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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 17:39

Parmi cette sélection de cinq ouvrages à lire sous la chaleur estivale, trois livres engagés pour la cause animale, pour dénoncer l'horreur du travail en abattoir, ou pour repenser son alimentation carnée et notre société, un livre de recettes végan pour passer de la théorie à la pratique, et enfin, le témoignage poignant d'une jeune femme dont le chien lui a permis de rebondir après une dépression sévère. Bonne lecture !

La domination humaine (2016) de Pascale Corbin, Editions HSTES

 

Dans une société qui nous exhorte au festif, s'informer est devenu un devoir, afin d'éviter de céder aux actes d'achat irresponsables. Un monde invisible et sclérosé, néanmoins réel, est tenu secret parce qu'aujourd'hui, la mort et la souffrance massives qu'il engendre sont taboues. Paradoxalement, la sensibilité aux injustices et à la misère augmente peu à peu. Mieux connaitre cette réalité peut aboutir à une prise et conscience et à une remise en question de notre perception, nous faisant changer de paradigme et d'habitudes de consommation.

 

L'auteur explore aussi bien la place des religions, que la philosophie, le droit, l'écologie, l'agriculture sous ses diverses formes, les croyances, les traditions et même la publicité, pour nous renvoyer à notre façon d'appréhender le monde et de considérer les autres êtres vivants.

 

Préfacé par Stone, La domination humaine, en dévoilant les dessous de la condition animale de façon exhaustive, permet à tout un chacun d'être au fait d'une réalité souvent insoupçonnée, et donc d'agir en toute connaissance de cause.

 

***

 

Dog médecine (2017) de Julie Barton, Editions Belfond

 

Lucide et sans mièvrerie, porté par une écriture pleine de poésie, un témoignage bouleversant sur les mécanismes de la dépression et les liens uniques qui se nouent avec nos animaux de compagnie.

 

Julie Barton a vingt-deux ans lorsqu'elle se retrouve paralysée d'angoisse sur le sol de sa cuisine new-yorkaise. Arrivée en urgence, sa mère la ramène auprès des siens, dans l'Ohio.
Personne ne comprend ce qui lui arrive, elle-même ne se reconnaît pas. Le diagnostic tombe : Julie souffre d'une dépression sévère.


Parents, psychanalystes, psychiatres, tous désespèrent de la voir sortir de cet état qui la tient prisonnière.


Contre toute attente, c'est l'adoption de Bunker, un golden retriever, et l'amour inconditionnel qui l'unit au chiot, qui va changer son destin, modifier sa perception d'elle-même et des autres, et lui permettre de comprendre la cause refoulée de son mal-être.

*

 

 

***

 

Recettes végan (2015) de Catherine Moreau, Editions Larousse

 

Découvrez les saveurs de la cuisine vegan grâce à 50 recettes variées et équilibrées : chips de kale et de betterave, burger au steak de lentilles, courges farcies au quinoa et au tofu fumé, brownies aux noix de pécan...

 

Se faire plaisir sans produits d'origine animale, c'est possible, et ça peut même être facile ! . 

 

50 recettes gourmandes, équilibrées et rapides à réaliser. Des conseils pour assurer vos besoins nutritionnels. . Des informations santé apportées par une nutritionniste.

*

 

***

 

*

Steack machine (2017) de Geoffrey Le Guilcher, Editions Goutte d'or

 

“Qui se soucie des damnés de la viande ?” Cette question rhétorique résume à elle seule l’ambition principale de ce livre : révéler le quotidien des ouvriers qui travaillent dans des abattoirs industriels.

 

Pour le faire de manière authentique – sans filtre, donc – le journaliste indépendant Geoffrey Le Guilcher (qui a travaillé aux Inrocks pendant trois ans) a employé le seul moyen qui s’y prête : se faire embaucher dans l’un d’entre eux – rebaptisé Mercure –, en Bretagne, sous une fausse identité. Il a donc vécu pendant quarante jours, à l’été 2016, dans les mêmes conditions que tous les forçats du steak.

 

Ses observations, d’abord consignées dans un carnet puis retranscrites dans Steak Machine avec la force singulière du récit à la première personne, sont édifiantes.

*

 

***

 

 

Manifeste animaliste (2017) de Corine Pelluchon, Editions Alma

 

Soulignant l'universalité de la cause animale, Corine Pelluchon (philosophe et professeure à l'université Paris-Est-Marne-la-Vallée) montre que les violences infligées aux animaux reflètent les dysfonctionnements de la société. Raison pour laquelle il convient de politiser la cause animale et de donner des repères théoriques et pratiques pour y parvenir.

 

Pour commencer il convient de cesser la stigmatisation et l'ère des compromis qui ne donnent aucun résultat tangible. Stratégiquement ensuite, il faut aider les personnes travaillant dans l'élevage, l'expérimentation, l'alimentation ou la mode à se reconvertir et à innover étant entendu que la principale cause de l'exploitation animale provient d'un système économique qui étend la dérégulation sur toute la surface de la terre. Sensibiliser dès le plus jeune âge, découvrir la richesse des existences animales, enseigner l'éthique animale et l'éthologie dans le secondaire et à la faculté également. Car la culture et l'éducation sont les piliers de la justice.

 

L'idée poursuivie par l'auteure est de donner aux citoyens, aux représentants politiques et aux différents acteurs de l'économie les moyens d'opérer la transition vers une société juste prenant en compte les intérêts des humains et ceux des animaux.

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 13:34

Dans son dernier livre, L'Humanité carnivore, Florence Burgat explore l'historique d'une pratique bien loin d'aller de soi : manger de la viande. Si nombreux sont ceux qui, à la question "Pourquoi manger de la viande ?" répondent "parce que c'est bon", il existe une réponse bien plus riche et ambivalente. C'est celle que propose la philosophe.

 

MEAT: A Recurring Nightmare (The Vegan Voyeur) x

 

Florence Burgat est également directeur de recherche à l’Inra, détachée aux Archives Husserl de Paris (ENS-CNRS). Ses recherches portent sur les approches phénoménologiques de la vie animale ; la condition animale dans les sociétés industrielles : le droit animalier (épistémologie juridique) ; l’anthropologie de l’humanité carnivore, à laquelle elle consacre son nouveau livre, L’humanité carnivore (Seuil).  Passion Animale s'était déjà intéressé à ses travaux en publiant un de ses articles : Les animaux ont-ils des droits ?

 

L'homme est physiologiquement omnivore, c'est-à-dire qu'il peut se nourrir à la fois d'aliments d'origine animale et d'origine végétale. Mais la viande n'a pas connu toujours la même place au cours de notre histoire et selon les cultures. Longtemps réservée à une élite sociale, elle ne domine notre alimentation que depuis quelques décennies ou bien dans ces rares lieux comme le Grand Nord où les populations n'ont rien d'autre à se mettre sous la dent. Sa consommation s'accompagne de plus de divers rituels ou légitimations. En effet, on ne parle par exemple plus de cochon quand il s'agit de viande, mais de porc, comme pour bien marquer la frontière entre l'animal et l'aliment carné.

 

La question de manger d'autres êtres vivants n'a cessé de nous poser question, dès le début. Au paléolithique certains squelettes d'animaux montrent qu'ils ont reçu les mêmes soins mortuaires que les hommes. Des sectes antiques ont refusé le "meurtre alimentaire". Certaines régions indiennes et chinoises ont institutionnalisé le végétarisme à différentes périodes historiques.En revanche, ce qui semble universel à travers le temps et les cultures, c'est l'irrépressible nécessité de légitimer notre droit au carnivorisme, comme pour se donner bonne conscience, pour oublier les vaches massacrées en série lorsqu'on plante la fourchette dans notre steak; pour effacer les poulets suspendus par les pattes quand on croque un pilon de volaille; pour dissimuler ces visions cauchemardesques qui ont lieu chaque jour sur des chaînes de production dans les abattoirs...

 

Paradoxalement, nous n'avons aujourd'hui jamais tant aimé, chéri, défendu, protégé les animaux... et nous ne les avons jamais massacré en aussi grand nombre. Cette même époque qui voit émerger tant de mouvements dits "vegan", ou du moins végétariens, qui valorisent la cause animale, qui mènent des actions chocs (à l'instar de L214 qui vise régulièrement les abattoirs français), cette même époque est le cadre d'une tuerie de masse, des milliards d'animaux abattus selon une logique processuelle et capitaliste. Le marché de l'alimentation carnée ne s'est jamais porté aussi bien. Même l'Inde, lieu où le boeuf est un animal sacré, est devenue le premier producteur au monde de vaches !

 

Alors pourquoi l'humanité met-elle à mort les animaux pour les manger ? Pourrait-elle s'en passer ? Comment et pourquoi ? 

 

~> L’Humanité carnivore, par Florence Burgat

Edition Seuil, 480 p., 26 €.

 

Extrait d'un entretien de l'auteur (que je vous invite à lire dans son intégralité, lien à la fin) :

 

Extrait d'un entretien de l'auteur (que je vous invite à lire dans son intégralité, lien à la fin) : 

 

"Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les animaux sont abattus et vendus dans la rue. Personne ne peut se raconter que la viande sur les étals n’a rien à voir avec les animaux dont elle provient. À partir de 1850 (et de la loi Grammont portant sur les mauvais traitements envers les animaux), les premiers abattoirs sont construits, pour des raisons d’hygiène, mais aussi pour soustraire aux yeux du public la mise à mort des animaux. Pour le législateur, la banalisation de la violence envers les animaux émousse en l’homme la disposition — c’est d’ailleurs ce que dit Kant — la plus utile à la moralité : la pitié ou la compassion. Autrement dit, s’habituer à la vue du sang, à la cruauté envers les animaux, c’est s’habituer à l’ouvrier qui tapera sa femme, ou à d’autres types de violence.

 

En quelques décennies, l’abattage des animaux va donc être soustrait à la vue du public. Les consommateurs n’auront plus affaire aux bouchers qui vendaient les animaux qu’ils avaient tués, mais à des commerçants dont le rôle est cantonné à la vente. Bien d’autres éléments concourent au mécanisme psychologique de « l’oubli » de l’animal dans la viande. Mentionnons parmi eux les stratégies parfaitement maîtrisées du marketing et leurs slogans publicitaires, les images trompeuses qui illustrent les « produits animaux » ou encore les discours vantant les mérites nutritionnels, prétendument irremplaçables, de la viande.

 

Longtemps, j’ai cru que cette occultation du processus de mise à mort expliquait la facilité avec laquelle nous mangeons de la viande sans penser que nous mangeons en vérité des animaux. Mais à présent, cette analyse me semble relever d’une courte vue. Nous n’ignorons en fait rien de cette vérité, et les animaux entiers ou reconnaissables dans les étals des bouchers sont là pour nous rappeler qu’il s’agit bien de cadavres d’animaux qui peu de temps auparavant étaient en vie comme nous souhaitons tous le rester ! La mauvaise foi ne doit pas être évincée de l’analyse, et moins encore l’ambivalence qui est au fondement de la vie psychique. « Nous savons bien, mais quand même », pour reprendre une formule chère aux psychanalystes…

 

L’idée selon laquelle nul (ou presque) ne veut renoncer à l’alimentation carnée s’est confirmée au moment de la diffusion des images de L214. La médiatisation des vidéos faisant la lumière sur la mise à mort des animaux dans les abattoirs aurait dû, si nous étions vraiment dans « l’oubli » de cette généalogie, entraîner une réaction massive de rejet de cette viande, dont la vérité était révélée. Il n’en fut rien, même si le véganisme a le vent en poupe, comme on dit. En effet, de nouvelles stratégies surgissent, de nouveaux discours œuvrent à pérenniser la consommation de « viande », qu’il est pourtant désormais impossible de dissocier de la mise à mort des animaux.

 

Dans mon livre L’Humanité carnivore, je montre en quoi l’institution de l’alimentation carnée reflète un désir très profond de l’humanité, qui n’est bien sûr pas à entendre comme l’agrégat des individus, mais comme une entité qui prend conscience d’elle-même en se pensant contre l’animalité. La manducation [Ensemble des actions mécaniques qui constituent l’acte de manger, NDLR] des animaux ne répond plus depuis longtemps à une nécessité ; l’enjeu est métaphysique et identitaire dans cette violence très singulière qui ne consiste pas simplement à tuer, mais à manger, c’est-à-dire à absorber, digérer, excréter.

 

L’horreur que nous inspire le cannibalisme confirme la spécificité de la violence propre à la manducation qui suit une mise à mort. Les anthropologues ont en effet mis au jour un « cannibalisme de gourmandise », où des hommes mangent d’autres hommes « parce c’est bon ». Il peut être curieux de penser que le cannibalisme nous répugne plus que la torture, qui constitue une situation où l’autre continue à être tenu pour un sujet qui doit répondre à une question. La manducation, qui implique un processus de décomposition, ravale celui qui est ainsi traité à un rang qui ne peut être comparé à aucun autre. Quoi de plus absolu que la manducation pour affirmer une forme d’anéantissement d’autrui ?"

 

Cliquez ici pour lire l'intégralité de l'entretien de Florence Burgat sur le site reporterre.net

 

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 13:35

Connu pour ses théories originales sur le multiculturalisme, Will Kymlicka signe avec son épouse, Sue Donaldson, une analyse politique des obligations et des devoirs de l’homme envers les animaux.

 

 

On a beau aimer les bêtes, les protéger, leur éviter la souffrance, ne pas manger leur viande, un nuage de scepticisme se lève toujours quand on envisage de leur attribuer des droits, car on voit mal quel droit aurait le moustique sinon celui de rencontrer violemment le devoir qu’a la main de l’écraser avant qu’il ne pique. Alors, qu’on lise Zoopolis, une somme qui fait faire à la réflexion sur l’animal un bond décisif.

 

Will Kymlicka, 54 ans, canadien, professeur de philosophie politique à la Queen’s University de Kingston et la Central European University de Budapest, est considéré comme l’un des plus fins analystes du multiculturalisme. On lui doit d’avoir introduit dans la réflexion sur les droits des minorités des points de vue originaux. Et, entre autres, élargi le concept de «diversité culturelle» selon le type de droits auxquels elle renvoie : les «droits à l’autonomie» ou à l’autodétermination des peuples, les «droits multiethniques» (dont la finalité est d’«aider les groupes ethniques et les minorités religieuses à exprimer leur particularité et leur fierté culturelle»), enfin les «droits de représentation sociale», qui visent à compenser les désavantages politiques subis par des groupes marginalisés systématiquement sous-représentés. C’est par ce biais que Kymlicka rénove la notion de «citoyenneté multiculturelle».

 

Instinct de vivre

 

Selon la théorie libérale classique, les sujets jouissent des mêmes droits et des mêmes garanties, indépendamment de leur appartenance ethnique, sexuelle, religieuse ou culturelle. Dans ce cadre, toute revendication, par des minorités, de régimes juridiques spéciaux ou différenciés apparaît illégitime, ou en contradiction avec l’universalisme et l’égalité de traitement de tous les citoyens. Le théoricien canadien trouve trop rigide cette façon de poser le problème, au nom même du libéralisme : les choix responsables et libres sont toujours indexés au patrimoine de valeurs et de traditions personnelles ou propres au groupe d’appartenance, aussi minoritaire soit-il. Si on coupe ce lien, on porte atteinte à la liberté, à la formation de l’identité de la personne, et on lèse également la possibilité de sa socialisation et de son intégration. Mais si on attribue de façon différenciée droits, garanties et devoirs, on porte atteinte à l’idée même de citoyenneté, qui ne sera plus symbole d’appartenance à une communauté faite de règles pour tous et par tous partagées.

 

C’est cette voie apparemment sans issue que dégage l’œuvre de Kymlicka, en proposant, à côté des droits sociaux - vecteurs de protections et des bénéfices matériels mais non d’intégration - des «droits culturels», qui à la fois protègent l’autonomie culturelle (ou religieuse) des groupes particuliers et développent un «sentiment partagé de loyauté» envers la culture commune, premier pas vers la coexistence pacifique dans une société multiculturelle. Ces droits auraient la même fonction «intégrative» que les droits sociaux attribués tour à tour aux ouvriers, aux femmes, aux handicapés, aux homosexuel(le)s, aux chômeurs, aux enfants, etc.

 

L’apport principal de Kymlicka a été d’introduire la notion de culture dans le débat sur la citoyenneté, et de souligner que les sphères culturelles, aussi éloignées soient-elles, peuvent «s’épouser», s’échanger, se partager, s’enrichir l’une par l’autre, et que donc, paradoxalement, l’attachement de groupes particuliers à leurs racines traditionnelles n’est en rien un «mur» mais un facteur positif d’inclusion sociale. Ce faisant, le philosophe a dû, au passage, montrer qu’il n’existe aucun argument apte à justifier une quelconque discrimination de genre, d’orientation sexuelle, d’ethnie ou de pratique religieuse. Il était donc normal qu’il en arrivât aux discriminations d’«espèce», et appliquât aux animaux les catégories forgées pour les humains dans le creuset de la théorie de la citoyenneté - et ce dans la mesure où ils partagent sur bien des points une même «condition», habitent la même Terre, sont soumis à la mort et exposés à la souffrance, sentent, éprouvent des émotions, tissent des relations, ont la même volonté ou instinct de vivre… Zoopolis - Une théorie politique des droits des animaux, que Kymlicka signe avec sa femme, Sue Donaldson, est donc bien plus qu’un énième ouvrage «animalier» : il est destiné à devenir un classique de l’analyse politique, car, en utilisant pour les animaux «les idées de souveraineté, de résidence, de migration, de territoire, d’appartenance sociale et de citoyenneté», non seulement il outrepasse ces classiques de l’éthique ou de la déontologie que sont déjà Libération animale de Peter Singer ou Pour les droits des animaux de Tom Regan, mais ouvre des voies nouvelles à la philosophie elle-même.

 

Kymlicka et Donaldson partent d’un constat : depuis Jeremy Bentham - qui a marqué une véritable rupture épistémologique en notant que ce qui importe n’est pas de savoir si les animaux parlent ou pensent mais de savoir s’ils souffrent - la cause animale a considérablement avancé. La conviction qu’il faille respecter la vie des bêtes, éviter la maltraitance et l’exploitation, interdire les «pratiques d’extrême cruauté», est entrée dans la conscience publique. Cette éthique animale s’est développée «dans l’un des trois grands cadres moraux» que dessinent l’«approche "welfariste"», l’«approche écologique» et l’«approche dite des "droits de base"». La première reconnaît l’«importance du bien-être animal d’un point de vue moral», mais le «subordonne aux intérêts des êtres humains». Ce principe d’un «usage éthique» des animaux semble être celui qui est majoritairement partagé - et le plus facilement réduit à l’opinion diffuse selon laquelle il est juste de se soucier du bien-être animal mais encore plus de se préoccuper des enfants exploités, des hommes qui sont dans la misère, exposés aux guerres, confrontés aux catastrophes naturelles, etc.

 

«Êtres individuels»

 

L’«approche écologique» privilégie, elle, la «santé des écosystèmes, dont les animaux sont un élément essentiel». Elle critique de «nombreuses pratiques ayant un impact dévastateur sur les animaux, comme la destruction de l’habitat, la pollution ou la responsabilité majeure de l’élevage industriel dans l’émission de CO2», mais accepte celles qui n’ont pas d’impact sur les systèmes écologiques (chasse, élevage durable, élimination d’une espèce invasive…).

 

La troisième approche est celle qui se rallie au modèle des «droits des animaux». Elle représente une «extension naturelle de la conception de l’égalité morale qui sous-tend la doctrine des droits de l’homme», car elle reconnaît aux animaux des «droits inviolables» : en tant qu’«êtres individuels», ils ont le droit de «ne pas être torturés, emprisonnés, soumis à des protocoles d’expérimentations médicales, séparés de leurs familles ou abattus parce qu’ils ont mangé trop d’orchidées rares ou parce qu’ils ont altéré leur habitat». Eu égard à leurs «droits moraux fondamentaux», hommes et animaux «sont égaux, et non pas maître et esclave, gestionnaire et ressource, tuteur et mineur, ou bien encore créateur et artefact». Bien que la plus approfondie en philosophie, cette théorie des droits des animaux (TDA) est cependant la plus mécomprise et ne rencontre «quasiment aucun écho auprès du grand public», qui a du mal à réaliser quels droits peuvent bien avoir la moule ou les acariens. Ce n’est pas surprenant, écrivent Kymlicka et Donaldson : cette théorie est en effet «intenable d’un point de vue politique». Le but de Zoopolisest de l’amender pour qu’elle devienne non seulement «tenable», mais rende raison de la «complexité empirique et morale des relations entre humains et animaux».

 

Écureuils et cerfs

 

La TDA s’est en effet contentée d’établir une liste de droits négatifs (ne pas maltraiter, ne pas tuer…), et les a appliqués de façon générique, comme le fait sur le plan politique la théorie libérale qui, au nom de l’universalisme, attribue à tous les mêmes droits et les mêmes garanties. C’est pourquoi Kymlicka et Donaldson préconisent des obligations positives envers les animaux, conçus comme «résidents» originaires ou immigrés (porter secours, «concevoir nos édifices, nos routes et nos quartiers en tenant compte de leurs besoins»…), et également des devoirs relationnels, c’est-à-dire «les devoirs qui ne découlent pas uniquement des caractéristiques intrinsèques des animaux (comme leur conscience), mais également les relations géographiques et historiques spécifiques qui se sont développées entre certains groupes d’animaux et certains groupes d’humains». Dans le cas des hommes, on dispose de cadres sociaux bien établis pour penser ces droits de façon relationnelle : employeur/employé, parent/enfant, enseignant/élève, etc. Il s’agira dès lors d’«identifier des catégories similaires dans le contexte animal, de décrire avec précision […] les devoirs positifs qui leur correspondent».Et ce, en sachant d’une part que les animaux, même s’ils ne sont pas domestiques (renards, écureuils, cerfs, chauves-souris…) font partie de la société et sont «affectés chaque fois que nous abattons un arbre, que nous obstruons une voie navigable, que nous construisons une route, un lotissement ou une tour», et que, d’autre part, ils entretiennent des relations dont il est aisé de voir qu’elles sont celles qu’il revient à la politique de traiter, à savoir la capacité de suivre des normes, la possibilité d’être autonomes ainsi que les «différentes formes de souveraineté territoriale, de colonisation, de migration, d’appartenance sociale». Il s’agit donc bien de penser une zoopolis, de concevoir une politique des droits des animaux, fondée sur l’idée de communauté citoyenne, où seraient associés droits négatifs universels et droits positifs différenciés, pour les animaux comme pour les hommes.

 

Depuis Singer et Regan, la réflexion morale sur l’animal s’est beaucoup enrichie, grâce aux contributions venues de Jacques Derrida ou de la pensée anglo-saxonne, de l’éthique des vertus (Rosalynd Hursthouse) ou de l’éthique des «capacités» (Martha Nussbaum). Avec Zoopolis, Will Kymlicka et Sue Donaldson lui font faire un saut qualitatif vers l’élaboration d’une théorie politique soucieuse de justice et de liberté, qui, après avoir inclus dans la citoyenneté tous ceux et celles à qui les droits ont été niés pendant de longues ères historiques - en raison de leur sexe, leur orientation sexuelle, la couleur de leur peau, leur provenance géographique ou leur appartenance ethnique - y intègre désormais ces autres «résidents» sociaux que sont les animaux.

 

Article de Robert Maggiori, paru sur http://next.liberation.fr/livres/2016/10/26/zoopolis-la-bete-a-bon-droit_1524505

 

Will Kymlicka, Sue Donaldson 

Zoopolis. Une théorie politique des droits des animaux

Traduit de l’anglais par Pierre Madelin, relu par Hicham-Stéphane Afeissa, postfacé par Corine Pelluchon, Alma

408 pp. 25,90 €.

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 12:34

Deux sorties littéraires d'octobre qui traitent du même thème : démontrer que les animaux sont tout autant intelligents que les humains, voire plus, et démonter les "bêtes" stéréotypes.

 

Sommes-nous trop 'bêtes' pour comprendre l'intelligence des animaux ?

FRANS DE WAAL

Editeur : Les liens qui libèrent

Date de parution : 05/10/2016

320 pages

Format : 22 x 2,9 x 14,6 cm

Prix : 24 euros

 

Dans ce livre fascinant, Frans de Waal, psychologue et primatologue mondialement reconnu, nous amène à réexaminer tout ce que nous croyions savoir sur l’intelligence animale – et humaine.

 

Présentation par l'éditeur : 

 

Qu’est-ce qui distingue votre esprit de celui d’un animal ?  Vous vous dites peut-être : la capacité de concevoir des outils ou la conscience de soi – pour citer des traits qui ont longtemps servi à nous définir comme l’espèce dominante de la planète.

 

Dirons-nous que nous sommes plus stupides qu’un écureuil parce que nous sommes moins aptes à nous souvenir des caches de centaines de glands enterrés ? Ou que nous avons une perception de notre environnement plus fine qu’une chauve-souris dotée de l’écholocalisation ?

 

De Waal retrace l’ascension et la chute de la vision mécaniste des animaux et ouvre notre esprit à l’idée d’un esprit animal bien plus raffiné et complexe que nous ne l’imaginions…

 

Frans de Waal nous emmène à la découverte de pieuvres qui se servent de coques de noix de coco comme outils ; d’éléphants qui classent les humains selon l’âge, le sexe et la langue ; ou d’Ayumu, jeune chimpanzé mâle dont la mémoire fulgurante humilie celle des humains. Sur la base de travaux de recherche effectués avec des corbeaux, des dauphins, des perroquets, des moutons, des guêpes, des chauves-souris, des baleines et, bien sûr, des chimpanzés et des bonobos, Frans de Waal explore l’étendue et la profondeur de l’intelligence animale. Il révèle à quel point les animaux sont en réalité intelligents et à quel point, trop longtemps, nous avons sous-estimé leurs aptitudes.

 

 

Révolutions animales : comment les animaux sont devenus intelligents

KARINE LOU MATIGNON
PRÉFACE DE JANE GOODALL

Coédition ARTE éditions / Les Liens qui Libérent 
Date de parution : 19 octobre 2016 
576 pages 
Format : 19,6 x 25,5cm 
Prix : 38 euros

 

"Hier, jugée anecdotique, la sollicitude pour les animaux induite par la connaissance, est désormais une question sociétale et s’impose progressivement sur la scène économique et politique mondiale. Elle augure d’autres manières de vivre ensemble."

 

Un livre d’actualité, rigoureux et accessible, qui porte un nouveau regard sur le monde des animaux.

 

Basé sur les avancées des connaissances scientifiques sur les compétences des animaux et l’histoire des relations hommes/animaux, ce livre est le premier ouvrage complet en France dédié à ces questions. Une première partie réunit les connaissances actuelles sur les compétences des animaux à la lumière des découvertes les plus récentes. Dans une seconde partie, c’est l’histoire des relations entre les hommes et les animaux, des origines jusqu’à nos sociétés modernes, en passant par les différentes époques et cultures, qui est abordée, ainsi que la question très actuelle, mais aussi d’avenir, du bien-être et des droits des animaux. Pour la première fois, la recherche et la pensée sont traitées sur un pied d’égalité avec les sujets d’actualité.

 

Site officiel (extrait, liens pour le commander) : http://www.revolutionsanimales-lelivre.com/

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