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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 19:31

Ce n’est pas un signal d’alarme, c’est un cri de panique. Dans l’édition du 10 juillet des PNAS, les comptes rendus de l’académie des sciences des États-Unis, trois chercheurs décrivent la disparition des animaux sur terre en termes angoissants, parlant d’une « annihilation biologique », d’une « effrayante attaque contre les fondements de la civilisation humaine ». Un langage aussi cru est inhabituel dans une publication scientifique.

 

 

Dans une étude très alarmante, les scientifiques Gerardo Ceballos, Paul R. Ehrlich et Rodolfo Dirzo concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue.

 

Depuis un demi-milliard d'années, les chercheurs disent qu'il y a eu cinq événements d'extinction de masse sur Terre durant lesquels une grande diversité d'espèces sur cette planète s'est soudainement éteinte. Maintenant, il existe de plus en plus de preuves qu'une sixième extinction de masse se déroule, selon des scientifiques qui suivent des espèces dans le monde entier. Dans une nouvelle étude, les scientifiques disent que l'extinction de masse actuelle est même «plus sévère que prévue» et équivaut à une «anéantissement biologique» affectant des milliers d'espèces.

 

Dans l'étude, publiée lundi dans le journal Proceedings de l'Académie nationale des sciences, des chercheurs de l'Université de Stanford et de l'Université nationale autonome du Mexique ont dévoilé un regard minutieux sur les tendances démographiques entre 27 600 espèces d'oiseaux, d'amphibiens, de mammifères et de reptiles - la moitié des vertébrés terrestres connus au monde - y compris une analyse détaillée de 177 espèces de mammifères.

 

 

Les résultats sont sombres: les chercheurs ont trouvé un «degré extrêmement élevé de décroissance de la population» parmi les vertébrés, même chez les espèces considérées à faible risque d'extinction. En général, ils ont constaté que les régions tempérées du monde perdent des espèces à des taux égaux ou même plus élevés que les tropiques. Tous les continents sont touchés.

 

"La Terre connaît un énorme épisode de déclin et d'extermination de la population" - lorsqu'une espèce cesse d'exister dans un lieu particulier - "qui aura des conséquences négatives en cascade sur le fonctionnement de l'écosystème et les services essentiels au maintien de la civilisation", ont écrit les chercheurs.

 

"Nous décrivons cela comme un « anéantissement biologique » pour mettre en évidence l'ampleur actuelle de l'événement d'extinction majeur en cours de la Terre en cours".

 

En divisant les masses terrestres du monde en une grille de 22 000 sections de 10 000 km² chacune, les chercheurs ont suivi les déclins des espèces et ont peint une image radicale des populations qui sont poussées à leurs limites.

 

Corollaire de la perte d’effectifs, la faune voit son territoire diminuer comme une peau de chagrin. Parmi les 177 espèces de mammifères scrutées plus spécifiquement par l’étude, quasiment tous ont perdu au moins 30 % de leur aire de répartition historique depuis 1900 et 40 % en ont perdu plus de 80 %. Cas emblématique, le lion a longtemps régné sur la majeure partie de l’Afrique, du sud de l’Europe et du Moyen-Orient, jusqu’au nord-ouest de l’Inde (occupant historiquement environ 2000 zones de 10 000 km² sur plusieurs continents) ; on ne compte aujourd’hui qu’une poignée de populations dispersées en Afrique subsaharienne et une population dans la forêt de Gir, en Inde (il occupe à peine plus de 600 zones).

 
 
En examinant les extinctions localisées des populations (le précurseur des extinctions irréversibles des espèces), les chercheurs concluent que «le sixième épisode d'extinction de masse de la Terre dépasse les prévisions».
 
 
Le scientifique spécialisé en conservation, Robin Naidoo, du Fonds mondial pour la nature, a déclaré que l'étude «rappelle un point essentiel souvent négligé» en se concentrant sur le long chemin complexe qui précède l'extinction des espèces, du déclin des populations à une diminution de l'espèce. Même si elle est loin d'être éteinte, une espèce en déclin peut causer des «effets en cascade sur la végétation et l'habitat» dans les réseaux écologiques qui dépendent de l'équilibre entre les animaux, les plantes et les microorganismes, a déclaré Naidoo à CBS News.
 
 

Les groupes de conservation comme l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classent les espèces selon le niveau de risque d'extinction, de «moins préoccupant», à «quasi menacée», «vulnérable», «menacée», «en danger critique d'extinction», «éteinte à l'état sauvage, et enfin " éteint ".

 

En 2016, la planète ne comptait que 7 000 guépards et 35 000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus, tandis que celles de girafes sont passées de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Celles de pangolins ont été décimées.
 
 
30 % des espèces en déclin sont communes
 
 
 

Ce que l’on sait moins, c’est que près de 30 % de ces espèces en déclin sont considérées comme communes. Elles sont (encore) classées en tant que « faible préoccupation » et non pas « en danger » par l’UICN. En France, le chardonneret a, par exemple, enregistré une baisse de 40 % de ses effectifs depuis dix ans. « Qu’autant d’espèces communes voient leurs effectifs diminuer est un signe fort de la gravité de l’épisode d’extinction biologique actuel », prévient Gerardo Ceballos.

 

 

"Cet article affirme qu'il ne s'agirait pas seulement d'une extinction: il s'agit de déclins dans les populations. Les conséquences néfastes surviennent avant même l'extinction d'une espèce", a déclaré Naidoo.
 
 
Ces effets négatifs peuvent affecter directement les humains de plusieurs façons. Dans les communautés de pêcheurs, les poissons si rares qu'ils sont considérés comme «éteints dans le commerce» peuvent détruire les économies locales. En Afrique, le déclin des éléphants en raison du braconnage coûte aux économies locales 25 millions de dollars par année en revenus du tourisme perdu, selon une étude récente du WWF (World Wildlife Fund).
 
 
Les êtres humains sont à blâmer
 
 
Les extinctions de masse antérieures de la Terre étaient souvent associées à des événements naturels soudains et cataclysmiques: changements brusques du climat, éruptions volcaniques massives, pousses de météorites géantes (comme celui qui a effacé les dinosaures il y a environ 66 millions d'années).
 
 
L'extinction de masse actuelle se distingue parce qu'elle est en grande partie causée par les humains, disent les chercheurs. De la pollution à la déforestation, à la surpopulation, au braconnage, au réchauffement des océans et aux phénomènes météorologiques extrêmes liés au réchauffement climatique, l'activité humaine est le combustible principal derrière cette nouvelle ère de perte d'espèces irréversible.
 
 
Les humains rendent le monde "beaucoup plus pauvre", a déclaré Elizabeth Kolbert, auteur de "The Sixth Extinction" et rédactrice en chef du New Yorker, à CBS News. Dans son livre gagnant du prix Pulitzer, Kolbert soutient que l'épuisement de la biodiversité de la planète semble être l'héritage le plus durable de l'humanité.
 
 
Bien que les extinctions périodiques aient longtemps joué un rôle dans la vie sur Terre, la portée actuelle et le taux d'extinction sont tout sauf normaux. La Terre a perdu 200 espèces de vertébrés au cours des 100 dernières années seulement, d'après les observations des chercheurs. Si les tendances des deux derniers milliers d'années s'étaient maintenues, ces pertes auraient dû se dérouler progressivement sur 10 000 ans au lieu d'un seul siècle.
 
 
 
 
"Une extinction devrait être quelque chose qui reste très inhabituel", a déclaré Kolbert. "Lorsque vous pouvez identifier beaucoup d'espèces qui sont éteintes ou qui sont sur le point de s'éteindre, c'est vraiment un moment très inhabituel dans l'histoire de la Terre et très dangereux".
 
 
Cette disparition régulière d'espèces, au rythme de deux extinctions par an, ne fait guère de bruit. Dans de nombreux cas, cela s'explique par le fait que les pertes sont vagues: les extinctions récentes incluent le Piparo Catarina et le Pipistrelle Batman, pas vraiment de noms familiers.
 
 
Les histoires de ces extinctions individuelles ne parviennent souvent pas à transmettre l'ampleur et l'urgence du contexte plus large: ce n'est que pour la sixième fois dans l'histoire de la planète que la biodiversité de la Terre semble menacer de s'effondrer.
 
 
"Je pense vraiment - et cette étude le souligne - que c'est le gros problème de notre temps", a déclaré Kolbert. "Je veux dire littéralement en ce moment et pour les prochains nombreux siècles, décennies, peut-être des millénaires".
 
 
Des causes connues, des engagements à prendre
 
 
Les causes de ces reculs sont connues :
  • en premier lieu, perte et dégradation de l’habitat sous l’effet de l’agriculture, de l’exploitation forestière, de l’urbanisation ou de l’extraction minière
  • viennent ensuite la surexploitation des espèces (chasse, pêche, braconnage), la pollution, les espèces invasives, les maladies et, plus récemment, le changement climatique
  • les moteurs ultimes de la sixième extinction de masse (et les moins souvent cités selon les auteurs) : la surpopulation humaine, liée à une croissance continue de la population, et la surconsommation, en particulier par les riches.
 

 

« Nous ne disposons que d’une petite fenêtre pour agir, deux ou trois décennies au maximum », préviennent-ils. Il en va de la survie de la biodiversité mais également de l’humanité. « L’érosion des espèces entraîne de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes, ainsi que des impacts économiques et sociaux pour l’humain », rappelle Gerardo Ceballos. La faune et la flore nous rendent en effet de nombreux services, qu’il s’agisse de la pollinisation, de l’amélioration de la productivité des terres, de l’assainissement de l’air et de l’eau ou du stockage du CO2.
 
 
Parmi les actions prioritaires, les scientifiques appellent à
  • réduire la croissance de la population humaine et sa consommation
  • utiliser des technologies moins destructrices pour l’environnement
  • endiguer le commerce des espèces en voie de disparition
  • aider les pays en développement à maintenir les habitats naturels et à protéger leur biodiversité.

 

Sources : 1) https://www.mediapart.fr/journal/international/110717/une-annihilation-biologique-frappe-les-animaux-de-la-terre 2) http://mobile.lemonde.fr/biodiversite/article/2017/07/10/la-sixieme-extinction-de-masse-des-animaux-s-accelere-de-maniere-dramatique_5158718_1652692.html?xtref 3) http://www.cbsnews.com/news/sixth-mass-extinction-biological-annihilation/

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 21:13
RETROSPECTIVE | Du "Frankenfish" dans les assiettes ?
 
Le 19 novembre 2015, l’agence étasunienne en charge de l’alimentation (FDA, Food and Drug administration) a finalement accepté d’autoriser le saumon génétiquement modifié de l’entreprise AquAdvantage pour la consommation humaine. Ce saumon n’est pas encore autorisé au Canada. Cependant, en janvier 2016, la Cour fédérale canadienne a considéré que l’autorisation de la production d’œufs de saumon transgénique sur l’île du Prince Edward était « raisonnable ». Aux États-Unis, fin janvier 2016, la FDA a fait volte-face et a suspendu l’autorisation.
 

 

Frankensaumon vs saumon
 
 
Le 30 mars 2016, plusieurs organisations environnementalistes déposaient une plainte contre cette autorisation. Le saumon, développé par AquaBounty Technologies (dont l’actionnaire principal est the Intrexon Corporation), a été modifié pour grandir quatre fois plus vite. Mais selon de nombreuses publications scientifiques, dont l’étude publiée en 2002 dans la revue American Society of Animal Science, l’hormone de croissance, produite par transgenèse, aboutit à plusieurs dégâts collatéraux. Ainsi, ces animaux ont une tendance supérieure aux autres à devenir diabétiques et les poissons d’AquaBounty devront probablement être vendus sous forme de filets ou dans des plats cuisinés du fait de leurs difformités. De nombreuses voix s’étaient donc élevées pour dénoncer les risques tant environnementaux que sanitaires. Il s’agit du premier animal transgénique autorisé au niveau mondial pour la consommation humaine.
 
 
D’autres animaux GM avaient déjà été autorisés comme des poissons d’aquarium et le moustique transgénique pour lutter contre la dengue au Brésil.
 
 
La FDA conditionne l’autorisation
 
 
La FDA a cependant conditionné son autorisation au fait d’élever ces saumons génétiquement modifiés uniquement « à terre », dans des bassins d’éclosion fermés, dans deux installations spécifiques au Canada (à Souris, île du Prince Edward) et au Panama. Autrement dit, l’autorisation « ne permet pas que ce saumon soit conçu et élevé aux États-Unis ».
 
 
En revanche, le Canada vient de confirmer que de tels œufs de saumon GM pouvaient être élevés sur l’île du Prince Edward. Cependant, l’autorisation pour la vente du saumon transgénique en tant que tel est toujours en attente au Canada.
 
 
Malgré cette précaution, l’opposition continue tant de la part de certaines collectivités territoriales que d’entreprises agro-alimentaires. Elles sont une soixantaine - comme Subway, Whole Foods, Trader Joe’s ou Kroger - à avoir annoncé qu’elles ne souhaitaient pas vendre ce saumon transgénique sur leur étal. Ainsi, dernièrement, CostCo, deuxième plus grand détaillant étasunien qui, d’après Reuters, achète chaque semaine 272 tonnes de saumon, a annoncé qu’il s’engageait à ne pas commercialiser ce « Frankenfish ».
 
 
Lors des consultations liées à la procédure d’autorisation, la FDA a reçu plus de deux millions de messages opposés à l’autorisation de ce saumon transgénique. Et plusieurs états étasuniens avaient souhaité l’interdire sur leur territoire, comme la Californie ou l’Alaska.
 
 
La FDA suspend l’autorisation
 
 
La mobilisation a porté ses fruits. La sénatrice de l’Alaska, Lisa Murkowski a en effet réussi à suspendre l’autorisation de ce saumon transgénique, « jusqu’à ce que la FDA publie des lignes directrices en matière d’étiquetage pour informer les consommateurs finaux ». Concrètement, cette suspension passe par un certain nombre d’amendement (section 761) dans une loi de finance générale.
 
 
Cette loi prévoit donc un budget de 150 000 dollars qui englobe les salaires et autres dépenses pour permettre à la FDA de mettre au point ces lignes directrices et « mettre en œuvre un programme visant à communiquer aux consommateurs que le saumon en vente est une variété génétiquement modifiée ».
 
 
Certains observateurs estiment que ce processus de lignes directrices peut prendre des années.
 
 
La FDA a envoyé le 29 janvier une alerte qui précise que « tout envoi suspecté ou connu de saumon GM ou de produit composé entièrement ou en partie de saumon GM doit être signalé aux autorités compétentes ».
 
 
AquaBounty a précisé dans un communiqué de presse que cette alerte de la FDA ne changeait rien à la stratégie de l’entreprise car elle « n’importe pas actuellement [son] saumon aux États-Unis ».
 
 
Cette suspension peut paraître tout à fait surprenante. En effet, aux États-Unis, jusqu’à présent, aucun produit issu d’OGM ne doit obligatoirement faire l’objet d’un étiquetage spécifique. La FDA a d’ailleurs publié récemment des lignes directrices sur l’étiquetage OGM et non OGM qui ne semblait pas remettre en cause le cadre politique général. Ces lignes directrices vont-elles conduire à un étiquetage obligatoire du saumon GM et de ses produits dérivés ? La FDA a juste obligation de mettre au point des lignes directrices, mais le combat pour la transparence du consommateur a, selon la sénatrice Murkowski, marqué un point.
 
 
Une autorisation attaquée en justice
 
 
Le 30 mars 2016, plusieurs organisations environnementalistes dont The Center for Food Safety, Food and Water Watch, et Friends of the Earth, ont déposé une plainte auprès du tribunal fédéral de Californie contre l’autorisation accordée par la FDA au saumon transgénique d’AquaBounty. Elles estiment que l’évaluation des risques environnementaux et socio-économiques de ce saumon GM « était extrêmement limitée », qu’elle ne permet donc pas d’innocenter ce saumon. De nombreux documents ont été ignorés au cours de la procédure d’autorisation. Elles considèrent aussi que la FDA n’est pas l’autorité compétente pour réglementer les animaux transgéniques. Cette plainte vise donc à interdire à la FDA de prendre de telles décisions tant que le Congrès n’aura pas donné un mandat précis à cette agence. La FDA, rapporte Reuters, n’a pas souhaité commenter cette plainte.
Au Japon, le Seikatsu Club, une organisation de consommateurs, a, elle aussi, dénoncée cette autorisation qu’elle qualifie d’ « irresponsable ».
 
 
Source : https://www.infogm.org/5876-saumon-OGM-autorise-etats-unis
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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 15:03

Les scientifiques viennent de découvrir qu’il y a des « abeilles » dans les océans : il s’agit de minuscules crustacés qui, tout comme leurs cousins terrestres, pollinisent les plantes sous-marines.

 

 

La pollinisation est au cœur de la nature et de ses processus de reproduction. Sur Terre, le transport du pollen des étamines au pistil s’effectue principalement par le vent (entre autres chez les graminées et les conifères) et les insectes (surtout des abeilles et des papillons, dans la plupart des « plantes à fleurs »). En mer, on pensait jusqu’alors que les plantes marines ne pouvaient compter que sur l’eau pour répandre leurs gênes, mais pour la première fois, des chercheurs ont trouvé des preuves que les écosystèmes sous-marins ont des pollinisateurs qui transportent le pollen entre les fleurs, de la même manière que les abeilles et autres animaux pollinisent les plantes sur la terre ferme.

 

Pour arriver à de telles conclusions, les chercheurs de l’Université nationale autonome du Mexique ont filmé les divagations printanières nocturnes de petits crustacés parmi les lits « d’herbes à tortue » (ou  Thalassia testudinum) une plante qui pousse sur les fonds marins tropicaux et forme des herbiers qui constituent des zones de frai pour les poissons. Jusqu’à récemment, les scientifiques pensaient que leur pollen était transporté par les eaux, mais les images ont révélé de nouveaux responsables : des centaines de petits invertébrés, principalement des petits crustacés, transportant le pollen de fleur en fleur et les invitant ainsi à fertiliser.

 

Au même titre que les abeilles, ces nouveaux petits pollinisateurs sont probablement attirés par le savoureux pollen produit par les fleurs mâles. Un peu de ce pollen gluant vient alors se coller au corps de l’animal qui viendra ensuite le déposer sur une fleur femelle tout en continuant de se nourrir. Comme sur la terre ferme, les plantes usent ici de leurs fleurs pour attirer les pollinisateurs. Chez Thalassia testudinum, les fleurs sont bien visibles bien que dépourvues de pétales, souvent blanches et tirant parfois sur le vert ou le rose. Pour le moment, les pollinisateurs sous-marins n’ont été aperçus que sur cette espèce de plante sous-marine qui possède de grandes fleurs, mais il serait intéressant de voir si d’autres plantes avec des fleurs plus petites peuvent aussi être pollinisées de cette façon, notent les chercheurs.

 

Rappelons que ces « prairies côtières » sont immensément importantes pour les écosystèmes. Non seulement elles soutiennent diverses communautés d’animaux, de petits crustacés aux grands mammifères marins, mais de nombreuses espèces marines se nourrissent également de cette plante et s’abritent ou se reproduisent dans la zone de calme créée entre ses feuilles.

 

Source : http://sciencepost.fr/2016/12/abeilles-mers-de-minuscules-crustaces-pollinisent-plantes-marines/

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Publié par Delphina - dans Sciences
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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 17:28

Le point de vue du philosophe et historien des sciences sur la biodiversité. Interview du Pr. Jean-Marc Drouin. Propos recueillis au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris par Michelle Folco et Sophie Mouge, professeurs relais pour l’académie de Créteil au Muséum (Direction de la Recherche, de l’Enseignement et de la Pédagogie - Muséum National d’Histoire Naturelle) et  Gilles Camus, responsable du site "Planet-Vie". Publié le 20/06/2007 sur http://planet-vie.ens.fr/content/epistemologie-biodiversite-drouin

 

 

A propos de Jean-Marc Drouin

Professeur de philosophie et d'histoire des sciences au Muséum national d'histoire naturelle, directeur adjoint du centre Alexandre-Koyré, est l'auteur de nombreuses études sur l'histoire de la botanique et de l'écologie. Il a publié à ce jour :

L'herbier des philosophes

Philosophie de l'insecte

L'Ecologie et son histoire : réinventer la nature

Théories de l'évolution

L'origine des espèces

 

Sommaire de l'entretien

1) Définition de la biodiversité

2) Du concept au terme précis de biodiversité

3) L'estimation de la biodiversité au cours de l'histoire

4) L'expédition Santo 2006

5) Date des premiers inventaires

6) Motivations des premiers catalogues

7) Les cabinets de curiosités

8) Méthodologie pour la réalisation des catalogues au cours de l'histoire

9) La curiosité, unique motivation des scientifiques ?

10) Quantification du nombre d'espèces et estimation des lacunes

11) Y a t'il une crise actuelle de la biodiversité ?

12) La notion de crise est-elle adaptée avec 15 millions d'espèces estimées ?

13) Préservation de la biodiversité et évolution

14) Faut-il conserver la biodiversité en l'état ?

15) Prise de conscience de l'interaction entre la biodiversité et l'Homme

16) Discours de "Valeur" contre discours "Utilitariste"

17) Le rôle de l'enseignant

 

1. Mr Drouin, en tant que philosophe et historien des sciences, comment définiriez-vous le terme "biodiversité" ?

 

"La biodiversité est la diversité biologique qui peut se définir à trois niveaux : diversité génétique (à l’intérieur de l’espèce), diversité des espèces et diversité des écosystèmes. La notion est apparue dans les années 80 avec l’expression de "diversité biologique" et la définition de ses trois niveaux. Par la suite, le mot "biodiversité" a contribué au succès de son concept mais d’une certaine façon, l’idée était présente depuis longtemps. Les disciplines naturalistes révolutionnées par l’évolution et l’écologie sont des savoirs basés sur la diversité naturelle, c’est-à-dire biologique (et géologique). Se pose alors le problème des rapports entre la diversité naturelle et la diversité culturelle du lieu.

 

2. Donc finalement, le concept de diversité du vivant va subir une évolution au fil des découvertes scientifiques. Le concept était donc déjà né avant qu’on lui attribue un terme précis : biodiversité ?

 

Un concept existe-il avant qu’il soit nommé ? C’est un grand problème récurrent dans les discussions entre les philosophes-historiens des sciences ! On l’admet bien pour l’évolution puisque Lamarck lui-même n’employait pas encore le terme ‘évolution’ ni même "transformisme".

 

Il disait clairement que les espèces se transforment, l’expliquait et donnait même un mécanisme (qui n’est pas celui qu’on retiendra par la suite) mais aucun mot concret ne résumait ces processus malgré l’existence de périphrases. Pour la diversité des espèces, cela paraît plus difficile. Mais il me semble tout de même qu’on peut parler de biodiversité des espèces avant la naissance du concept.

 

Un botaniste de la fin du XVIIIème siècle (ou du début du XIXe siècle) remarquait qu’on accusait les botanistes d’utiliser une profusion de termes. Ceux-ci répondaient que c’était comme si on accusait la nature d’être trop prodigue ! Il y a l’idée d’une profusion d’espèces qui entraîne une profusion de noms... Alors que certaines sciences tendent à simplifier et à ramener la diversité du réel sous un principe unique, c’est le contraire qui s’opère en biologie : il faut rendre compte de la diversité.

 

Les grandes théories du XIXème siècle seront donc amenées à la fois à souligner l’unité du vivant et en même temps sa diversité.

 

3. L’idée de biodiversité était donc déjà présente, comment pouvait-on l’estimer ?

 

Il existait différents calculs : on essayait d’estimer le nombre moyen d’espèces par genre. Par la suite on tentait d’évaluer les rapports entre la surface d’un pays et le nombre d’espèces qui s’y trouvaient. Puis au début du XIXème siècle, l’émergence de l’arithmétique botanique a permis des comparaisons du nombre d’espèces selon les différents groupes systématiques.

 

À l’époque de la Révolution française, on cherchait à justifier l’utilité de l’histoire naturelle. Constatant qu’une forêt ne possédait que 25 espèces d’arbres différentes, il paraissait crucial d’en importer pour en avoir plus et donc davantage de diversité : c’est l’époque de l’émergence des jardins d’acclimatation. On justifie l’utilité sociale de la connaissance naturaliste par l’augmentation du nombre d’espèces par importation d’espèces étrangères dans un pays. Quantité d’introductions ont été bénéfiques ou neutres. Mais actuellement la tendance est plutôt à la peur car certaines introductions ont eu des influences nocives (notamment dans les îles et les milieux fermés).

 

Si l’on reprend une analyse critique de Raphael Larrère lors d’un récent colloque, on peut se demander s’il existe une bonne et une mauvaise diversité. Par exemple, si l’importation de quantités de plantes dans une île des Kerguelen fait disparaître les plantes endémiques, il n’y a aucun gain. Mais il ne faut pas considérer non plus que toute migration d’espèces soit à proscrire. Il s’agit d’un thème important qui touche à l’éthique de l’environnement, à des problèmes de valeurs et qui demandent beaucoup de connaissances théoriques de la part des collègues de disciplines telle que l’écologie.

 

4. Comment percevez-vous le travail actuel fait sur l’île de Santo ?

 

Ce qui me semble intéressant dans la mission Santo, c’est la permanence de la démarche de « voyage ». Fontenelle, un philosophe du XVIIIème siècle, faisant l’éloge de Tournefort disait que la botanique n’est pas une science sédentaire parce que les livres pour s’en instruire ont été dispersés à la surface de la Terre ; si on veut étudier la faune, la flore et la géologie des îles du Pacifique, il faut que des gens aillent sur place, et plus précisément des scientifiques.

 

Dans ce sens, la mission actuelle sur l’île de Santo est d’un grand intérêt. D’abord il est réjouissant de voir la permanence du voyage comme démarche scientifique. De même que dans l’histoire de la médecine, on constate la permanence de la clinique, c’est-à-dire de l’observation du cas. La médecine se transforme, se modernise l’observation du cas demeure. Les mathématiciens d’aujourd’hui ne sont plus ceux du temps d’Archimède mais continuent cependant de calculer. L’expérimentation a joué un rôle décisif dès l’époque de Galilée en physique, de Lavoisier en Chimie ou de Claude Bernard en physiologie, elle est de nos jours différente mais reste une démarche fondamentale.

 

Il y a des démarches comme celle du questionnement du réel qui imposent un déplacement - qu’il s’agisse d’un déplacement de proximité ou d’une grande expédition scientifique. Dans certains cas, la grande expédition est le seul moyen efficace de répondre aux questionnements des chercheurs. Elle permet à la fois d’aller chercher un objet qu’on ne trouve pas sur place et de voir varier les conditions de milieu. Epistémologiquement, il s’agit d’une démarche fondamentale. Il est donc vraiment important que des expéditions puissent encore voir le jour et qu’elles se fassent en relation avec le public. En effet ces grandes expéditions ont contribué à l’évolution théorique des disciplines naturalistes et ont de surcroît alimenté l’imaginaire et l’intérêt du public pour les questions scientifiques.

 

5. À quelle période peut-on commencer à dater les premiers inventaires de faune et de flore effectués par les scientifiques ?

 

Les premiers inventaires datent de la fin du XVIIème siècle, mais surtout du XVIIIème siècle, le siècle des Lumières. À l’époque, on parlait de catalogues et non d’inventaires car il y a dans ce mot une notion de fragilité et d’appartenance à un patrimoine ; c'est-à-dire que le mot inventaire suggère une peur de la disparition, ce qui n’était pas le sentiment unanime à l’époque des premiers voyages naturalistes.

 

6. Pourquoi les scientifiques ont alors ressenti le besoin de faire des catalogues de la biodiversité ?

 

Ce besoin d’élaborer des catalogues répond tout d’abord à des motivations économiques. 
D’une certaine façon, ce sont les Européens qui font le catalogue de la diversité biologique des autres parties du monde donc de ce point de vue-là, on ne peut pas ne pas parler de différentes aires culturelles. Sur place, ils rencontrent des savoirs locaux concernant cette diversité. Selon les cas, les pays et les individus, soit ils prennent en compte ces savoirs et il y a rencontre et métissage culturels, soit ils arrivent en pays conquis et alors il y a un vide. En fait, tout n’était pas forcément déjà connu et il arrivait aussi aux scientifiques de découvrir des plantes ou des animaux auxquels les gens sur place n’avaient pas forcément pris garde. 
Un paradoxe est souvent soulevé par les auteurs du XVIIIème siècle. En effet, les plantes et animaux rencontrés sont déjà intégrés aux cultures sur place. Or, en l’honneur d’Adanson, on a donné au baobab le nom d’Adansonia, mais lui-même protestait en arguant qu’il s’agit d’un arbre africain et qu’il faut donc l’appeler baobab et non du nom de son descripteur européen !

 

Un des autres buts de ces catalogues était aussi de répertorier les ressources dont on dispose, c'est-à-dire la diversité qui est utile pour l’homme. Avant même les premiers naturalistes en voyage en Amérique, les marins avaient déjà rapporté le tabac, la pomme de terre, la tomate, le maïs etc… 


Le cadre de vie quotidien, les jardins et la nourriture sont profondément marqués par le transfert des plantes et animaux d’un continent à l’autre. C’est l’époque où on rêve d’acclimater quantités d’arbres dans nos forêts.

 

7. Certaines espèces étaient aussi rapportées à la cour : ont-elles contribuées à l’élaboration des cabinets de curiosités ?

 

Les espèces étaient effectivement rapportées à la cour, mais mortes et constituaient les cabinets de curiosité. Par la suite, toutes les espèces vivantes collectées ont permis d’élaborer des cabinets d’histoire naturelle. 


On peut dire d’une certaine façon qu’à la Renaissance et au début du XVIIème, on cherche l’élément curieux comme par exemple le rémora, la rose de Jéricho, le bezoar, la dent de Narval. Ensuite, les scientifiques se sont dits que toutes les coquilles d’escargot des jardins, tous les chênes d’Amérique du nord pourraient être aussi intéressants à étudier. On passe donc de l’extraordinaire, du curieux et du merveilleux à une forme de recherche d’exhaustivité. 


Cette recherche est liée à des intérêts économiques, à la recherche de médicaments, mais aussi à une idée de la richesse de la nature. Pour Galilée et les autres géomètres, la nature est écrite en langage mathématique, mais pour les naturalistes, c’est un trésor. Les idées religieuses étaient omniprésentes et soulignaient une profusion de la nature. Le premier jardin botanique était pour eux celui d’Eden ! Finalement, la connaissance de la biodiversité était à l’époque une façon de se rapprocher le plus possible de Dieu et des créatures qu’il aurait créées… 


Ceci me rappelle une plaisanterie à propos du généticien Haldane : un théologien lui avait demandé si l’histoire naturelle nous apprenait quelque chose sur Dieu et ce dernier lui a répondu : "Oui ! Un amour immodéré des coléoptères !"…

 

8. Comment procédaient ces scientifiques pour faire le catalogue de toute cette faune et flore, sachant que les techniques de l’époque n’étaient pas aussi sophistiquées que celles d’aujourd’hui ?

 

Il existe un livre d’Yves-Marie Alain sur le voyage des plantes à l’époque de la marine à voile. On note que le transport des plantes vivantes présente un aspect héroïque et lourd de conséquence. Actuellement, on ne s’étonne plus de trouver du café ‘pur Arabica Colombie’ alors que l’aire d’origine de ce café est dans la péninsule arabique ! Ces plants ont été transportés par les Hollandais dans leurs colonies d’Asie du sud-est, donnés ensuite au Jardin des plantes de Paris puis transportés dans les Antilles. L’histoire raconte que le premier voyageur qui a apporté un pied de café aux Antilles a partagé sa ration d’eau avec son plant de café à cause d’une pénurie à bord ! De même, Bernard de Jussieu aurait rapporté d’Angleterre, un cèdre du Liban dans son chapeau ! Cet arbre se trouve actuellement au Jardin des plantes.

 

L’important est de constater qu’il s’agit d’une tâche difficile, qui est réalisée aux XVIIIème et XIXème siècles. De ces expéditions, il nous reste des caisses dont l’une est actuellement exposée dans la grande galerie de l’évolution du Muséum de Paris -sorte de petites serres de voyage faites en grillage et verre pour le transport de plantes vivantes. Le transport des graines était lui plus facile.

 

9. Ne s’agissait-il donc que de scientifiques qui partaient par pure curiosité dans le but de découvrir de nouvelles espèces ?

 

Au début, de nombreux collecteurs non scientifiques rapportaient des spécimens aux scientifiques qui pour la plupart ne voyageaient guère. Mais au fil du temps, les scientifiques ont fait partie des expéditions : il n’est qu’à rappeler le jeune Darwin partant sur le Beagle pour faire le tour du monde ou encore Philibert Commerson qui part dans l’expédition dirigée par M. Bougainville et trouve un arbuste au Brésil auquel il donne le nom du chef de l’expédition, le Bougainvillier : arbuste des zones chaudes tempérées et tropicales actuellement connu de tous !

 

10. Les scientifiques arrivaient-ils à quantifier le nombre d’espèces qu’ils inventoriaient et avaient-ils conscience des manques ?

 

Ils disposaient d’un dénombrement des espèces : quelques milliers au XVIIème siècle, quelques dizaines de milliers au XVIIIème et enfin des centaines de milliers au XXème siècle. Chaque siècle, 10 fois plus d’espèces sont mises en évidence. On ne peut pas connaître toutes les espèces, ni les retenir, ni les classer. Ainsi Tournefort, afin de les regrouper, fixa la notion de ‘genre’, puis d’autres naturalistes ont défini celle de famille etc. D’une certaine façon, le travail de classification et de nomenclature est lié aux nécessités de traiter cette multitude de plantes ou d’animaux. 

 

Concernant les manques, les scientifiques ont le sentiment que le travail de classification est indispensable d’un point de vue pratique, car pour ranger il faut classer. Cela les aide à refléter l’ordre de la nature pour donner un sens à la classification. Se pose alors le problème des transitions entre familles et la question de savoir comment boucher les « trous » entre groupes systématiques.. Tous pensent alors qu’une classification naturelle est un idéal à atteindre mais beaucoup estiment qu’on y parviendra seulement lorsque davantage de plantes seront répertoriées.

 

Imaginons que l’exploration d’une île amène la découverte de 300 espèces. Représentent-elles le tiers, la moitié ou les 3/4 de ce qui existait réellement ? Ceci restait difficile à dire. Mais des estimations ont vu le jour au fil du temps, liées à la naissance de la biogéographie. Après la phase de quête de curiosités, puis de catalogues exhaustifs s’impose l’idée d’une distribution des espèces dans l’espace. Par exemple, certaines espèces animales ou végétales se trouvent un peu partout et d’autres sont endémiques (on ne les trouve que là). 
Une idée émerge bientôt : dans les îles, il y a proportionnellement moins d’espèces que sur une surface égale de continent (à paramètres égaux).

 

11. Vous semble-t-il avisé de parler aujourd’hui de crise de la biodiversité ?

 

On peut parler de crise mais à condition de savoir qu’il ne s’agit pas de la première et qu’elle n’est pas unique. Il ne s’agit pas de ‘La Crise’ mais plutôt de plusieurs situations de crises. Il existe des diversités d’usage et de pratiques culturelles qui créent des diversités naturelles.

 

Un des intérêts d’une expédition comme SANTO 2006 est justement de prendre la mesure du changement. Ce changement a des caractères de crise mais aussi des caractères de transformations et de rencontres, même si on a l’impression que les aspects catastrophiques dominent.

 

12. Actuellement, on ne connaît que 1,5 million d’espèces alors qu’il en existerait 15 millions. Pensez-vous que la notion de crise garde alors toute sa dimension ?

 

Je ne connais pas ces chiffres et je laisse aux collègues scientifiques le soin de les préciser. Ce que l’on ne connaît pas disparaît sans doute aussi vite que ce que l’on connaît, donc il y a certainement des espèces qui disparaissent avant même qu’on ne les connaisse.
Par exemple, l’homme a eu le temps de connaître le Dodo avant sa disparition. Cela paraît rassurant car l’idée que des espèces vont disparaître sans même les avoir connues est frustrante. En effet, on ne peut alors pas en conserver de traces matérielles : certains produits de l’évolution sont perdus, ce qui prive le monde vivant de possibilités de changement. On se prive des possibilités d’évolution de nouvelles ressources, d’adaptation à des changements climatiques ou autres.

 

Je crois qu’il ne faut pas opposer l’idée de transformations continuelles dans la nature au souci de protéger, de conserver et de préserver les ressources naturelles, même si tous ces termes ne sont pas équivalents. De même il ne faut pas opposer diversité culturelle et diversité naturelle parce que la diversité des cultures vient aussi de la diversité des environnements naturels. Parallèlement, la diversité des cultures, par la diversité des usages qu’elle induit, contribue à la diversité naturelle. Il y a donc un cercle vertueux, un enrichissement mutuel et une interaction. Même si toutes les idées de développement durable présentent beaucoup d’ambiguïtés et ne sont pas toujours très claires, on relève quand même cette idée de préserver des possibilités de changements et en quelque sorte de ne pas brûler nos vaisseaux.

 

13. En voulant préserver cette biodiversité, n’y a-t-il pas un risque que l’homme canalise l’évolution des êtres vivants et finisse par la freiner ?

 

Non, l’homme ne va pas canaliser l’évolution en voulant préserver la biodiversité. Il me semble plutôt qu’il y a danger si on ne lutte pas pour préserver la biodiversité car on canalise alors l’évolution en réduisant ses possibilités. Si on ne fait rien et qu’on laisse simplement faire l’effet des forces économiques, des transformations non voulues de la nature, alors il y a danger. 
Le problème que vous soulevez existe, mais il me semble qu’il y a moins de dangers si on agit sur la préservation de la biodiversité que si on ne lutte pas et qu’on laisse polluer toutes les rivières par exemple ou si on laisse faire l’effet de serre au maximum… Car dans ce cas, on va se retrouver entraîné dans un flux de changements complètement canalisés qui ne sont pas obligatoirement ceux qui sont les plus souhaitables.

 

L’action de l’homme sur la nature a d’un autre côté des aspects positifs. C’est par ses pratiques par exemple que l’on peut nourrir autant d’hommes sur terre, qu’on a pu réguler des maladies… Il ne faut pas avoir un point de vue purement négatif, l’important c’est surtout de faire un état des lieux et être conscient du fait qu’il faut maîtriser notre propre pouvoir sur la nature. Ceci est difficile car longtemps l’homme a été faible devant la nature donc il a pris l’habitude de lutter contre elle et non de la préserver. Actuellement, encore, des éléments naturels nous rappellent que nous ne sommes pas toujours les plus forts…

 

14. Mais pensez-vous qu’il soit quand même souhaitable de conserver la biodiversité en l’état ?

 

Non, il faut ne faut pas obligatoirement conserver la biodiversité en l’état, mais il faut conserver les possibilités de changement. On peut faire le rapprochement avec l’idée de patrimoine : si on veut transmettre quelque chose aux générations futures, il ne faut ni ne toucher à rien ni « vendre la maison ». Il faut laisser évoluer les choses…

 

En fait, le problème de la crise de la biodiversité pose le problème du rythme de l’évolution. Ce rythme est devenu si important que l’extinction qui nous menace risque d’être irréversible. Si on ne maîtrise pas mieux notre ascendance sur la nature, alors vont disparaître des capacités de récupération de la nature et d’adaptation aux changements.

 

15. En fait, la crise de la biodiversité touche directement l’Homme : la prise de conscience de son existence le concerne donc directement et pas seulement la Nature au sens large. 
D’après-vous peut-on dater cette prise de conscience ?

 

Cette question est un vrai socle de discussion : je crois que tout le monde devrait pouvoir admettre que l’avenir de l’espèce humaine, au moins d’un point de vue qualitatif, réclame un certain nombre de changements dans nos attitudes vis-à-vis de la nature.

 

On trouve des naturalistes dès le XIXème siècle qui expliquent que lorsqu’une forêt disparaît - Auguste St Hilaire parle de déforestation au Brésil - plusieurs plantes utiles, comme des médicaments, sont peut-être en train de disparaître. Mais en envisageant les thèmes du changement global cela prend encore une autre échelle. Ce n’est pas simplement une espèce qui aurait pu être à l’origine de ressources importantes qui disparaît, mais c’est aussi notre propre environnement de vie.

 

La grande question qui est posée à la philosophie de l’environnement par certains auteurs est : est-ce que cette prise de conscience est suffisante ? Protéger la nature pour nous protéger c’est encore de l’anthropocentrisme, un anthropocentrisme subtil, mais un anthropocentrisme tout de même. C’est une sorte d’égoïsme intelligent. Ne faudrait-il pas aller plus loin jusqu’à reconnaître aussi une certaine forme de valeur intrinsèque aux choses de la nature ? De la même manière que l’on pense que si la Joconde, Notre Dame de Paris ou la Tour Eiffel disparaissaient cela représenterait une perte importante, de la même manière savoir que tel paysage du grand nord canadien ou telle espèce de la canopée tropicale existe, cela a une valeur.

 

En effet il faut les considérer comme des produits de l’évolution, les produits d’une histoire et dire qu’ils ont une valeur. Il ne s’agit pas de dire que leur valeur doit l’emporter sur tout autre considération et que c’est la seule valeur mais je crois qu’il faut aller un peu plus loin que l’argument d’utilité. En tout cas, défendre la nature et ses produits, d’une certaine manière, c’est aussi vouloir défendre l’Homme.

 

Le darwinisme et toute l’histoire naturelle nous ont appris que nous appartenons à cette nature et que nous sommes donc embarqués dans la même aventure qu’elle. C’est déjà une première prise de conscience et nous pouvons aller au-delà en donnant une certaine forme de valeur à des éléments de la nature. Ceci dit, s’il fallait choisir entre le virus du SIDA et les êtres humains, il n’y aurait pas à hésiter ! Mais c’est souvent très compliqué car entre les tigres et les paysans de l’Inde qui se font attaquer par les tigres, par exemple, la cohabitation est très difficile.

 

Ainsi il est parfois très difficile de concrètement arbitrer. Mais après tout, la politique, la morale et la philosophie sont pleines d’arbitrages entre des valeurs contradictoires.

 

16. Peut-on parler de « valeur » en opposition avec « utilitaire » ? Est-ce qu’historiquement on a des exemples qui montrent que les arguments utilitaires ont finalement plus de moyens de faire avancer les choses que les arguments de valeur ?

 

Dans l’histoire on retrouve les deux, mais disons que les jugements de valeur ne deviennent opérants que lorsqu’ils ont des financements. En même temps, trouver des financements pour faire quoi ? Il faut bien avoir des jugements de valeur, d’abord pour convaincre le public de l’intérêt de la chose et puis pour que cela ait un sens. 

 

On ne va pas dire que l’on envoie une expédition avec 150 scientifiques et que l’on donne des moyens financiers simplement pour donner bonne conscience à des groupes industriels. On va dire que :

- l’expédition a un intérêt scientifique parce que cela fait partie de la gloire de l’esprit humain de chercher à connaître le réel

- que pour protéger les éléments de la nature, il faut les connaître

- que cette nature est aussi le cadre de vie de culture et de populations locales avec lesquelles on peut essayer d’établir d’autres liens que ceux qui existaient à l’époque coloniale.

 

Ce sont là des arguments de valeur morale. Regardez ce qui se passe avec l’art, les journées du patrimoine mobilisent un tas de gens. Finalement l’humanité marche aussi aux valeurs et pas seulement aux intérêts.

 

Mais après, une fois que l’on a déterminé par des valeurs qu’une expédition scientifique est importante pour trouver les moyens de la réaliser, il faut aussi un dédommagement en termes d’utilité. 

 

Ainsi, je mettrais d’abord le jugement de valeur, et après il faut être réaliste en cherchant des compensations, des dédommagements, des financements en termes d’utilité. Mais l’utilité pour l’utilité ne mènerait à rien…

 

17. On distingue dans le public concerné par les missions, le grand public et le public scolaire. Quel message voudriez-vous faire passer aux enseignants qui se retrouvent face aux questions de leurs élèves sur la crise de la biodiversité ? Pensez-vous que les enseignants doivent alerter les élèves ? L’enseignant a-t-il un rôle à jouer ?

 

"Alerter" est un bien grand mot car il annonce une catastrophe. Non je verrais plutôt pour l’enseignant l’idée qu’il doit transmette des notions, qu’il doit éduquer les élèves à la liberté des citoyens. 

 

La citoyenneté, la liberté, le rapport au savoir, la transmission des valeurs culturelles ça comprend entre autres choses la prise de conscience du rapport à la nature. Je crois que, d’une certaine façon, c’est ce que les enseignants ont toujours fait à l’école en transmettant la culture qui est un type de rapport à la nature.

 

L’enseignant a tellement de choses à enseigner que c’est plutôt à lui de voir dans ce qu’il enseigne ce qui s’inscrit dans la biodiversité plutôt que d’en rajouter. 
Mais peut-être que par une ruse de la raison, cette nature lointaine et exotique qui a un parfum d’aventure peut aussi amener à voir la nature proche, la nature au quotidien. Il existe également une chose qui peut être réconfortante pour les enseignants, c’est de voir que les expéditions font évoluer l’image de la science. Les élèves ont parfois une image stéréotypée de la science : celle du savant fou, de la science toute puissante, de la science confondue avec la technologie. Alors que pour les élèves, étudier la carte de répartition d’une espèce de palmier ou la reconstitution d’un arbre généalogique des poissons, c’est aborder différemment la science. Il ne s’agit pas d’opposer une bonne science, qui a un parfum d’aventure et qui est respectueuse de la nature, a une science dure, mais il s’agit de montrer qu’il y a de multiples manières de faire de la science.

 

Le pluralisme épistémologique, c’est-à-dire l’idée que toutes les démarches scientifiques ne sont pas sur le même modèle, est illustré ici. Selon la diversité des objets que l’on étudie il y a une diversité d’approche. La science reste une aventure humaine !

 

Un des aspects intéressants de l’expédition SANTO sera d’observer sur les photographies la rencontre des scientifiques avec les populations autochtones. En effet il est important de montrer que l’expédition n’arrive pas sur une terre vierge. Il y a une rencontre avec la population locale, et la science n’est pas faite que par l’Europe mais par la rencontre de l’Europe avec les autres aires culturelles."

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 11:18
Sarcosuchus imperator : 12m et 10 tonnes de crocodile

En l’an 2000, Paul Sereno et son équipe ont pu reconstituer le squelette de Sarcosuchus imperator, l’un des plus grands crocodiliens du monde. Ce crocodile géant régnait sur les rivières africaines du Crétacé moyen, il y a environ 110 millions d’années.


Sarcosuchus est issu d’une branche annexe de la famille des crocodiliens, différente de celle qui a produit les crocodiles actuels.


La découverte de Sarcosuchus


C’est à Gadoufaoua, dans le désert du Sahara, au Niger, que l’équipe de paléontologues a entamé son expédition de 4 mois.
Gadoufaoua est un cimetière légendaire de fossiles où Paul Sereno était venu chercher des fossiles de dinosaures.


En l'an 2000, il n'y a pas trouvé de dinosaures mais des fossiles de crocodiles de toutes tailles. Au Crétacé moyen, quand des rivières coulaient au milieu des plaines fertiles du Sahara, cinq espèces au moins de crocodiles peuplaient cette partie de l'Afrique. Sarcosuchus y faisait figure de monstre et ne craignait personne, pas même Suchominus tenerensis, un spinosaure muni de redoutables griffes.


En tamajaq, langue des touaregs de ce désert, Gadoufaoua signifie littéralement « « l’endroit où les chameaux ont peur de passer ». Mais pour les paléontologues, c’est surtout le plus riche gisement de fossiles de dinosaures du continent africain.


Parfois, la chance sourit aux scientifiques. Dès son arrivée, l’équipe se retrouva nez à nez avec un énorme crocodile qui, de toute évidence, devait constituer une menace pour n’importe quel dinosaure. A l’aide de brosses et de poinçons, ils commencèrent à débarrasser délicatement les mâchoires fossilisées de leur gangue de pierraille. Chacune d’entres elle faisait bien la taille d’un homme. Mais, le monstre qui disposait de telles armes n’était pas un dinosaure : c’était un gigantesque crocodile.


Sarcosuchus, cependant, n’était pas un inconnu. Une partie de ses dents coniques, de ses vertèbres, et des plaques d’écailles d’une trentaine de centimètres avaient été découvertes par Félix de Lapparent, paléontologue français, en 1947. D'autres os avaient été exhumés par Philippe Taquet, un autre paléontologue français, en 1964 sur le site de Gadoufaoua, justement.
Mais les fossiles fragmentaires étaient malheureusement insuffisants pour reconstituer l’animal.

 

Portrait d'un géant


Sarcosuchus Imperator mesurait 11 à 12 m de long. Son poids a été estimé à 9 tonnes.

Il vivait probablement au bord des fleuves et attaquait les herbivores qui venaient s'y abreuver. Quand on sait qu'un Ouranosaurus adulte mesurait 7 m de long, on se doute de la puissance de ce crocodile pour pouvoir entraîner une telle proie au fond de l'eau.

Âgés de 110 millions d'années, l'étude de fossiles découverts au Niger a permis aux scientifiques d'en savoir plus sur l'anatomie, la taille, le mode de vie et sur la place dans l'arbre de l'évolution de ce reptile géant.

Sarcosuchus possédait une superbe armure. Des écailles, d’une longueur de 30 cm, assuraient une protection efficace sur le cou, le dos et la queue.


Les scientifiques estiment que ce crocodile atteignait sa taille adulte à l'âge de 50 ou 60 ans. Certaines caractéristiques du crâne et des mâchoires de Sarcosuchus imperator pourraient le rapprocher d’une famille de crocodiles marins piscivores, comme Pholidosaurus et Terminonaris. Cependant, l'empereur des crocodiles vivait dans les rivières et avait une alimentation variée, au contraire de ses deux cousins carnivores.

 

Sarcosuchus imperator : 12m et 10 tonnes de crocodile
Sarcosuchus imperator : 12m et 10 tonnes de crocodile

Un crâne extraordinaire

 

Sarcosuchus se distingue de tous les autres crocodiliens par son crâne extraordinaire. Le crâne le plus complet fait un peu moins de 2 m de long. 

 

Plus d’une centaine de dents font saillie dans ses mâchoires étroites. Contrairement à tous les crânes des autres crocodiles, vivants ou disparus, celui de Supercroco (nom donné par Paul Sereno) s’élargit vers l’extrémité avant. On y observe une rangée de grandes incisives meurtrières. Il est évident que Sarcosuchus ne se contentait pas de poissons.


Dans le renflement, au bout du museau, loge une cavité énorme placée sous les narines. L’animal devait avoir un odorat exceptionnel et un cri tout à fait particulier.
 

Reconstitution

 

Les fossiles retrouvés ont permis de rassembler un peu plus de 50% du squelette, assez pour reconstituer un spécimen à sa taille réelle.

La BBC a fait revivre ce super prédateur, pour notre plus grand plaisir, grâce à la magie de l’informatique. (vidéo ci-dessous, cliquer ici si elle ne fonctionne pas : https://www.youtube.com/watch?v=QjeKEOMH0IM)
 

Sources : http://www.dinosoria.com/sarcosuchus.htm / National Geographic (2000) / BBC

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 10:03
Quels sont les secrets du fil d'araignée ?

SCIENCES | "Quelques gouttes de rosée sur une toile d'araignée, et voilà une rivière de diamants." Jules Renard avait bien raison d'écrire sur la beauté de cette oeuvre naturelle. Beaucoup de gens craignent les araignées, et c'est bien dommage... Non seulement elles s'occupent de nous débarrasser des petits insectes nuisibles (parfois invisibles à l’œil nu), mais elles produisent des fils dont la composition fait rêver les scientifiques. Tour d'horizon de ses extraordinaires pouvoirs...

 

Le fil d'araignée en chiffres

 

35% d'extensibilité

10X plus fin qu'un cheveu humain

5 µm (micron) de diamètre

 

De fil en fil...

 

Le fil de nylon est le matériau dont les caractéristiques se rapprochent le plus de celles du fil d'araignée

Le kevlar (matière qui constitue les gilets pare-balles) est plus dur mais moins extensible.

L'élasthanne est une fibre synthétique réputée pour son élasticité mais est moins résistante.

 

Le piège en action

 

Pour capturer les petits insectes, les toiles peuvent être gluantes ou avoir des propriétés similaires au velcro (matière auto-agrippante, ou "scratch")

 

Schéma : Les différentes fonctions du fil de soie

 

L'araignée est capable de produire différents types de soie en fonction de l'usage qu'elle en fera : pour capturer ses proies, pour construire sa toile, pour protéger ses oeufs...

 

L'araignée construit ses toiles à l'aide de fil de soie produit dans les glandes séricigènes, à l'origine à l'état liquide. Ces glandes occupent une grande partie de l’abdomen de l’araignée, qui sont à la fois des poches de fabrication et de stockage de la soie à l’état liquide. Chacune de ces glandes produit un fil qui lui est propre, à composition variable. On en distingue 6 :

 

Les glandes piriformes fournissent la sécrétion adhésive de la toile et les attaches de la toile.
Les glandes flagelliformes et les glandes agrégées produisent l'enduit aqueux qui recouvre la toile et les fibres de la spirale de capture.
Les glandes tubuliformes sécrètent la soie qui sert à construire les sac incubateurs à œufs
Les glandes ampullacées majeures fournissent les fils de la spirale auxiliaire
Les glandes ampullacées secondaires sécrètent la soie de structure, les fils de soutien des toiles
Les glandes aciniformes qui produisent la soie utilisée pour emprisonner les proies en les enroulant dans des sortes de cocons

Quels sont les secrets du fil d'araignée ?

Pour en savoir plus :

° Bravo à Fanny et Baptiste pour leur TPE sur les toiles d'araignées réalisé en 2013-2014, que vous pouvez lire ici : http://tpearaignee.e-monsite.com/ On y évoque également la spirale d'Archimède ou la composition moléculaire du fil.

 

° Regardez le reportage ci-dessous d'On n'est pas que des cobayes sur les secrets du fil d'araignée (2014) : Au programme, de belles araignées (âmes sensibles s'abstenir), une arachnologue, des expériences grandeur nature de résistance et d'élasticité, ainsi que la capture d'un humain dans une toile d'acrobranche à l'aide de velcro !

(si la vidéo ne fonctionne pas, regardez-la ici : https://www.youtube.com/watch?v=20DkJ_VC5Z4)

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Publié par Delphina - dans Sciences
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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 14:04

Et si les moustiques OGM développés par une société privée allaient permettre de stopper le virus Zika au Brésil et ailleurs ? Cette solution avait déjà été utilisée contre la dengue, au Brésil, en 2012 : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/07/17/un-moustique-transgenique-contre-la-dengue_1734682_3244.html.

 

 

Le virus Zika, connu depuis 1947, suscite de nombreuses inquiétudes depuis son développement récent principalement en Amérique du Sud. S’il présente souvent peu de risques pour la majorité des personnes atteintes, il peut provoquer une microcéphalie chez le fœtus d’une femme enceinte touchée et augmente probablement le risque de syndrome de Guillain-Barré chez les malades.


Les inquiétudes sont vives, mais des solutions scientifiques existent, parfois depuis de nombreuses années.


Le DDT, une solution ancienne mais peu populaire


Transmis essentiellement par les moustiques, le Zika peut être éradiqué en agissant sur la cause première, les moustiques. La solution la plus ancienne est le DDT, un insecticide puissant pour lutter contre les moustiques et malheureusement largement interdit pour des considérations environnementales, de résistance de certaines espèces ou encore législatives. Pourtant il agit efficacement contre de nombreuses maladies (paludisme, dengue, chikungunya, etc.). Comme le soulignait une étude de 2013 de l’Institut Économique Molinari :


"Le DDT est une référence dans la lutte contre le paludisme au milieu du 20ème siècle. Soupçonné notamment de nuire à certains oiseaux, son utilisation est abandonnée [dans certains pays]. Or, cet abandon s’est accompagné d’une résurgence de la maladie dans de nombreux pays, causant 756 000 morts en moyenne par an (2000-2010) dans le monde."

 

La vraie nouveauté : les moustiques OGM


La piste plus intéressante et sur laquelle les scientifiques misent le plus est la piste des OGM pour lutter contre le Zika.


Comme le relate un excellent article de la Technology Review du MIT aux États-Unis, des scientifiques ont mis au point des moustiques OGM, dont le très gros atout est d’être fertiles. Ils sont relâchés en grand nombre dans les zones infectées et, en remplaçant les populations autochtones de moustiques, ils en causent aussi la fin, ou au moins la très forte diminution.


Une fois les populations de moustiques fortement réduites, les risques de transmission du Zika, de la dengue ou de Chikungunya deviennent très faibles. Pour y arriver, ces scientifiques lâchent dans la nature des centaines de milliers de ces moustiques OGM lors de grandes tournées en camion dans les zones infectées1.


Des résultats provisoires mais extrêmement encourageants


10 mois après le lancement d’un pilote en avril 2014 dans deux villes du Brésil (5 600 habitants), le nombre de cas de dengue y a chuté, de 133 en un an à… 1. Autrement dit, les moustiques OGM ont permis de stopper complètement la dengue dans les zones où ces moustiques sont testés. Et les perspectives pour Zika semblent encourageantes, la transmission étant identique.


Ces moustiques OGM ont été développés par une entreprise privée de biotechnologies, Oxitec2. La société est basée au Royaume-Uni et a mis au point ces moustiques en 2013, originellement pour lutter contre la dengue, une autre infection transmise par les moustiques et qui représente un grave problème de santé publique au Brésil en particulier. Depuis, cette solution est en cours de test dans plusieurs endroits du monde lourdement impactés par les maladies transmises par les moustiques.


La principale difficulté de cette approche est qu’il faut lâcher suffisamment de moustiques stériles pour faire disparaître les moustiques de la région concernée, ce qui nécessite de gros investissements à chaque fois, et très probablement récurrents. Autre incertitude, la connaissance parcellaire de l’évolution de ces moustiques dans l’environnement sur le long terme et la crainte de créer un nouveau problème avec les lâchers massifs. C’est pourquoi dans les différentes phases de test, il y en a une d’essai destinée à appréhender la réception populaire de ces lâchers de moustiques.


Dans les zones testées, les scientifiques ont pu mesurer une baisse de 80% de la population autochtone de moustiques.


D’autres pistes scientifiques


D’autre solutions scientifiques s’avèrent très encourageantes, comme ces recherches menées en Australie pour injecter la bactérie Wolbachia à des centaines de milliers de moustiques. Une fois injectés, les moustiques ne peuvent plus transmettre de nombreuses maladies, dont le virus Zika, comme le souligne un article du New York Times.


Alors que la situation financière du Brésil est précaire, les organisations non gouvernementales jouent un rôle majeur pour financer les recherches ou les expérimentations. Ainsi de la fondation Bill & Melinda Gates qui, aux côtés de la fondation anglaise Wellcome Trust, a investi 40 millions $ dans ces recherches sur la bactérie Wolbachia, qui est en cours de test en Australie ou en Amérique Latine.


Enfin, d’autres chercheurs, à des stades moins avancés, essaient de modifier en masse les gènes des populations de moustique, avec la technologie dite du « gene drive », mais qui doit encore faire ses preuves.


Le refus dangereux des OGM


Cependant, comme à chaque fois en France avec les OGM, le refus systématique des OGM vient mettre en danger ces recherches, et les craintes pas forcément fondées passent souvent devant l’intérêt sanitaire.


Sans surprise, les adversaires classiques des OGM ont déjà commencé à s’agiter, essentiellement chez les écologistes ou à l’extrême gauche. Ainsi du journal Bastamag, « journal indépendant » classé très à gauche et qui a déjà sévèrement critiqué les recherches d’Oxitec dans un article alarmiste de 2014 : Des millions de moustiques OGM sur le point d’être commercialisés au Brésil.


Or, à refuser d’avancer dans cette voie par crainte injustifiée des OGM, il y a un gros risque, la transmission par voie sexuelle de Zika ayant été avérée dans plusieurs pays désormais. Et à ce stade, les moustiques OGM ne peuvent plus rien.


Espérons que, pour le bien des millions de personnes concernées, la raison et la science sauront l’emporter sur des inquiétudes excessives et sur un principe de précaution mal compris, qu’il importe de mettre en rapport des millions de personnes qui continueront à être infectées si l’on ne fait rien.
 

Source : https://www.contrepoints.org/2016/03/29/244636-virus-zika-moustiques-ogm

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Publié par Delphina - dans Sciences Actualités
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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 13:05

3 séries documentaires scientifico-comiques pour en savoir plus sur les comportements des animaux, grâce à la scénariste et actrice Isabella Rossellini.

 

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Avec "Seduce me", on apprend en vidéo les techniques de séduction des insectes, poissons et autres bêtes qui volent ou qui nagent. 

 

 

Lien : https://www.youtube.com/playlist?list=PLfJMfBbRvIsiApGUTK1NQH7bj2eLzfQSq

 

Avec "Green Porno", on découvre les moeurs sexuelles des animaux.

 

 

Lien : https://www.youtube.com/playlist?list=PL14F6452A495787DE

 

 

Avec "Mammas", série scientifico-comique sur les comportements animaux, l'actrice Isabella Rossellini dynamite les idées reçues sur la maternité.

 

Elle est une maman hamster (mesocricetus auratus) qui dévore sans état d'âme deux de ses bébés pour se requinquer, "récupérer un peu de protéines et vitamines perdues à l'accouchement". Elle est une femelle coucou (cuculus canorus) qui pond ses oeufs dans le nid d'une autre espèce pour ne pas se fatiguer à les élever... et bien d'autres bestioles !

 

Les épisodes ont été diffusés sur Arte en février 2013.

 

 

Lien : https://www.youtube.com/playlist?list=PLfJMfBbRvIsiHAc_thcM4ICBYzqO8QPP2

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 13:00

Un diagnostic alarmant | L’état des populations d’oiseaux, de papillons de jour, l’abondance et la variété des plantes sont les trois indicateurs sur lesquels Natureparif, une agence régionale d’une vingtaine de personnes chargée du recueil et de la diffusion de connaissances sur la nature, s’appuie pour estimer, chiffres à l’appui, l’« état de santé de la biodiversité en Ile-de-France ». Son diagnostic est alarmant : il conclut globalement à « une diminution importante des espèces et de leurs effectifs en Ile-de-France ». Seul le milieu forestier, qui représente 23 % du territoire, s’en sort mieux. Deux cents naturalistes ont contribué à cette étude, portée au plan national par le Muséum national d’histoire naturelle.

 

La population de bruant proyer a chuté de 43 % en douze ans

 

« Notre objectif est scientifique, nous visons des données chiffrées significatives, il ne s’agit pas d’une vue subjective », assure Audrey Muratet, chargée de mission à Natureparif, et auteure de l’étude. Les recensements, qui se font selon un protocole précis dans une centaine de secteurs géographiques en Ile-de-France, permettent d’évaluer à 21 % la baisse de l’abondance des oiseaux dans la région depuis 2002 ; celle des papillons à 8 % depuis 2005 ; tandis que la diversité des plantes est restée stable depuis 2009.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/05/13/la-biodiversite-decline-fortement-en-ile-de-france_4919366_1652692.html#CqSRCIClWX4tYyF2.99

 

Le site de Natureparif : http://www.natureparif.fr

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 12:04

Les drones sont partout aujourd’hui. Et pour les forces de l’ordre, ils représentent un problème. Par exemple le mois de février dernier, en France, des drones ont été aperçus qui survolaient divers lieux emblématiques de Paris, ou des centrales nucléaires.

 

La police néerlandaise a un début de solution contre ce fléau.

 

Plusieurs pays, comme l'Angleterre ou le Japon, tentent de trouver des solutions aux drones non autorisés. Rayons capables de les geler, fusils, utilisation de filets... De son côté, la police néerlandaise teste actuellement la neutralisation des drones par des aigles : les Pays-Bas ont choisi d'apprendre à des aigles à intercepter les drones intrusifs, notamment lorsqu'ils se déplacent dans des zones aéroportuaires.


Dans cette vidéo, la police annonce collaborer avec des fauconniers de Guard From Above pour neutraliser les drones. Et les premiers essais se montrent très concluants, les aigles n’ayant aucun mal à neutraliser l’objet, puis à le ramener à terre.

 

 

https://youtu.be/HifO-ebmE1s 


Notons que ce sont des DJI (marque chinoise de drone) qui sont utilisés dans l’entraînement. Des drones de taille raisonnables mais assez petits pour être pris dans les serres d’aigles. En tout cas, la chose fonctionne et nous sommes curieux de voir comment la police arrivera à gérer ça dans des conditions réelles.

 

Sources: http://www.journaldugeek.com/2016/02/01/pays-bas-des-aigles-pour-lutter-contre-les-drones/ - http://www.numerama.com/tech/142407-des-aigles-dresses-pour-capturer-des-drones-aux-pays-bas.html 

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