animalier est difficile à appréhender, dans la mesure où il touche à de nombreuses branches, qu’il s’agisse des droits civil, pénal, rural, environnemental, européen ou encore aux règles de bien-être, note Mme Boisseau-Sowinski, maîtresse de conférences en droit privé. Actuellement, il n’est jamais enseigné dans le cursus commun de la licence ou du master en droit. » Seule exception, la faculté de Strasbourg délivre depuis un an des cours de droit animal, mais dans le cadre d’une spécialisation (« animaux : sciences, droit et éthique ») au sein d’un master plus général intitulé « ethique et sociétés ».

 

L’université française reste très en retard par rapport aux Etats-Unis, qui enseignent le droit animalier depuis une vingtaine d’années. « Les trois quarts des facs américaines proposent cette discipline, et l’université de Lewis & Clark, à Portland (Oregon), a même un master uniquement consacré à cette question », indique Olivier Le Bot, professeur de droit public à l’université d’Aix-Marseille, qui intervient dans le master de Strasbourg et le nouveau diplôme de Limoges.

 

« Les débouchés ne sont pas assez importants pour créer un master à part entière, juge de son côté Lucille Boisseau-Sowinski. Les responsables juridiques d’associations ou les avocats qui prennent des dossiers de droit animal le font en général en parallèle d’autres activités. C’est pourquoi notre diplôme, ouvert aux bac + 2, ne mène pas à un métier mais à des connaissances, une spécialisation complémentaire à un parcours. »

 

Cookies végans en pays bovin

 

Conséquence de ce choix : une première promotion très hétérogène. Parmi les 29 admis – sur 83 candidatures reçues –, on compte 17 étudiants en formation initiale et 12 en formation continue, âgés de 21 ans à 61 ans et provenant de 17 départements. Une magistrate, des avocats ou un professeur de philosophie côtoient ainsi des étudiants en sciences politiques, en droit, en éthologie, des attachés territoriaux ou encore un comportementaliste canin. Un seul trait commun rassemble une majorité des élèves : 24 sont des femmes, pour seulement 5 hommes.

 

A la pause déjeuner, sur la pelouse de l’université corrézienne, la petite troupe débat de végétarisme en partageant des salades de quinoa et des cookies végans. Une scène inhabituelle, en plein cœur d’un pays d’élevage bovin. « J’ai toujours été sensible à la question animale mais mon engagement remonte à l’époque où j’ai adopté un chien qui avait été battu, raconte Perrine Ferrer, dynamique doctorante de 26 ans, qui mène une thèse en droit de la familleà l’université Paris-1. L’humain ne peut pas s’octroyer un droit de vie ou de mort sur les animaux. C’est une conviction d’ordre philosophique, mais c’est par le droit que l’on peut faire changer les choses. »

 

Or, juge-t-elle, « la maltraitance animale n’est pas suffisamment punie aujourd’hui », car le « droit animalier ne rencontre aucun écho chez les juristes, à part des rires ». Quand l’étudiante a annoncé qu’elle suivrait le cursus de Brive, elle s’est vu rétorquer : « Si cela vous fait plaisir, allez-y, mais pour votre carrière, cela ne servira à rien. »

 

Plus qu’une ligne supplémentaire sur leur CV, c’est surtout la perspective d’une meilleure protection des animaux qui motive les étudiants. Tous sont des passionnés de la première heure, souvent militants. Comme Alice Rodriguez, 23 ans, titulaire d’un master 1 en éthologie à Paris-13, qui vient de fonder un collectif avec des « amis du mouvement Nuit Debout » pour organiser des débats et, à terme, créer des sanctuaires pour animaux. « J’aime énormément les félins, raconte-t-elle. Je me suis rendue compte qu’ils étaient en voie d’extinction et qu’il fallait les protéger dans leur milieu sauvage. »

 

250 à 1 050 euros la formation

 

Les chats, c’est aussi le rayon de Fabienne Cacciapaglia. Depuis sept ans, cette professeure de SVT dans un collège de l’Isère a pris en charge, dans le cadre de son association Les EntreChats, 750 félins errants qu’elle soigne, stérilise et propose à l’adoption. « Le droit animalier va me fournir de solides connaissances, à la fois pour connaître les démarches que l’on peut entreprendre en tant qu’association et pour livrer aux élèves des informations claires et rigoureuses, qui vont au-delà de ma sensibilité propre », affirme-t-elle.

 

Il y a encore Pierre Georget, cheveux assortis à sa chemise blanche, qui a dirigé une entreprise de la grande distribution, avant de reprendre ses études en droit afin « d’aider les associations à faire des propositions juridiques qui tiennent la route et mener du lobbying auprès des parlementaires ».

 

Reste que si une bonne connaissance du droit peut conduire à une évolution de la jurisprudence, « les grandes réformes concernant l’exploitation animale ne peuvent se faire dans les prétoires mais au Parlement », assure Lucille Boisseau-Sowinski. D’ici là, le DU de Limoges, facturé entre 250 et 1 050 euros selon le profil des étudiants (hors droits d’inscription universitaires), espère nouer des liens avec des écoles vétérinaires et de la magistrature pour la rentrée 2017.

Source : http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/09/08/a-l-universite-de-brive-avec-la-premiere-promo-qui-veut-defendre-les-animaux_4994736_1652692.html

 

EN SAVOIR PLUS : 

-> Présentation officielle de la formation, des modalités d'inscription et débouchés sur le sie de l'université de Limoges : http://www.fdse.unilim.fr/article937.html

-> Publications de la revue semestrielle de Droit Animalier par l'université : http://www.unilim.fr/omij/publications-2/revue-semestrielle-de-droit-animalier/

-> Evolution de la définition juridique de l'animal dans le Droit français : http://www.passionanimale-delphina.fr/2014/04/le-statut-juridique-des-animaux-remis-doucement-en-question.html

-> Ethique et condition animale étudiées par Florence Burgat dans l'article "Les Animaux ont-ils des droits?" publié dans la revue Sciences Humaines : http://www.passionanimale-delphina.fr/2016/02/les-animaux-ont-ils-des-droits.html

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 12:56

Après la SPA, l'humoriste Rémi Gaillard s'engage avec l'association Animalter contre la fourrure, pour sensibiliser les jeunes à ne plus en acheter et obliger les grandes marques à ne plus en commercialiser.

 

 

Rémi Gaillard continue son combat pour la cause animale avec une campagne contre la fourrure. Après s'être enfermé pendant quatre jours dans une cage pour récolter des fonds pour la SPA, il se met en scène dans des affiches diffusées dans le métro parisien pendant une semaine pour sensibiliser le grand public à ne plus porter de la fourrure.

 

L'objectif est de «sensibiliser les jeunes qui achètent de la fourrure sans même s'en rendre compte, avec la mode des vestes à capuches». Aujourd'hui la plupart de la fourrure est produite pour ces vêtements, à des prix souvent accessibles (parfois moins de 50 euros) loin de l'image des manteaux de fourrure dans les boutiques de luxe. Le but de la campagne est d'obliger les marques qui produisent encore ces vestes de les retirer du marché ou d'utiliser de la fourrure synthétique.

 

Sensibiliser et proposer des alternatives

 

Aux côtés de Rémi Gaillard sont présentes d'autres personnalités qui se sont fait connaître sur Youtube, le comédien Greg Guillotin du collectif Nou et la youtubeuse du sud de la France Georgia Horackova, très engagée pour la cause animale.

Vidéo (lien youtube : https://youtu.be/50GEXAQ1sEk )

 

Les affiches ainsi que la campagne VireTaCapuche sont menées par le collectif Mode sans fourrure, créé par l'association Animalter. «Par ces affiches nous voulions attirer l'attention des jeunes en restant sérieux» explique Cyril Bret, bénévole. «Nous préférons donner des solutions, des alternatives, plutôt que seulement dénoncer par des images chocs». Sur le site de la campagne Vire Ta Capuche sont présentées des moyens de vérifier si la fourrure est vraie ou non. Par exemple, brûler quelques poils, et si ça sent le cheveu brûlé, c'est qu'il s'agit bien de fourrure animale.

 

Les affiches ont dans un premier temps été censurées par Mediatransports qui s'occupe de la publicité dans le métro à Paris, invoquant des situations représentées qui correspondent à des actes de strangulation et l'utilisation d'images pouvant heurter la sensibilité de certains publics. Mais après des discussions de nouvelles affiches ont été proposées par l'association et acceptées. Elles sont donc présentes jusqu'au 23 novembre dans une cinquantaine de stations de métro et de RER de la région parisienne, comme République, Nanterre Préfecture ou encore Château d'Eau.

Source de l'article : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/11/17/01016-20161117ARTFIG00186-remi-gaillard-s-engage-contre-la-fourrure-dans-le-metro-parisien.php

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 12:34

Deux sorties littéraires d'octobre qui traitent du même thème : démontrer que les animaux sont tout autant intelligents que les humains, voire plus, et démonter les "bêtes" stéréotypes.

 

Sommes-nous trop 'bêtes' pour comprendre l'intelligence des animaux ?

FRANS DE WAAL

Editeur : Les liens qui libèrent

Date de parution : 05/10/2016

320 pages

Format : 22 x 2,9 x 14,6 cm

Prix : 24 euros

 

Dans ce livre fascinant, Frans de Waal, psychologue et primatologue mondialement reconnu, nous amène à réexaminer tout ce que nous croyions savoir sur l’intelligence animale – et humaine.

 

Présentation par l'éditeur : 

 

Qu’est-ce qui distingue votre esprit de celui d’un animal ?  Vous vous dites peut-être : la capacité de concevoir des outils ou la conscience de soi – pour citer des traits qui ont longtemps servi à nous définir comme l’espèce dominante de la planète.

 

Dirons-nous que nous sommes plus stupides qu’un écureuil parce que nous sommes moins aptes à nous souvenir des caches de centaines de glands enterrés ? Ou que nous avons une perception de notre environnement plus fine qu’une chauve-souris dotée de l’écholocalisation ?

 

De Waal retrace l’ascension et la chute de la vision mécaniste des animaux et ouvre notre esprit à l’idée d’un esprit animal bien plus raffiné et complexe que nous ne l’imaginions…

 

Frans de Waal nous emmène à la découverte de pieuvres qui se servent de coques de noix de coco comme outils ; d’éléphants qui classent les humains selon l’âge, le sexe et la langue ; ou d’Ayumu, jeune chimpanzé mâle dont la mémoire fulgurante humilie celle des humains. Sur la base de travaux de recherche effectués avec des corbeaux, des dauphins, des perroquets, des moutons, des guêpes, des chauves-souris, des baleines et, bien sûr, des chimpanzés et des bonobos, Frans de Waal explore l’étendue et la profondeur de l’intelligence animale. Il révèle à quel point les animaux sont en réalité intelligents et à quel point, trop longtemps, nous avons sous-estimé leurs aptitudes.

 

 

Révolutions animales : comment les animaux sont devenus intelligents

KARINE LOU MATIGNON
PRÉFACE DE JANE GOODALL

Coédition ARTE éditions / Les Liens qui Libérent 
Date de parution : 19 octobre 2016 
576 pages 
Format : 19,6 x 25,5cm 
Prix : 38 euros

 

"Hier, jugée anecdotique, la sollicitude pour les animaux induite par la connaissance, est désormais une question sociétale et s’impose progressivement sur la scène économique et politique mondiale. Elle augure d’autres manières de vivre ensemble."

 

Un livre d’actualité, rigoureux et accessible, qui porte un nouveau regard sur le monde des animaux.

 

Basé sur les avancées des connaissances scientifiques sur les compétences des animaux et l’histoire des relations hommes/animaux, ce livre est le premier ouvrage complet en France dédié à ces questions. Une première partie réunit les connaissances actuelles sur les compétences des animaux à la lumière des découvertes les plus récentes. Dans une seconde partie, c’est l’histoire des relations entre les hommes et les animaux, des origines jusqu’à nos sociétés modernes, en passant par les différentes époques et cultures, qui est abordée, ainsi que la question très actuelle, mais aussi d’avenir, du bien-être et des droits des animaux. Pour la première fois, la recherche et la pensée sont traitées sur un pied d’égalité avec les sujets d’actualité.

 

Site officiel (extrait, liens pour le commander) : http://www.revolutionsanimales-lelivre.com/

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 12:25

Sa performance vise à sensibiliser l'opinion à la cause animale. Son succès dépasse toutes les prévisions.

 

 

Enfermé pour la bonne cause. Rémi Gaillard est entré dans une cage du refuge de la SPA de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), vendredi 11 novembre à midi, afin de sensibiliser l'opinion sur le sort des animaux abandonnés. 

 

L'humoriste avait promis de quitter sa cellule de 3m² quand les 300 animaux du lieu auront été adoptés, ou quand il aura permis la collecte de 50 000 euros en faveur de l'association. Les internautes, en effet, sont invités à participer financièrement sur la plateforme Leetchi.com ou sur la loterie en ligne Bravoloto. A chaque grille remplie, un centime est reversé à la SPA.

 

Mission accomplie. Samedi, Rémi Gaillard revendiquait déjà près de 100 000 euros de dons sur son profil Facebook, où la performance est diffusée en direct. Malgré le succès de l'opération, il n'a toujours pas quitté sa cage.

 

"C'est impressionnant cette mobilisation"

 

"J'ai plus appris avec mon propre chien, disparu voici quatre ans, qu'avec les humains", a expliqué l'humoriste, cité par Le Parisien, épaulé par l'humoriste Nicole Ferroni. La directrice de la SPA, Annie Benezech, est aux anges. "C'est impressionnant ce qui se passe ici, cette mobilisation. L'ampleur que ça prend. D'habitude, on n'ouvre même pas le 11 novembre."

 

"Même bien équipé, je redoute le froid, expliquait Rémi Gaillard à Paris-Match, avant le début de sa performance. Mais contrairement à ces pauvres animaux, moi, j’ai eu la chance de pouvoir choisir un enclos plein sud pour ne pas louper les rayons du soleil !" Les nombreux soutiens reçus lui ont sans doute réchauffé le cœur.

 

Lu ici : http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/enferme-en-cage-l-humoriste-remi-gaillard-recolte-100-000-euros-pour-la-spa_1917661.html

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 19:33

AFP / OBS - L'association L214, qui milite pour le bien-être animal et l'abolition de la consommation de viande, a diffusé jeudi de nouvelles vidéos-choc pour dénoncer les pratiques des abattoirs: en ligne de mire cette fois l'abattage de vaches en gestation, pratique courante qu'elle veut faire interdire. (vidéo en fin d'article)

 

Ces nouvelles images ont été tournées par Mauricio Garcia-Pereira, employé depuis sept ans à l'abattoir de Limoges et révulsé par les foetus de veaux qu'il a vu arrachés du ventre de leur mère à peine abattue.

 

Il a grandi dans une ferme et mange volontiers de la viande. Mais il "n'en peut plus" et s'est allié à l'association pro-vegan L214 pour lancer l'alerte à visage découvert, a-t-il dit à l'AFP. Une première dans l'histoire de l'association dont les vidéos choquantes de souffrances animales ont provoqué la fermeture temporaire de certains abattoirs et abouti à la création d'une commission d'enquête parlementaire.

 

Les images prises clandestinement par Mauricio Garcia-Pereira prouvent que des vaches portant des veaux prêts à naître sont fréquemment abattues, estime L214.

 

Or "il est interdit de transporter des vaches au-delà du huitième mois" de gestation, a affirmé à l'AFP son porte-parole, Brigitte Gothière. Selon elle, certains veaux figurant dans les vidéos "ont entre huit et neuf mois" car ils ont déjà des poils.

 

La législation européenne interdit le transport des animaux, et de fait leur abattage, "à compter de 90% du terme de la gestation, ce qui équivaut à huit mois pour une vache", confirme-t-on au ministère de l'Agriculture.

 

L214, qui a lancé une pétition pour faire interdire l'abattage des vaches gestantes "au moins lors du dernier tiers de leur gestation", a annoncé avoir déposé plainte contre X jeudi auprès du Tribunal de Limoges pour établir les responsabilités éventuelles.

 

Pas d'irrégularité pour la direction et la mairie

 

"Les images de vaches gestantes que j'ai vues ne relèvent pas d'une irrégularité, contrairement à la pratique qui consiste à faire entrer une caméra dans un lieu où la prise d’images est soumise à autorisation", a réagi le directeur de l'abattoir, Pascal Pain. "Mon métier, c'est de respecter la réglementation, pas d'avoir des états d'âme", a ajouté lors d'une conférence de presse le patron du plus gros abattoir municipal de France (300 à 500 bêtes par jour, 80 employés).

 

La ville de Limoges, propriétaire de l'abattoir, s'est elle aussi défendue de tout manquement. "Ce qu'il y a sur ces vidéos se passe dans les mêmes conditions partout: 100% des animaux qui vont à l'abattoir meurent", a ironisé le premier adjoint au maire, Guillaume Guérin (Les Républicains).

 

Le chef de file de l'opposition socialiste à la mairie, Philippe Rheilac, s'est également déclaré solidaire de l'abattoir, "acteur essentiel de la filière agroalimentaire en Limousin, région d'élevage."

 

Député européen du Limousin et socialiste lui aussi, Jean-Paul Denanot a de son côté annoncé avoir saisi la Commission européenne sur cette "pratique légale mais difficilement recevable au plan de l'éthique et du bien-être animal".

 

Les vidéos tournées par Mauricio ont horrifié la Société protectrice des animaux (SPA), qui demande à l'Etat de modifier la loi pour mettre fin à une "pratique innommable".

 

Quant à Brigitte Bardot, elle a accusé dans un communiqué de sa fondation le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, d'être le "complice de cette barbarie" et appelle les candidats à la présidentielle à "prendre au sérieux l'urgence des améliorations des conditions d'abattage".

 

Selon L214, 170.000 vaches gestantes sont abattues chaque année en France.

 

Il s'agirait d'une aberration économique pour un éleveur franc-comtois interrogé par l'AFP, "étonné des chiffres avancés". "Si une vache est pleine, sachant que déjà on paye l'insémination (45 euros environ), la plupart du temps, on la garde pour qu'elle vèle", estime cet éleveur.

 

Sur la foi de vidéos réalisées par un autre employé de l'abattoir, qui a pour sa part souhaité rester anonyme, L214 a également porté plainte contre l'abattoir de Limoges lui-même pour des "infractions répétées à la réglementation dans l'abattage et mauvais traitements sur animaux", notamment pour des étourdissements ratés de vaches et de cochons et pour une utilisation systématique et inappropriée des aiguillons électriques destinés à faire avancer les animaux.

 

Source de l'article : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20161103.AFP0904/limoges-videos-choc-sur-l-abattage-de-vaches-en-gestation.html

 

SITE DE L214 : http://www.l214.com/

SIGNER LA PETITION : http://www.l214.com/enquetes/2016/abattoir-made-in-france/limoges

 

ATTENTION CES IMAGES PEUVENT HEURTER !

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Publié par Delphina - dans Agir Actualités
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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 17:28

Le point de vue du philosophe et historien des sciences sur la biodiversité. Interview du Pr. Jean-Marc Drouin. Propos recueillis au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris par Michelle Folco et Sophie Mouge, professeurs relais pour l’académie de Créteil au Muséum (Direction de la Recherche, de l’Enseignement et de la Pédagogie - Muséum National d’Histoire Naturelle) et  Gilles Camus, responsable du site "Planet-Vie". Publié le 20/06/2007 sur http://planet-vie.ens.fr/content/epistemologie-biodiversite-drouin

 

 

A propos de Jean-Marc Drouin

Professeur de philosophie et d'histoire des sciences au Muséum national d'histoire naturelle, directeur adjoint du centre Alexandre-Koyré, est l'auteur de nombreuses études sur l'histoire de la botanique et de l'écologie. Il a publié à ce jour :

L'herbier des philosophes

Philosophie de l'insecte

L'Ecologie et son histoire : réinventer la nature

Théories de l'évolution

L'origine des espèces

 

Sommaire de l'entretien

1) Définition de la biodiversité

2) Du concept au terme précis de biodiversité

3) L'estimation de la biodiversité au cours de l'histoire

4) L'expédition Santo 2006

5) Date des premiers inventaires

6) Motivations des premiers catalogues

7) Les cabinets de curiosités

8) Méthodologie pour la réalisation des catalogues au cours de l'histoire

9) La curiosité, unique motivation des scientifiques ?

10) Quantification du nombre d'espèces et estimation des lacunes

11) Y a t'il une crise actuelle de la biodiversité ?

12) La notion de crise est-elle adaptée avec 15 millions d'espèces estimées ?

13) Préservation de la biodiversité et évolution

14) Faut-il conserver la biodiversité en l'état ?

15) Prise de conscience de l'interaction entre la biodiversité et l'Homme

16) Discours de "Valeur" contre discours "Utilitariste"

17) Le rôle de l'enseignant

 

1. Mr Drouin, en tant que philosophe et historien des sciences, comment définiriez-vous le terme "biodiversité" ?

 

"La biodiversité est la diversité biologique qui peut se définir à trois niveaux : diversité génétique (à l’intérieur de l’espèce), diversité des espèces et diversité des écosystèmes. La notion est apparue dans les années 80 avec l’expression de "diversité biologique" et la définition de ses trois niveaux. Par la suite, le mot "biodiversité" a contribué au succès de son concept mais d’une certaine façon, l’idée était présente depuis longtemps. Les disciplines naturalistes révolutionnées par l’évolution et l’écologie sont des savoirs basés sur la diversité naturelle, c’est-à-dire biologique (et géologique). Se pose alors le problème des rapports entre la diversité naturelle et la diversité culturelle du lieu.

 

2. Donc finalement, le concept de diversité du vivant va subir une évolution au fil des découvertes scientifiques. Le concept était donc déjà né avant qu’on lui attribue un terme précis : biodiversité ?

 

Un concept existe-il avant qu’il soit nommé ? C’est un grand problème récurrent dans les discussions entre les philosophes-historiens des sciences ! On l’admet bien pour l’évolution puisque Lamarck lui-même n’employait pas encore le terme ‘évolution’ ni même "transformisme".

 

Il disait clairement que les espèces se transforment, l’expliquait et donnait même un mécanisme (qui n’est pas celui qu’on retiendra par la suite) mais aucun mot concret ne résumait ces processus malgré l’existence de périphrases. Pour la diversité des espèces, cela paraît plus difficile. Mais il me semble tout de même qu’on peut parler de biodiversité des espèces avant la naissance du concept.

 

Un botaniste de la fin du XVIIIème siècle (ou du début du XIXe siècle) remarquait qu’on accusait les botanistes d’utiliser une profusion de termes. Ceux-ci répondaient que c’était comme si on accusait la nature d’être trop prodigue ! Il y a l’idée d’une profusion d’espèces qui entraîne une profusion de noms... Alors que certaines sciences tendent à simplifier et à ramener la diversité du réel sous un principe unique, c’est le contraire qui s’opère en biologie : il faut rendre compte de la diversité.

 

Les grandes théories du XIXème siècle seront donc amenées à la fois à souligner l’unité du vivant et en même temps sa diversité.

 

3. L’idée de biodiversité était donc déjà présente, comment pouvait-on l’estimer ?

 

Il existait différents calculs : on essayait d’estimer le nombre moyen d’espèces par genre. Par la suite on tentait d’évaluer les rapports entre la surface d’un pays et le nombre d’espèces qui s’y trouvaient. Puis au début du XIXème siècle, l’émergence de l’arithmétique botanique a permis des comparaisons du nombre d’espèces selon les différents groupes systématiques.

 

À l’époque de la Révolution française, on cherchait à justifier l’utilité de l’histoire naturelle. Constatant qu’une forêt ne possédait que 25 espèces d’arbres différentes, il paraissait crucial d’en importer pour en avoir plus et donc davantage de diversité : c’est l’époque de l’émergence des jardins d’acclimatation. On justifie l’utilité sociale de la connaissance naturaliste par l’augmentation du nombre d’espèces par importation d’espèces étrangères dans un pays. Quantité d’introductions ont été bénéfiques ou neutres. Mais actuellement la tendance est plutôt à la peur car certaines introductions ont eu des influences nocives (notamment dans les îles et les milieux fermés).

 

Si l’on reprend une analyse critique de Raphael Larrère lors d’un récent colloque, on peut se demander s’il existe une bonne et une mauvaise diversité. Par exemple, si l’importation de quantités de plantes dans une île des Kerguelen fait disparaître les plantes endémiques, il n’y a aucun gain. Mais il ne faut pas considérer non plus que toute migration d’espèces soit à proscrire. Il s’agit d’un thème important qui touche à l’éthique de l’environnement, à des problèmes de valeurs et qui demandent beaucoup de connaissances théoriques de la part des collègues de disciplines telle que l’écologie.

 

4. Comment percevez-vous le travail actuel fait sur l’île de Santo ?

 

Ce qui me semble intéressant dans la mission Santo, c’est la permanence de la démarche de « voyage ». Fontenelle, un philosophe du XVIIIème siècle, faisant l’éloge de Tournefort disait que la botanique n’est pas une science sédentaire parce que les livres pour s’en instruire ont été dispersés à la surface de la Terre ; si on veut étudier la faune, la flore et la géologie des îles du Pacifique, il faut que des gens aillent sur place, et plus précisément des scientifiques.

 

Dans ce sens, la mission actuelle sur l’île de Santo est d’un grand intérêt. D’abord il est réjouissant de voir la permanence du voyage comme démarche scientifique. De même que dans l’histoire de la médecine, on constate la permanence de la clinique, c’est-à-dire de l’observation du cas. La médecine se transforme, se modernise l’observation du cas demeure. Les mathématiciens d’aujourd’hui ne sont plus ceux du temps d’Archimède mais continuent cependant de calculer. L’expérimentation a joué un rôle décisif dès l’époque de Galilée en physique, de Lavoisier en Chimie ou de Claude Bernard en physiologie, elle est de nos jours différente mais reste une démarche fondamentale.

 

Il y a des démarches comme celle du questionnement du réel qui imposent un déplacement - qu’il s’agisse d’un déplacement de proximité ou d’une grande expédition scientifique. Dans certains cas, la grande expédition est le seul moyen efficace de répondre aux questionnements des chercheurs. Elle permet à la fois d’aller chercher un objet qu’on ne trouve pas sur place et de voir varier les conditions de milieu. Epistémologiquement, il s’agit d’une démarche fondamentale. Il est donc vraiment important que des expéditions puissent encore voir le jour et qu’elles se fassent en relation avec le public. En effet ces grandes expéditions ont contribué à l’évolution théorique des disciplines naturalistes et ont de surcroît alimenté l’imaginaire et l’intérêt du public pour les questions scientifiques.

 

5. À quelle période peut-on commencer à dater les premiers inventaires de faune et de flore effectués par les scientifiques ?

 

Les premiers inventaires datent de la fin du XVIIème siècle, mais surtout du XVIIIème siècle, le siècle des Lumières. À l’époque, on parlait de catalogues et non d’inventaires car il y a dans ce mot une notion de fragilité et d’appartenance à un patrimoine ; c'est-à-dire que le mot inventaire suggère une peur de la disparition, ce qui n’était pas le sentiment unanime à l’époque des premiers voyages naturalistes.

 

6. Pourquoi les scientifiques ont alors ressenti le besoin de faire des catalogues de la biodiversité ?

 

Ce besoin d’élaborer des catalogues répond tout d’abord à des motivations économiques. 
D’une certaine façon, ce sont les Européens qui font le catalogue de la diversité biologique des autres parties du monde donc de ce point de vue-là, on ne peut pas ne pas parler de différentes aires culturelles. Sur place, ils rencontrent des savoirs locaux concernant cette diversité. Selon les cas, les pays et les individus, soit ils prennent en compte ces savoirs et il y a rencontre et métissage culturels, soit ils arrivent en pays conquis et alors il y a un vide. En fait, tout n’était pas forcément déjà connu et il arrivait aussi aux scientifiques de découvrir des plantes ou des animaux auxquels les gens sur place n’avaient pas forcément pris garde. 
Un paradoxe est souvent soulevé par les auteurs du XVIIIème siècle. En effet, les plantes et animaux rencontrés sont déjà intégrés aux cultures sur place. Or, en l’honneur d’Adanson, on a donné au baobab le nom d’Adansonia, mais lui-même protestait en arguant qu’il s’agit d’un arbre africain et qu’il faut donc l’appeler baobab et non du nom de son descripteur européen !

 

Un des autres buts de ces catalogues était aussi de répertorier les ressources dont on dispose, c'est-à-dire la diversité qui est utile pour l’homme. Avant même les premiers naturalistes en voyage en Amérique, les marins avaient déjà rapporté le tabac, la pomme de terre, la tomate, le maïs etc… 


Le cadre de vie quotidien, les jardins et la nourriture sont profondément marqués par le transfert des plantes et animaux d’un continent à l’autre. C’est l’époque où on rêve d’acclimater quantités d’arbres dans nos forêts.

 

7. Certaines espèces étaient aussi rapportées à la cour : ont-elles contribuées à l’élaboration des cabinets de curiosités ?

 

Les espèces étaient effectivement rapportées à la cour, mais mortes et constituaient les cabinets de curiosité. Par la suite, toutes les espèces vivantes collectées ont permis d’élaborer des cabinets d’histoire naturelle. 


On peut dire d’une certaine façon qu’à la Renaissance et au début du XVIIème, on cherche l’élément curieux comme par exemple le rémora, la rose de Jéricho, le bezoar, la dent de Narval. Ensuite, les scientifiques se sont dits que toutes les coquilles d’escargot des jardins, tous les chênes d’Amérique du nord pourraient être aussi intéressants à étudier. On passe donc de l’extraordinaire, du curieux et du merveilleux à une forme de recherche d’exhaustivité. 


Cette recherche est liée à des intérêts économiques, à la recherche de médicaments, mais aussi à une idée de la richesse de la nature. Pour Galilée et les autres géomètres, la nature est écrite en langage mathématique, mais pour les naturalistes, c’est un trésor. Les idées religieuses étaient omniprésentes et soulignaient une profusion de la nature. Le premier jardin botanique était pour eux celui d’Eden ! Finalement, la connaissance de la biodiversité était à l’époque une façon de se rapprocher le plus possible de Dieu et des créatures qu’il aurait créées… 


Ceci me rappelle une plaisanterie à propos du généticien Haldane : un théologien lui avait demandé si l’histoire naturelle nous apprenait quelque chose sur Dieu et ce dernier lui a répondu : "Oui ! Un amour immodéré des coléoptères !"…

 

8. Comment procédaient ces scientifiques pour faire le catalogue de toute cette faune et flore, sachant que les techniques de l’époque n’étaient pas aussi sophistiquées que celles d’aujourd’hui ?

 

Il existe un livre d’Yves-Marie Alain sur le voyage des plantes à l’époque de la marine à voile. On note que le transport des plantes vivantes présente un aspect héroïque et lourd de conséquence. Actuellement, on ne s’étonne plus de trouver du café ‘pur Arabica Colombie’ alors que l’aire d’origine de ce café est dans la péninsule arabique ! Ces plants ont été transportés par les Hollandais dans leurs colonies d’Asie du sud-est, donnés ensuite au Jardin des plantes de Paris puis transportés dans les Antilles. L’histoire raconte que le premier voyageur qui a apporté un pied de café aux Antilles a partagé sa ration d’eau avec son plant de café à cause d’une pénurie à bord ! De même, Bernard de Jussieu aurait rapporté d’Angleterre, un cèdre du Liban dans son chapeau ! Cet arbre se trouve actuellement au Jardin des plantes.

 

L’important est de constater qu’il s’agit d’une tâche difficile, qui est réalisée aux XVIIIème et XIXème siècles. De ces expéditions, il nous reste des caisses dont l’une est actuellement exposée dans la grande galerie de l’évolution du Muséum de Paris -sorte de petites serres de voyage faites en grillage et verre pour le transport de plantes vivantes. Le transport des graines était lui plus facile.

 

9. Ne s’agissait-il donc que de scientifiques qui partaient par pure curiosité dans le but de découvrir de nouvelles espèces ?

 

Au début, de nombreux collecteurs non scientifiques rapportaient des spécimens aux scientifiques qui pour la plupart ne voyageaient guère. Mais au fil du temps, les scientifiques ont fait partie des expéditions : il n’est qu’à rappeler le jeune Darwin partant sur le Beagle pour faire le tour du monde ou encore Philibert Commerson qui part dans l’expédition dirigée par M. Bougainville et trouve un arbuste au Brésil auquel il donne le nom du chef de l’expédition, le Bougainvillier : arbuste des zones chaudes tempérées et tropicales actuellement connu de tous !

 

10. Les scientifiques arrivaient-ils à quantifier le nombre d’espèces qu’ils inventoriaient et avaient-ils conscience des manques ?

 

Ils disposaient d’un dénombrement des espèces : quelques milliers au XVIIème siècle, quelques dizaines de milliers au XVIIIème et enfin des centaines de milliers au XXème siècle. Chaque siècle, 10 fois plus d’espèces sont mises en évidence. On ne peut pas connaître toutes les espèces, ni les retenir, ni les classer. Ainsi Tournefort, afin de les regrouper, fixa la notion de ‘genre’, puis d’autres naturalistes ont défini celle de famille etc. D’une certaine façon, le travail de classification et de nomenclature est lié aux nécessités de traiter cette multitude de plantes ou d’animaux. 

 

Concernant les manques, les scientifiques ont le sentiment que le travail de classification est indispensable d’un point de vue pratique, car pour ranger il faut classer. Cela les aide à refléter l’ordre de la nature pour donner un sens à la classification. Se pose alors le problème des transitions entre familles et la question de savoir comment boucher les « trous » entre groupes systématiques.. Tous pensent alors qu’une classification naturelle est un idéal à atteindre mais beaucoup estiment qu’on y parviendra seulement lorsque davantage de plantes seront répertoriées.

 

Imaginons que l’exploration d’une île amène la découverte de 300 espèces. Représentent-elles le tiers, la moitié ou les 3/4 de ce qui existait réellement ? Ceci restait difficile à dire. Mais des estimations ont vu le jour au fil du temps, liées à la naissance de la biogéographie. Après la phase de quête de curiosités, puis de catalogues exhaustifs s’impose l’idée d’une distribution des espèces dans l’espace. Par exemple, certaines espèces animales ou végétales se trouvent un peu partout et d’autres sont endémiques (on ne les trouve que là). 
Une idée émerge bientôt : dans les îles, il y a proportionnellement moins d’espèces que sur une surface égale de continent (à paramètres égaux).

 

11. Vous semble-t-il avisé de parler aujourd’hui de crise de la biodiversité ?

 

On peut parler de crise mais à condition de savoir qu’il ne s’agit pas de la première et qu’elle n’est pas unique. Il ne s’agit pas de ‘La Crise’ mais plutôt de plusieurs situations de crises. Il existe des diversités d’usage et de pratiques culturelles qui créent des diversités naturelles.

 

Un des intérêts d’une expédition comme SANTO 2006 est justement de prendre la mesure du changement. Ce changement a des caractères de crise mais aussi des caractères de transformations et de rencontres, même si on a l’impression que les aspects catastrophiques dominent.

 

12. Actuellement, on ne connaît que 1,5 million d’espèces alors qu’il en existerait 15 millions. Pensez-vous que la notion de crise garde alors toute sa dimension ?

 

Je ne connais pas ces chiffres et je laisse aux collègues scientifiques le soin de les préciser. Ce que l’on ne connaît pas disparaît sans doute aussi vite que ce que l’on connaît, donc il y a certainement des espèces qui disparaissent avant même qu’on ne les connaisse.
Par exemple, l’homme a eu le temps de connaître le Dodo avant sa disparition. Cela paraît rassurant car l’idée que des espèces vont disparaître sans même les avoir connues est frustrante. En effet, on ne peut alors pas en conserver de traces matérielles : certains produits de l’évolution sont perdus, ce qui prive le monde vivant de possibilités de changement. On se prive des possibilités d’évolution de nouvelles ressources, d’adaptation à des changements climatiques ou autres.

 

Je crois qu’il ne faut pas opposer l’idée de transformations continuelles dans la nature au souci de protéger, de conserver et de préserver les ressources naturelles, même si tous ces termes ne sont pas équivalents. De même il ne faut pas opposer diversité culturelle et diversité naturelle parce que la diversité des cultures vient aussi de la diversité des environnements naturels. Parallèlement, la diversité des cultures, par la diversité des usages qu’elle induit, contribue à la diversité naturelle. Il y a donc un cercle vertueux, un enrichissement mutuel et une interaction. Même si toutes les idées de développement durable présentent beaucoup d’ambiguïtés et ne sont pas toujours très claires, on relève quand même cette idée de préserver des possibilités de changements et en quelque sorte de ne pas brûler nos vaisseaux.

 

13. En voulant préserver cette biodiversité, n’y a-t-il pas un risque que l’homme canalise l’évolution des êtres vivants et finisse par la freiner ?

 

Non, l’homme ne va pas canaliser l’évolution en voulant préserver la biodiversité. Il me semble plutôt qu’il y a danger si on ne lutte pas pour préserver la biodiversité car on canalise alors l’évolution en réduisant ses possibilités. Si on ne fait rien et qu’on laisse simplement faire l’effet des forces économiques, des transformations non voulues de la nature, alors il y a danger. 
Le problème que vous soulevez existe, mais il me semble qu’il y a moins de dangers si on agit sur la préservation de la biodiversité que si on ne lutte pas et qu’on laisse polluer toutes les rivières par exemple ou si on laisse faire l’effet de serre au maximum… Car dans ce cas, on va se retrouver entraîné dans un flux de changements complètement canalisés qui ne sont pas obligatoirement ceux qui sont les plus souhaitables.

 

L’action de l’homme sur la nature a d’un autre côté des aspects positifs. C’est par ses pratiques par exemple que l’on peut nourrir autant d’hommes sur terre, qu’on a pu réguler des maladies… Il ne faut pas avoir un point de vue purement négatif, l’important c’est surtout de faire un état des lieux et être conscient du fait qu’il faut maîtriser notre propre pouvoir sur la nature. Ceci est difficile car longtemps l’homme a été faible devant la nature donc il a pris l’habitude de lutter contre elle et non de la préserver. Actuellement, encore, des éléments naturels nous rappellent que nous ne sommes pas toujours les plus forts…

 

14. Mais pensez-vous qu’il soit quand même souhaitable de conserver la biodiversité en l’état ?

 

Non, il faut ne faut pas obligatoirement conserver la biodiversité en l’état, mais il faut conserver les possibilités de changement. On peut faire le rapprochement avec l’idée de patrimoine : si on veut transmettre quelque chose aux générations futures, il ne faut ni ne toucher à rien ni « vendre la maison ». Il faut laisser évoluer les choses…

 

En fait, le problème de la crise de la biodiversité pose le problème du rythme de l’évolution. Ce rythme est devenu si important que l’extinction qui nous menace risque d’être irréversible. Si on ne maîtrise pas mieux notre ascendance sur la nature, alors vont disparaître des capacités de récupération de la nature et d’adaptation aux changements.

 

15. En fait, la crise de la biodiversité touche directement l’Homme : la prise de conscience de son existence le concerne donc directement et pas seulement la Nature au sens large. 
D’après-vous peut-on dater cette prise de conscience ?

 

Cette question est un vrai socle de discussion : je crois que tout le monde devrait pouvoir admettre que l’avenir de l’espèce humaine, au moins d’un point de vue qualitatif, réclame un certain nombre de changements dans nos attitudes vis-à-vis de la nature.

 

On trouve des naturalistes dès le XIXème siècle qui expliquent que lorsqu’une forêt disparaît - Auguste St Hilaire parle de déforestation au Brésil - plusieurs plantes utiles, comme des médicaments, sont peut-être en train de disparaître. Mais en envisageant les thèmes du changement global cela prend encore une autre échelle. Ce n’est pas simplement une espèce qui aurait pu être à l’origine de ressources importantes qui disparaît, mais c’est aussi notre propre environnement de vie.

 

La grande question qui est posée à la philosophie de l’environnement par certains auteurs est : est-ce que cette prise de conscience est suffisante ? Protéger la nature pour nous protéger c’est encore de l’anthropocentrisme, un anthropocentrisme subtil, mais un anthropocentrisme tout de même. C’est une sorte d’égoïsme intelligent. Ne faudrait-il pas aller plus loin jusqu’à reconnaître aussi une certaine forme de valeur intrinsèque aux choses de la nature ? De la même manière que l’on pense que si la Joconde, Notre Dame de Paris ou la Tour Eiffel disparaissaient cela représenterait une perte importante, de la même manière savoir que tel paysage du grand nord canadien ou telle espèce de la canopée tropicale existe, cela a une valeur.

 

En effet il faut les considérer comme des produits de l’évolution, les produits d’une histoire et dire qu’ils ont une valeur. Il ne s’agit pas de dire que leur valeur doit l’emporter sur tout autre considération et que c’est la seule valeur mais je crois qu’il faut aller un peu plus loin que l’argument d’utilité. En tout cas, défendre la nature et ses produits, d’une certaine manière, c’est aussi vouloir défendre l’Homme.

 

Le darwinisme et toute l’histoire naturelle nous ont appris que nous appartenons à cette nature et que nous sommes donc embarqués dans la même aventure qu’elle. C’est déjà une première prise de conscience et nous pouvons aller au-delà en donnant une certaine forme de valeur à des éléments de la nature. Ceci dit, s’il fallait choisir entre le virus du SIDA et les êtres humains, il n’y aurait pas à hésiter ! Mais c’est souvent très compliqué car entre les tigres et les paysans de l’Inde qui se font attaquer par les tigres, par exemple, la cohabitation est très difficile.

 

Ainsi il est parfois très difficile de concrètement arbitrer. Mais après tout, la politique, la morale et la philosophie sont pleines d’arbitrages entre des valeurs contradictoires.

 

16. Peut-on parler de « valeur » en opposition avec « utilitaire » ? Est-ce qu’historiquement on a des exemples qui montrent que les arguments utilitaires ont finalement plus de moyens de faire avancer les choses que les arguments de valeur ?

 

Dans l’histoire on retrouve les deux, mais disons que les jugements de valeur ne deviennent opérants que lorsqu’ils ont des financements. En même temps, trouver des financements pour faire quoi ? Il faut bien avoir des jugements de valeur, d’abord pour convaincre le public de l’intérêt de la chose et puis pour que cela ait un sens. 

 

On ne va pas dire que l’on envoie une expédition avec 150 scientifiques et que l’on donne des moyens financiers simplement pour donner bonne conscience à des groupes industriels. On va dire que :

- l’expédition a un intérêt scientifique parce que cela fait partie de la gloire de l’esprit humain de chercher à connaître le réel

- que pour protéger les éléments de la nature, il faut les connaître

- que cette nature est aussi le cadre de vie de culture et de populations locales avec lesquelles on peut essayer d’établir d’autres liens que ceux qui existaient à l’époque coloniale.

 

Ce sont là des arguments de valeur morale. Regardez ce qui se passe avec l’art, les journées du patrimoine mobilisent un tas de gens. Finalement l’humanité marche aussi aux valeurs et pas seulement aux intérêts.

 

Mais après, une fois que l’on a déterminé par des valeurs qu’une expédition scientifique est importante pour trouver les moyens de la réaliser, il faut aussi un dédommagement en termes d’utilité. 

 

Ainsi, je mettrais d’abord le jugement de valeur, et après il faut être réaliste en cherchant des compensations, des dédommagements, des financements en termes d’utilité. Mais l’utilité pour l’utilité ne mènerait à rien…

 

17. On distingue dans le public concerné par les missions, le grand public et le public scolaire. Quel message voudriez-vous faire passer aux enseignants qui se retrouvent face aux questions de leurs élèves sur la crise de la biodiversité ? Pensez-vous que les enseignants doivent alerter les élèves ? L’enseignant a-t-il un rôle à jouer ?

 

"Alerter" est un bien grand mot car il annonce une catastrophe. Non je verrais plutôt pour l’enseignant l’idée qu’il doit transmette des notions, qu’il doit éduquer les élèves à la liberté des citoyens. 

 

La citoyenneté, la liberté, le rapport au savoir, la transmission des valeurs culturelles ça comprend entre autres choses la prise de conscience du rapport à la nature. Je crois que, d’une certaine façon, c’est ce que les enseignants ont toujours fait à l’école en transmettant la culture qui est un type de rapport à la nature.

 

L’enseignant a tellement de choses à enseigner que c’est plutôt à lui de voir dans ce qu’il enseigne ce qui s’inscrit dans la biodiversité plutôt que d’en rajouter. 
Mais peut-être que par une ruse de la raison, cette nature lointaine et exotique qui a un parfum d’aventure peut aussi amener à voir la nature proche, la nature au quotidien. Il existe également une chose qui peut être réconfortante pour les enseignants, c’est de voir que les expéditions font évoluer l’image de la science. Les élèves ont parfois une image stéréotypée de la science : celle du savant fou, de la science toute puissante, de la science confondue avec la technologie. Alors que pour les élèves, étudier la carte de répartition d’une espèce de palmier ou la reconstitution d’un arbre généalogique des poissons, c’est aborder différemment la science. Il ne s’agit pas d’opposer une bonne science, qui a un parfum d’aventure et qui est respectueuse de la nature, a une science dure, mais il s’agit de montrer qu’il y a de multiples manières de faire de la science.

 

Le pluralisme épistémologique, c’est-à-dire l’idée que toutes les démarches scientifiques ne sont pas sur le même modèle, est illustré ici. Selon la diversité des objets que l’on étudie il y a une diversité d’approche. La science reste une aventure humaine !

 

Un des aspects intéressants de l’expédition SANTO sera d’observer sur les photographies la rencontre des scientifiques avec les populations autochtones. En effet il est important de montrer que l’expédition n’arrive pas sur une terre vierge. Il y a une rencontre avec la population locale, et la science n’est pas faite que par l’Europe mais par la rencontre de l’Europe avec les autres aires culturelles."

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 13:53

Connaissez-vous Temple Grandin, cette femme d'un certain âge à l'allure masculine constamment habillée en cow-boy ? Elle est l'icône des autistes aux États-Unis, où elle est considérée comme une véritable héroïne. Il faut dire que les Américains, dont le rêve national consiste à penser que tout le monde peut réussir, ne pouvaient que s'enthousiasmer pour son histoire. Portrait d'un génie.

 

 

Autiste et diplômée d'un master en science animale, elle figure sur la liste des cent personnes les plus influentes du monde. Professeure en sciences animales à l'Université du Colorado et spécialiste de renommée internationale en zootechnie, Temple Grandin dirige sa propre entreprise de conseil sur les conditions d'élevage des animaux. C'est une experte en conception d'équipements pour les animaux de ferme. Mais elle est aussi mondialement connue pour ses ouvrages autobiographiques, Ma vie d'autiste (1986) et surtout Penser en images (1997) où l'on comprend ce qu'elle voit et ressent. L'interprète des animaux (2006)* et bien d'autres, ainsi que de nombreux articles dans la presse spécialisée sur les questions d'autisme, maladie qui l'affecte grandement. A travers son expérience personnelle, Temple est à elle toute seule une passerelle entre l'ombre et la lumière de cette affection mentale dont elle apporte des clés de compréhension.

 

*L'interprète des animaux (2006)

Description du livre par les éditions Odile Jacob :

 

Temple Grandin, cette femme extraordinaire qui a réussi à sortir de l’autisme, a étudié les animaux pendant trente ans et a cherché à améliorer leurs conditions de vie.

Elle a utilisé les mystères de l’autisme pour comprendre et décoder le comportement animal.

Elle nous livre ici sa vision de la façon dont les animaux pensent, ressentent de la souffrance, de la peur, de l’agressivité, de l’amour, de l’amitié. Elle nous explique comment ils communiquent et acquièrent des connaissances.

Elle pense en particulier que le langage n’est pas indispensable à la pensée et que les animaux ont bel et bien une conscience ; elle explique les dons « surhumains » de certains animaux, qui seraient un peu des « autistes savants », et la manière dont, comme les humains, ils utilisent leurs émotions pour prendre des décisions et prévoir le futur. Fourmillant d’anecdotes et d’exemples frappants, une plongée originale et novatrice dans les couches les plus profondes du fonctionnement de l’esprit.

Un livre fascinant.

Spécialiste du comportement et de la pensée animale, Temple Grandin est professeur à l’Université d’État du Colorado. Autiste dans son enfance, elle a consacré sa vie à la compréhension des modes de pensée des autistes et à la réflexion sur leur prise en charge. Elle a notamment publié Ma vie d’autiste et Penser en images.

 

>> Extraits du livre ici : https://books.google.fr/books?id=TlTXCQAAQBAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

 

Née en 1947, Temple Grandin est diagnostiquée autiste à 2 ans. Refusant de baisser les bras, sa mère, qui résiste à l'idée de la placer dans un établissement spécialisé, à l'époque bien rudimentaire, lui impose un enseignement quotidien très exigeant. Ce qui permet à Temple, bien qu'elle ne commence à parler qu'à 4 ans, de passer sa scolarité dans les rares écoles traditionnelles qui l'acceptent, et d'y découvrir tout à la fois d'excellents professeurs et la moquerie de camarades troublés par son incapacité à socialiser.

 

Mais son aventure ne commence que dans les années 1960, lorsque, adolescente, elle passe un été en Arizona dans le ranch de sa tante. Car elle, l'Asperger, qui pense en images et qui n'a besoin que d'un coup d'oeil à un texte pour le connaître par coeur, y observe les chevaux et les troupeaux de vaches en exerçant sa mémoire photographique et en analysant toutes les lumières et les formes géométriques autour d'elle. Et elle se découvre proche des animaux, notamment dans leur peur des bruits stridents et des agressions visuelles. Aussi, quand elle remarque la cage métallique utilisée par les cow-boys du ranch pour immobiliser les vaches afin de les vacciner et l'apaisement qu'elles semblent y trouver, elle l'essaye aussitôt sur elle et constate l'amélioration immédiate de son niveau d'anxiété résultant de la compression de son corps dans la machine. Et cette découverte la poussera à inventer et à fabriquer sa propre machine. Ce qui lui vaudra d'abord l'incompréhension de son entourage affolé de la voir rentrer dans un caisson en bois, dont elle actionne et rapproche les parois à l'aide d'une poulie. Avant de la mener à l'université, où elle obtiendra un master en science animale, largement consacré à prouver les effets bénéfiques de sa machine, baptisée depuis squeeze machine, hug machine, ou hug box, dont elle sera reconnue comme l'inventeur, et qui équipe désormais certains établissements destinés aux autistes.

 

Mais elle n'en reste pas là. Car Temple Grandin, dans les années 1970, découvre l'univers des abattoirs. Et elle qui "pense comme une vache", pour reprendre le titre d'un documentaire qui lui a été consacré, est horrifiée par l'aberration de leur fonctionnement, qui ne tient aucun compte des sensations des bêtes, notamment leur peur de la lumière, ainsi que des sols glissants, ou la propension naturelle des troupeaux à se mouvoir en cercle. "Ce n'est pas parce que la nature est cruelle que les hommes ont besoin de l'être. Et, s'il était bien conçu, je préférerais mourir dans un abattoir plutôt que de me faire dévorer par un lion", dit-elle. Aussi va-t-elle s'employer à élaborer un plan d'abattoir moins pénible pour le bétail. Ce qui commence par horripiler les éleveurs, aussi machos que désarçonnés par son approche novatrice, aux antipodes de la leur, avant de les convaincre radicalement, au point que la moitié des bêtes aux États-Unis sont désormais abattues suivant ses préceptes.

 

Et ce n'est pas tout. Il a en effet suffi à Temple Grandin de prendre la parole au cours d'un débat de spécialistes de l'autisme auquel elle assistait en spectatrice dans les années 1980 pour devenir l'ambassadrice des autistes, car elle a été la première à s'exprimer en tant que telle en essayant de faire comprendre l'autisme de l'intérieur : "Les gens normaux sont censés éprouver de l'empathie, pourtant ils n'en ont pas beaucoup pour un enfant autiste qui fait une crise de nerfs à un match de baseball ou dans une cafétéria d'école parce qu'il souffre de la profusion de stimulations sensorielles."

 

Mais l'on ne peut prendre la mesure de son triomphe sur l'adversité que si l'on ajoute que Temple Grandin est également professeur à l'université du Colorado, activiste, consultante de l'industrie animale, auteur de nombreux best-sellers, qu'elle figure dans la liste des cent personnes les plus influentes du monde établie par le Times en 2010, et qu'un biopic éponyme avec Claire Danes lui a été consacré la même année.

 

Sources :

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/cecile-david-weill/cecile-david-weill-temple-grandin-la-star-des-autistes-13-03-2014-1800210_507.php

http://www.odilejacob.fr/catalogue/psychologie/psychiatrie/interprete-des-animaux_9782738118240.php

 

Sites officiels :

http://www.templegrandin.com/

http://www.grandin.com/

 

Prolongement : 

Le téléfilm Temple Grandin est un biopic éponyme réalisé en 2010 par Mick Jackson, porté par l'actrice Claire Danes.
 

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Publié par Delphina - dans Portraits
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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 13:29

Durant les années 1996-97, pendant 18 mois, le naturaliste Ben Kilham, a élevé trois oursons orphelins pour en faire des adultes sauvages et forts. Le National Geographic a filmé la lutte qui s’est engagée pour leur survie. Squirty la femelle et ses oursons donneront à Ben, et au National Geographic la possibilité de s’introduire dans la vie secrète des ours noirs sauvages, à un niveau encore inexploré. Voici le documentaire dans son intégralité (environ 1h).

 


(Documentaire FR) Dans La Peau D'un Ours EP 25... par DX919

 

A propos de Ben Kilham : 

Dyslexique dans son enfance mais doté d'un QI de surdoué, Ben Kilham a le don de comprendre les ours mieux que quiconque. Il prétend même être capable de penser exactement comme eux. Depuis près de douze ans, il étudie les ours noirs et a élevé plusieurs oursons. Sa protégée la plus douée est Squirty, une femelle qu'il a trouvée à l'âge de sept semaines et à qui il a tout appris.

 

Son site officiel (en anglais) : 

http://www.benkilham.com/Benkilham.com/HOME_PAGE.html

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 11:57

METAPHYSIQUE | Les animaux ont-ils une âme ? Les Egyptiens, les Grecs, les Perses, les Indiens n'en ont jamais douté. Mais en Occident Descartes affirme, contre toute évidence, que les animaux ne sont que des automates. Secouant le joug du rationalisme et du matérialisme, Jean Prieur, se fondant sur la tradition ésotérique universelle et sur mille faits d'observation quotidienne, remet tout en question. Le dossier qu'il présente ici ne permet plus de doute : oui, les animaux ont une âme. Voici son raisonnement :

 

1) Si l'on entend par âme la partie incorporelle de l'être, le siège de la sensibilité, de l'entendement et de la volonté, la source des pensées, des attachements et des passions, oui, les animaux ont une âme.

 

2) Si l'on entend par âme le courage, les sentiments élevés, les instincts généreux d'une individualité considérée du point de vue moral, oui, les animaux ont une âme.

 

3) Si l'on entend par âme un principe immatériel se séparant du corps à l'heure de la mort ; si l'on entend par âme un double de l'être à la ressemblance du vivant qu'il fut et lui permettant de continuer à vivre dans un autre monde, et de se manifester en celui-ci, oui, les animaux ont une âme.

 

A lire : L'âme des animaux, de Jean Prieur, édition Robert Laffont, 1986, nouvelle version augmentée en 2001 et 2007.

 

Interview radiophonique de Jean Prieur à propos de son livre : 

 

Dans cette conversation, l'auteur évoque les capacités de médium des chiens et chats, les superstitions qui sont liées aux perceptions animales...

https://www.youtube.com/watch?v=xugXrwRbkLQ

 

 

SUR LE MEME THEME : Les invertébrés pensent-ils ? http://www.passionanimale-delphina.fr/les-invert%C3%A9br%C3%A9s-pensent-ils

Extraits choisis du livre : http://vegane.blogspot.fr/2008/03/jean-prieur-ame-des-animaux.html

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