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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 15:03

Les scientifiques viennent de découvrir qu’il y a des « abeilles » dans les océans : il s’agit de minuscules crustacés qui, tout comme leurs cousins terrestres, pollinisent les plantes sous-marines.

 

 

La pollinisation est au cœur de la nature et de ses processus de reproduction. Sur Terre, le transport du pollen des étamines au pistil s’effectue principalement par le vent (entre autres chez les graminées et les conifères) et les insectes (surtout des abeilles et des papillons, dans la plupart des « plantes à fleurs »). En mer, on pensait jusqu’alors que les plantes marines ne pouvaient compter que sur l’eau pour répandre leurs gênes, mais pour la première fois, des chercheurs ont trouvé des preuves que les écosystèmes sous-marins ont des pollinisateurs qui transportent le pollen entre les fleurs, de la même manière que les abeilles et autres animaux pollinisent les plantes sur la terre ferme.

 

Pour arriver à de telles conclusions, les chercheurs de l’Université nationale autonome du Mexique ont filmé les divagations printanières nocturnes de petits crustacés parmi les lits « d’herbes à tortue » (ou  Thalassia testudinum) une plante qui pousse sur les fonds marins tropicaux et forme des herbiers qui constituent des zones de frai pour les poissons. Jusqu’à récemment, les scientifiques pensaient que leur pollen était transporté par les eaux, mais les images ont révélé de nouveaux responsables : des centaines de petits invertébrés, principalement des petits crustacés, transportant le pollen de fleur en fleur et les invitant ainsi à fertiliser.

 

Au même titre que les abeilles, ces nouveaux petits pollinisateurs sont probablement attirés par le savoureux pollen produit par les fleurs mâles. Un peu de ce pollen gluant vient alors se coller au corps de l’animal qui viendra ensuite le déposer sur une fleur femelle tout en continuant de se nourrir. Comme sur la terre ferme, les plantes usent ici de leurs fleurs pour attirer les pollinisateurs. Chez Thalassia testudinum, les fleurs sont bien visibles bien que dépourvues de pétales, souvent blanches et tirant parfois sur le vert ou le rose. Pour le moment, les pollinisateurs sous-marins n’ont été aperçus que sur cette espèce de plante sous-marine qui possède de grandes fleurs, mais il serait intéressant de voir si d’autres plantes avec des fleurs plus petites peuvent aussi être pollinisées de cette façon, notent les chercheurs.

 

Rappelons que ces « prairies côtières » sont immensément importantes pour les écosystèmes. Non seulement elles soutiennent diverses communautés d’animaux, de petits crustacés aux grands mammifères marins, mais de nombreuses espèces marines se nourrissent également de cette plante et s’abritent ou se reproduisent dans la zone de calme créée entre ses feuilles.

 

Source : http://sciencepost.fr/2016/12/abeilles-mers-de-minuscules-crustaces-pollinisent-plantes-marines/

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Publié par Delphina - dans Sciences
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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 17:28

Le point de vue du philosophe et historien des sciences sur la biodiversité. Interview du Pr. Jean-Marc Drouin. Propos recueillis au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris par Michelle Folco et Sophie Mouge, professeurs relais pour l’académie de Créteil au Muséum (Direction de la Recherche, de l’Enseignement et de la Pédagogie - Muséum National d’Histoire Naturelle) et  Gilles Camus, responsable du site "Planet-Vie". Publié le 20/06/2007 sur http://planet-vie.ens.fr/content/epistemologie-biodiversite-drouin

 

 

A propos de Jean-Marc Drouin

Professeur de philosophie et d'histoire des sciences au Muséum national d'histoire naturelle, directeur adjoint du centre Alexandre-Koyré, est l'auteur de nombreuses études sur l'histoire de la botanique et de l'écologie. Il a publié à ce jour :

L'herbier des philosophes

Philosophie de l'insecte

L'Ecologie et son histoire : réinventer la nature

Théories de l'évolution

L'origine des espèces

 

Sommaire de l'entretien

1) Définition de la biodiversité

2) Du concept au terme précis de biodiversité

3) L'estimation de la biodiversité au cours de l'histoire

4) L'expédition Santo 2006

5) Date des premiers inventaires

6) Motivations des premiers catalogues

7) Les cabinets de curiosités

8) Méthodologie pour la réalisation des catalogues au cours de l'histoire

9) La curiosité, unique motivation des scientifiques ?

10) Quantification du nombre d'espèces et estimation des lacunes

11) Y a t'il une crise actuelle de la biodiversité ?

12) La notion de crise est-elle adaptée avec 15 millions d'espèces estimées ?

13) Préservation de la biodiversité et évolution

14) Faut-il conserver la biodiversité en l'état ?

15) Prise de conscience de l'interaction entre la biodiversité et l'Homme

16) Discours de "Valeur" contre discours "Utilitariste"

17) Le rôle de l'enseignant

 

1. Mr Drouin, en tant que philosophe et historien des sciences, comment définiriez-vous le terme "biodiversité" ?

 

"La biodiversité est la diversité biologique qui peut se définir à trois niveaux : diversité génétique (à l’intérieur de l’espèce), diversité des espèces et diversité des écosystèmes. La notion est apparue dans les années 80 avec l’expression de "diversité biologique" et la définition de ses trois niveaux. Par la suite, le mot "biodiversité" a contribué au succès de son concept mais d’une certaine façon, l’idée était présente depuis longtemps. Les disciplines naturalistes révolutionnées par l’évolution et l’écologie sont des savoirs basés sur la diversité naturelle, c’est-à-dire biologique (et géologique). Se pose alors le problème des rapports entre la diversité naturelle et la diversité culturelle du lieu.

 

2. Donc finalement, le concept de diversité du vivant va subir une évolution au fil des découvertes scientifiques. Le concept était donc déjà né avant qu’on lui attribue un terme précis : biodiversité ?

 

Un concept existe-il avant qu’il soit nommé ? C’est un grand problème récurrent dans les discussions entre les philosophes-historiens des sciences ! On l’admet bien pour l’évolution puisque Lamarck lui-même n’employait pas encore le terme ‘évolution’ ni même "transformisme".

 

Il disait clairement que les espèces se transforment, l’expliquait et donnait même un mécanisme (qui n’est pas celui qu’on retiendra par la suite) mais aucun mot concret ne résumait ces processus malgré l’existence de périphrases. Pour la diversité des espèces, cela paraît plus difficile. Mais il me semble tout de même qu’on peut parler de biodiversité des espèces avant la naissance du concept.

 

Un botaniste de la fin du XVIIIème siècle (ou du début du XIXe siècle) remarquait qu’on accusait les botanistes d’utiliser une profusion de termes. Ceux-ci répondaient que c’était comme si on accusait la nature d’être trop prodigue ! Il y a l’idée d’une profusion d’espèces qui entraîne une profusion de noms... Alors que certaines sciences tendent à simplifier et à ramener la diversité du réel sous un principe unique, c’est le contraire qui s’opère en biologie : il faut rendre compte de la diversité.

 

Les grandes théories du XIXème siècle seront donc amenées à la fois à souligner l’unité du vivant et en même temps sa diversité.

 

3. L’idée de biodiversité était donc déjà présente, comment pouvait-on l’estimer ?

 

Il existait différents calculs : on essayait d’estimer le nombre moyen d’espèces par genre. Par la suite on tentait d’évaluer les rapports entre la surface d’un pays et le nombre d’espèces qui s’y trouvaient. Puis au début du XIXème siècle, l’émergence de l’arithmétique botanique a permis des comparaisons du nombre d’espèces selon les différents groupes systématiques.

 

À l’époque de la Révolution française, on cherchait à justifier l’utilité de l’histoire naturelle. Constatant qu’une forêt ne possédait que 25 espèces d’arbres différentes, il paraissait crucial d’en importer pour en avoir plus et donc davantage de diversité : c’est l’époque de l’émergence des jardins d’acclimatation. On justifie l’utilité sociale de la connaissance naturaliste par l’augmentation du nombre d’espèces par importation d’espèces étrangères dans un pays. Quantité d’introductions ont été bénéfiques ou neutres. Mais actuellement la tendance est plutôt à la peur car certaines introductions ont eu des influences nocives (notamment dans les îles et les milieux fermés).

 

Si l’on reprend une analyse critique de Raphael Larrère lors d’un récent colloque, on peut se demander s’il existe une bonne et une mauvaise diversité. Par exemple, si l’importation de quantités de plantes dans une île des Kerguelen fait disparaître les plantes endémiques, il n’y a aucun gain. Mais il ne faut pas considérer non plus que toute migration d’espèces soit à proscrire. Il s’agit d’un thème important qui touche à l’éthique de l’environnement, à des problèmes de valeurs et qui demandent beaucoup de connaissances théoriques de la part des collègues de disciplines telle que l’écologie.

 

4. Comment percevez-vous le travail actuel fait sur l’île de Santo ?

 

Ce qui me semble intéressant dans la mission Santo, c’est la permanence de la démarche de « voyage ». Fontenelle, un philosophe du XVIIIème siècle, faisant l’éloge de Tournefort disait que la botanique n’est pas une science sédentaire parce que les livres pour s’en instruire ont été dispersés à la surface de la Terre ; si on veut étudier la faune, la flore et la géologie des îles du Pacifique, il faut que des gens aillent sur place, et plus précisément des scientifiques.

 

Dans ce sens, la mission actuelle sur l’île de Santo est d’un grand intérêt. D’abord il est réjouissant de voir la permanence du voyage comme démarche scientifique. De même que dans l’histoire de la médecine, on constate la permanence de la clinique, c’est-à-dire de l’observation du cas. La médecine se transforme, se modernise l’observation du cas demeure. Les mathématiciens d’aujourd’hui ne sont plus ceux du temps d’Archimède mais continuent cependant de calculer. L’expérimentation a joué un rôle décisif dès l’époque de Galilée en physique, de Lavoisier en Chimie ou de Claude Bernard en physiologie, elle est de nos jours différente mais reste une démarche fondamentale.

 

Il y a des démarches comme celle du questionnement du réel qui imposent un déplacement - qu’il s’agisse d’un déplacement de proximité ou d’une grande expédition scientifique. Dans certains cas, la grande expédition est le seul moyen efficace de répondre aux questionnements des chercheurs. Elle permet à la fois d’aller chercher un objet qu’on ne trouve pas sur place et de voir varier les conditions de milieu. Epistémologiquement, il s’agit d’une démarche fondamentale. Il est donc vraiment important que des expéditions puissent encore voir le jour et qu’elles se fassent en relation avec le public. En effet ces grandes expéditions ont contribué à l’évolution théorique des disciplines naturalistes et ont de surcroît alimenté l’imaginaire et l’intérêt du public pour les questions scientifiques.

 

5. À quelle période peut-on commencer à dater les premiers inventaires de faune et de flore effectués par les scientifiques ?

 

Les premiers inventaires datent de la fin du XVIIème siècle, mais surtout du XVIIIème siècle, le siècle des Lumières. À l’époque, on parlait de catalogues et non d’inventaires car il y a dans ce mot une notion de fragilité et d’appartenance à un patrimoine ; c'est-à-dire que le mot inventaire suggère une peur de la disparition, ce qui n’était pas le sentiment unanime à l’époque des premiers voyages naturalistes.

 

6. Pourquoi les scientifiques ont alors ressenti le besoin de faire des catalogues de la biodiversité ?

 

Ce besoin d’élaborer des catalogues répond tout d’abord à des motivations économiques. 
D’une certaine façon, ce sont les Européens qui font le catalogue de la diversité biologique des autres parties du monde donc de ce point de vue-là, on ne peut pas ne pas parler de différentes aires culturelles. Sur place, ils rencontrent des savoirs locaux concernant cette diversité. Selon les cas, les pays et les individus, soit ils prennent en compte ces savoirs et il y a rencontre et métissage culturels, soit ils arrivent en pays conquis et alors il y a un vide. En fait, tout n’était pas forcément déjà connu et il arrivait aussi aux scientifiques de découvrir des plantes ou des animaux auxquels les gens sur place n’avaient pas forcément pris garde. 
Un paradoxe est souvent soulevé par les auteurs du XVIIIème siècle. En effet, les plantes et animaux rencontrés sont déjà intégrés aux cultures sur place. Or, en l’honneur d’Adanson, on a donné au baobab le nom d’Adansonia, mais lui-même protestait en arguant qu’il s’agit d’un arbre africain et qu’il faut donc l’appeler baobab et non du nom de son descripteur européen !

 

Un des autres buts de ces catalogues était aussi de répertorier les ressources dont on dispose, c'est-à-dire la diversité qui est utile pour l’homme. Avant même les premiers naturalistes en voyage en Amérique, les marins avaient déjà rapporté le tabac, la pomme de terre, la tomate, le maïs etc… 


Le cadre de vie quotidien, les jardins et la nourriture sont profondément marqués par le transfert des plantes et animaux d’un continent à l’autre. C’est l’époque où on rêve d’acclimater quantités d’arbres dans nos forêts.

 

7. Certaines espèces étaient aussi rapportées à la cour : ont-elles contribuées à l’élaboration des cabinets de curiosités ?

 

Les espèces étaient effectivement rapportées à la cour, mais mortes et constituaient les cabinets de curiosité. Par la suite, toutes les espèces vivantes collectées ont permis d’élaborer des cabinets d’histoire naturelle. 


On peut dire d’une certaine façon qu’à la Renaissance et au début du XVIIème, on cherche l’élément curieux comme par exemple le rémora, la rose de Jéricho, le bezoar, la dent de Narval. Ensuite, les scientifiques se sont dits que toutes les coquilles d’escargot des jardins, tous les chênes d’Amérique du nord pourraient être aussi intéressants à étudier. On passe donc de l’extraordinaire, du curieux et du merveilleux à une forme de recherche d’exhaustivité. 


Cette recherche est liée à des intérêts économiques, à la recherche de médicaments, mais aussi à une idée de la richesse de la nature. Pour Galilée et les autres géomètres, la nature est écrite en langage mathématique, mais pour les naturalistes, c’est un trésor. Les idées religieuses étaient omniprésentes et soulignaient une profusion de la nature. Le premier jardin botanique était pour eux celui d’Eden ! Finalement, la connaissance de la biodiversité était à l’époque une façon de se rapprocher le plus possible de Dieu et des créatures qu’il aurait créées… 


Ceci me rappelle une plaisanterie à propos du généticien Haldane : un théologien lui avait demandé si l’histoire naturelle nous apprenait quelque chose sur Dieu et ce dernier lui a répondu : "Oui ! Un amour immodéré des coléoptères !"…

 

8. Comment procédaient ces scientifiques pour faire le catalogue de toute cette faune et flore, sachant que les techniques de l’époque n’étaient pas aussi sophistiquées que celles d’aujourd’hui ?

 

Il existe un livre d’Yves-Marie Alain sur le voyage des plantes à l’époque de la marine à voile. On note que le transport des plantes vivantes présente un aspect héroïque et lourd de conséquence. Actuellement, on ne s’étonne plus de trouver du café ‘pur Arabica Colombie’ alors que l’aire d’origine de ce café est dans la péninsule arabique ! Ces plants ont été transportés par les Hollandais dans leurs colonies d’Asie du sud-est, donnés ensuite au Jardin des plantes de Paris puis transportés dans les Antilles. L’histoire raconte que le premier voyageur qui a apporté un pied de café aux Antilles a partagé sa ration d’eau avec son plant de café à cause d’une pénurie à bord ! De même, Bernard de Jussieu aurait rapporté d’Angleterre, un cèdre du Liban dans son chapeau ! Cet arbre se trouve actuellement au Jardin des plantes.

 

L’important est de constater qu’il s’agit d’une tâche difficile, qui est réalisée aux XVIIIème et XIXème siècles. De ces expéditions, il nous reste des caisses dont l’une est actuellement exposée dans la grande galerie de l’évolution du Muséum de Paris -sorte de petites serres de voyage faites en grillage et verre pour le transport de plantes vivantes. Le transport des graines était lui plus facile.

 

9. Ne s’agissait-il donc que de scientifiques qui partaient par pure curiosité dans le but de découvrir de nouvelles espèces ?

 

Au début, de nombreux collecteurs non scientifiques rapportaient des spécimens aux scientifiques qui pour la plupart ne voyageaient guère. Mais au fil du temps, les scientifiques ont fait partie des expéditions : il n’est qu’à rappeler le jeune Darwin partant sur le Beagle pour faire le tour du monde ou encore Philibert Commerson qui part dans l’expédition dirigée par M. Bougainville et trouve un arbuste au Brésil auquel il donne le nom du chef de l’expédition, le Bougainvillier : arbuste des zones chaudes tempérées et tropicales actuellement connu de tous !

 

10. Les scientifiques arrivaient-ils à quantifier le nombre d’espèces qu’ils inventoriaient et avaient-ils conscience des manques ?

 

Ils disposaient d’un dénombrement des espèces : quelques milliers au XVIIème siècle, quelques dizaines de milliers au XVIIIème et enfin des centaines de milliers au XXème siècle. Chaque siècle, 10 fois plus d’espèces sont mises en évidence. On ne peut pas connaître toutes les espèces, ni les retenir, ni les classer. Ainsi Tournefort, afin de les regrouper, fixa la notion de ‘genre’, puis d’autres naturalistes ont défini celle de famille etc. D’une certaine façon, le travail de classification et de nomenclature est lié aux nécessités de traiter cette multitude de plantes ou d’animaux. 

 

Concernant les manques, les scientifiques ont le sentiment que le travail de classification est indispensable d’un point de vue pratique, car pour ranger il faut classer. Cela les aide à refléter l’ordre de la nature pour donner un sens à la classification. Se pose alors le problème des transitions entre familles et la question de savoir comment boucher les « trous » entre groupes systématiques.. Tous pensent alors qu’une classification naturelle est un idéal à atteindre mais beaucoup estiment qu’on y parviendra seulement lorsque davantage de plantes seront répertoriées.

 

Imaginons que l’exploration d’une île amène la découverte de 300 espèces. Représentent-elles le tiers, la moitié ou les 3/4 de ce qui existait réellement ? Ceci restait difficile à dire. Mais des estimations ont vu le jour au fil du temps, liées à la naissance de la biogéographie. Après la phase de quête de curiosités, puis de catalogues exhaustifs s’impose l’idée d’une distribution des espèces dans l’espace. Par exemple, certaines espèces animales ou végétales se trouvent un peu partout et d’autres sont endémiques (on ne les trouve que là). 
Une idée émerge bientôt : dans les îles, il y a proportionnellement moins d’espèces que sur une surface égale de continent (à paramètres égaux).

 

11. Vous semble-t-il avisé de parler aujourd’hui de crise de la biodiversité ?

 

On peut parler de crise mais à condition de savoir qu’il ne s’agit pas de la première et qu’elle n’est pas unique. Il ne s’agit pas de ‘La Crise’ mais plutôt de plusieurs situations de crises. Il existe des diversités d’usage et de pratiques culturelles qui créent des diversités naturelles.

 

Un des intérêts d’une expédition comme SANTO 2006 est justement de prendre la mesure du changement. Ce changement a des caractères de crise mais aussi des caractères de transformations et de rencontres, même si on a l’impression que les aspects catastrophiques dominent.

 

12. Actuellement, on ne connaît que 1,5 million d’espèces alors qu’il en existerait 15 millions. Pensez-vous que la notion de crise garde alors toute sa dimension ?

 

Je ne connais pas ces chiffres et je laisse aux collègues scientifiques le soin de les préciser. Ce que l’on ne connaît pas disparaît sans doute aussi vite que ce que l’on connaît, donc il y a certainement des espèces qui disparaissent avant même qu’on ne les connaisse.
Par exemple, l’homme a eu le temps de connaître le Dodo avant sa disparition. Cela paraît rassurant car l’idée que des espèces vont disparaître sans même les avoir connues est frustrante. En effet, on ne peut alors pas en conserver de traces matérielles : certains produits de l’évolution sont perdus, ce qui prive le monde vivant de possibilités de changement. On se prive des possibilités d’évolution de nouvelles ressources, d’adaptation à des changements climatiques ou autres.

 

Je crois qu’il ne faut pas opposer l’idée de transformations continuelles dans la nature au souci de protéger, de conserver et de préserver les ressources naturelles, même si tous ces termes ne sont pas équivalents. De même il ne faut pas opposer diversité culturelle et diversité naturelle parce que la diversité des cultures vient aussi de la diversité des environnements naturels. Parallèlement, la diversité des cultures, par la diversité des usages qu’elle induit, contribue à la diversité naturelle. Il y a donc un cercle vertueux, un enrichissement mutuel et une interaction. Même si toutes les idées de développement durable présentent beaucoup d’ambiguïtés et ne sont pas toujours très claires, on relève quand même cette idée de préserver des possibilités de changements et en quelque sorte de ne pas brûler nos vaisseaux.

 

13. En voulant préserver cette biodiversité, n’y a-t-il pas un risque que l’homme canalise l’évolution des êtres vivants et finisse par la freiner ?

 

Non, l’homme ne va pas canaliser l’évolution en voulant préserver la biodiversité. Il me semble plutôt qu’il y a danger si on ne lutte pas pour préserver la biodiversité car on canalise alors l’évolution en réduisant ses possibilités. Si on ne fait rien et qu’on laisse simplement faire l’effet des forces économiques, des transformations non voulues de la nature, alors il y a danger. 
Le problème que vous soulevez existe, mais il me semble qu’il y a moins de dangers si on agit sur la préservation de la biodiversité que si on ne lutte pas et qu’on laisse polluer toutes les rivières par exemple ou si on laisse faire l’effet de serre au maximum… Car dans ce cas, on va se retrouver entraîné dans un flux de changements complètement canalisés qui ne sont pas obligatoirement ceux qui sont les plus souhaitables.

 

L’action de l’homme sur la nature a d’un autre côté des aspects positifs. C’est par ses pratiques par exemple que l’on peut nourrir autant d’hommes sur terre, qu’on a pu réguler des maladies… Il ne faut pas avoir un point de vue purement négatif, l’important c’est surtout de faire un état des lieux et être conscient du fait qu’il faut maîtriser notre propre pouvoir sur la nature. Ceci est difficile car longtemps l’homme a été faible devant la nature donc il a pris l’habitude de lutter contre elle et non de la préserver. Actuellement, encore, des éléments naturels nous rappellent que nous ne sommes pas toujours les plus forts…

 

14. Mais pensez-vous qu’il soit quand même souhaitable de conserver la biodiversité en l’état ?

 

Non, il faut ne faut pas obligatoirement conserver la biodiversité en l’état, mais il faut conserver les possibilités de changement. On peut faire le rapprochement avec l’idée de patrimoine : si on veut transmettre quelque chose aux générations futures, il ne faut ni ne toucher à rien ni « vendre la maison ». Il faut laisser évoluer les choses…

 

En fait, le problème de la crise de la biodiversité pose le problème du rythme de l’évolution. Ce rythme est devenu si important que l’extinction qui nous menace risque d’être irréversible. Si on ne maîtrise pas mieux notre ascendance sur la nature, alors vont disparaître des capacités de récupération de la nature et d’adaptation aux changements.

 

15. En fait, la crise de la biodiversité touche directement l’Homme : la prise de conscience de son existence le concerne donc directement et pas seulement la Nature au sens large. 
D’après-vous peut-on dater cette prise de conscience ?

 

Cette question est un vrai socle de discussion : je crois que tout le monde devrait pouvoir admettre que l’avenir de l’espèce humaine, au moins d’un point de vue qualitatif, réclame un certain nombre de changements dans nos attitudes vis-à-vis de la nature.

 

On trouve des naturalistes dès le XIXème siècle qui expliquent que lorsqu’une forêt disparaît - Auguste St Hilaire parle de déforestation au Brésil - plusieurs plantes utiles, comme des médicaments, sont peut-être en train de disparaître. Mais en envisageant les thèmes du changement global cela prend encore une autre échelle. Ce n’est pas simplement une espèce qui aurait pu être à l’origine de ressources importantes qui disparaît, mais c’est aussi notre propre environnement de vie.

 

La grande question qui est posée à la philosophie de l’environnement par certains auteurs est : est-ce que cette prise de conscience est suffisante ? Protéger la nature pour nous protéger c’est encore de l’anthropocentrisme, un anthropocentrisme subtil, mais un anthropocentrisme tout de même. C’est une sorte d’égoïsme intelligent. Ne faudrait-il pas aller plus loin jusqu’à reconnaître aussi une certaine forme de valeur intrinsèque aux choses de la nature ? De la même manière que l’on pense que si la Joconde, Notre Dame de Paris ou la Tour Eiffel disparaissaient cela représenterait une perte importante, de la même manière savoir que tel paysage du grand nord canadien ou telle espèce de la canopée tropicale existe, cela a une valeur.

 

En effet il faut les considérer comme des produits de l’évolution, les produits d’une histoire et dire qu’ils ont une valeur. Il ne s’agit pas de dire que leur valeur doit l’emporter sur tout autre considération et que c’est la seule valeur mais je crois qu’il faut aller un peu plus loin que l’argument d’utilité. En tout cas, défendre la nature et ses produits, d’une certaine manière, c’est aussi vouloir défendre l’Homme.

 

Le darwinisme et toute l’histoire naturelle nous ont appris que nous appartenons à cette nature et que nous sommes donc embarqués dans la même aventure qu’elle. C’est déjà une première prise de conscience et nous pouvons aller au-delà en donnant une certaine forme de valeur à des éléments de la nature. Ceci dit, s’il fallait choisir entre le virus du SIDA et les êtres humains, il n’y aurait pas à hésiter ! Mais c’est souvent très compliqué car entre les tigres et les paysans de l’Inde qui se font attaquer par les tigres, par exemple, la cohabitation est très difficile.

 

Ainsi il est parfois très difficile de concrètement arbitrer. Mais après tout, la politique, la morale et la philosophie sont pleines d’arbitrages entre des valeurs contradictoires.

 

16. Peut-on parler de « valeur » en opposition avec « utilitaire » ? Est-ce qu’historiquement on a des exemples qui montrent que les arguments utilitaires ont finalement plus de moyens de faire avancer les choses que les arguments de valeur ?

 

Dans l’histoire on retrouve les deux, mais disons que les jugements de valeur ne deviennent opérants que lorsqu’ils ont des financements. En même temps, trouver des financements pour faire quoi ? Il faut bien avoir des jugements de valeur, d’abord pour convaincre le public de l’intérêt de la chose et puis pour que cela ait un sens. 

 

On ne va pas dire que l’on envoie une expédition avec 150 scientifiques et que l’on donne des moyens financiers simplement pour donner bonne conscience à des groupes industriels. On va dire que :

- l’expédition a un intérêt scientifique parce que cela fait partie de la gloire de l’esprit humain de chercher à connaître le réel

- que pour protéger les éléments de la nature, il faut les connaître

- que cette nature est aussi le cadre de vie de culture et de populations locales avec lesquelles on peut essayer d’établir d’autres liens que ceux qui existaient à l’époque coloniale.

 

Ce sont là des arguments de valeur morale. Regardez ce qui se passe avec l’art, les journées du patrimoine mobilisent un tas de gens. Finalement l’humanité marche aussi aux valeurs et pas seulement aux intérêts.

 

Mais après, une fois que l’on a déterminé par des valeurs qu’une expédition scientifique est importante pour trouver les moyens de la réaliser, il faut aussi un dédommagement en termes d’utilité. 

 

Ainsi, je mettrais d’abord le jugement de valeur, et après il faut être réaliste en cherchant des compensations, des dédommagements, des financements en termes d’utilité. Mais l’utilité pour l’utilité ne mènerait à rien…

 

17. On distingue dans le public concerné par les missions, le grand public et le public scolaire. Quel message voudriez-vous faire passer aux enseignants qui se retrouvent face aux questions de leurs élèves sur la crise de la biodiversité ? Pensez-vous que les enseignants doivent alerter les élèves ? L’enseignant a-t-il un rôle à jouer ?

 

"Alerter" est un bien grand mot car il annonce une catastrophe. Non je verrais plutôt pour l’enseignant l’idée qu’il doit transmette des notions, qu’il doit éduquer les élèves à la liberté des citoyens. 

 

La citoyenneté, la liberté, le rapport au savoir, la transmission des valeurs culturelles ça comprend entre autres choses la prise de conscience du rapport à la nature. Je crois que, d’une certaine façon, c’est ce que les enseignants ont toujours fait à l’école en transmettant la culture qui est un type de rapport à la nature.

 

L’enseignant a tellement de choses à enseigner que c’est plutôt à lui de voir dans ce qu’il enseigne ce qui s’inscrit dans la biodiversité plutôt que d’en rajouter. 
Mais peut-être que par une ruse de la raison, cette nature lointaine et exotique qui a un parfum d’aventure peut aussi amener à voir la nature proche, la nature au quotidien. Il existe également une chose qui peut être réconfortante pour les enseignants, c’est de voir que les expéditions font évoluer l’image de la science. Les élèves ont parfois une image stéréotypée de la science : celle du savant fou, de la science toute puissante, de la science confondue avec la technologie. Alors que pour les élèves, étudier la carte de répartition d’une espèce de palmier ou la reconstitution d’un arbre généalogique des poissons, c’est aborder différemment la science. Il ne s’agit pas d’opposer une bonne science, qui a un parfum d’aventure et qui est respectueuse de la nature, a une science dure, mais il s’agit de montrer qu’il y a de multiples manières de faire de la science.

 

Le pluralisme épistémologique, c’est-à-dire l’idée que toutes les démarches scientifiques ne sont pas sur le même modèle, est illustré ici. Selon la diversité des objets que l’on étudie il y a une diversité d’approche. La science reste une aventure humaine !

 

Un des aspects intéressants de l’expédition SANTO sera d’observer sur les photographies la rencontre des scientifiques avec les populations autochtones. En effet il est important de montrer que l’expédition n’arrive pas sur une terre vierge. Il y a une rencontre avec la population locale, et la science n’est pas faite que par l’Europe mais par la rencontre de l’Europe avec les autres aires culturelles."

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 11:18
Sarcosuchus imperator : 12m et 10 tonnes de crocodile

En l’an 2000, Paul Sereno et son équipe ont pu reconstituer le squelette de Sarcosuchus imperator, l’un des plus grands crocodiliens du monde. Ce crocodile géant régnait sur les rivières africaines du Crétacé moyen, il y a environ 110 millions d’années.


Sarcosuchus est issu d’une branche annexe de la famille des crocodiliens, différente de celle qui a produit les crocodiles actuels.


La découverte de Sarcosuchus


C’est à Gadoufaoua, dans le désert du Sahara, au Niger, que l’équipe de paléontologues a entamé son expédition de 4 mois.
Gadoufaoua est un cimetière légendaire de fossiles où Paul Sereno était venu chercher des fossiles de dinosaures.


En l'an 2000, il n'y a pas trouvé de dinosaures mais des fossiles de crocodiles de toutes tailles. Au Crétacé moyen, quand des rivières coulaient au milieu des plaines fertiles du Sahara, cinq espèces au moins de crocodiles peuplaient cette partie de l'Afrique. Sarcosuchus y faisait figure de monstre et ne craignait personne, pas même Suchominus tenerensis, un spinosaure muni de redoutables griffes.


En tamajaq, langue des touaregs de ce désert, Gadoufaoua signifie littéralement « « l’endroit où les chameaux ont peur de passer ». Mais pour les paléontologues, c’est surtout le plus riche gisement de fossiles de dinosaures du continent africain.


Parfois, la chance sourit aux scientifiques. Dès son arrivée, l’équipe se retrouva nez à nez avec un énorme crocodile qui, de toute évidence, devait constituer une menace pour n’importe quel dinosaure. A l’aide de brosses et de poinçons, ils commencèrent à débarrasser délicatement les mâchoires fossilisées de leur gangue de pierraille. Chacune d’entres elle faisait bien la taille d’un homme. Mais, le monstre qui disposait de telles armes n’était pas un dinosaure : c’était un gigantesque crocodile.


Sarcosuchus, cependant, n’était pas un inconnu. Une partie de ses dents coniques, de ses vertèbres, et des plaques d’écailles d’une trentaine de centimètres avaient été découvertes par Félix de Lapparent, paléontologue français, en 1947. D'autres os avaient été exhumés par Philippe Taquet, un autre paléontologue français, en 1964 sur le site de Gadoufaoua, justement.
Mais les fossiles fragmentaires étaient malheureusement insuffisants pour reconstituer l’animal.

 

Portrait d'un géant


Sarcosuchus Imperator mesurait 11 à 12 m de long. Son poids a été estimé à 9 tonnes.

Il vivait probablement au bord des fleuves et attaquait les herbivores qui venaient s'y abreuver. Quand on sait qu'un Ouranosaurus adulte mesurait 7 m de long, on se doute de la puissance de ce crocodile pour pouvoir entraîner une telle proie au fond de l'eau.

Âgés de 110 millions d'années, l'étude de fossiles découverts au Niger a permis aux scientifiques d'en savoir plus sur l'anatomie, la taille, le mode de vie et sur la place dans l'arbre de l'évolution de ce reptile géant.

Sarcosuchus possédait une superbe armure. Des écailles, d’une longueur de 30 cm, assuraient une protection efficace sur le cou, le dos et la queue.


Les scientifiques estiment que ce crocodile atteignait sa taille adulte à l'âge de 50 ou 60 ans. Certaines caractéristiques du crâne et des mâchoires de Sarcosuchus imperator pourraient le rapprocher d’une famille de crocodiles marins piscivores, comme Pholidosaurus et Terminonaris. Cependant, l'empereur des crocodiles vivait dans les rivières et avait une alimentation variée, au contraire de ses deux cousins carnivores.

 

Sarcosuchus imperator : 12m et 10 tonnes de crocodile
Sarcosuchus imperator : 12m et 10 tonnes de crocodile

Un crâne extraordinaire

 

Sarcosuchus se distingue de tous les autres crocodiliens par son crâne extraordinaire. Le crâne le plus complet fait un peu moins de 2 m de long. 

 

Plus d’une centaine de dents font saillie dans ses mâchoires étroites. Contrairement à tous les crânes des autres crocodiles, vivants ou disparus, celui de Supercroco (nom donné par Paul Sereno) s’élargit vers l’extrémité avant. On y observe une rangée de grandes incisives meurtrières. Il est évident que Sarcosuchus ne se contentait pas de poissons.


Dans le renflement, au bout du museau, loge une cavité énorme placée sous les narines. L’animal devait avoir un odorat exceptionnel et un cri tout à fait particulier.
 

Reconstitution

 

Les fossiles retrouvés ont permis de rassembler un peu plus de 50% du squelette, assez pour reconstituer un spécimen à sa taille réelle.

La BBC a fait revivre ce super prédateur, pour notre plus grand plaisir, grâce à la magie de l’informatique. (vidéo ci-dessous, cliquer ici si elle ne fonctionne pas : https://www.youtube.com/watch?v=QjeKEOMH0IM)
 

Sources : http://www.dinosoria.com/sarcosuchus.htm / National Geographic (2000) / BBC

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 10:03
Quels sont les secrets du fil d'araignée ?

SCIENCES | "Quelques gouttes de rosée sur une toile d'araignée, et voilà une rivière de diamants." Jules Renard avait bien raison d'écrire sur la beauté de cette oeuvre naturelle. Beaucoup de gens craignent les araignées, et c'est bien dommage... Non seulement elles s'occupent de nous débarrasser des petits insectes nuisibles (parfois invisibles à l’œil nu), mais elles produisent des fils dont la composition fait rêver les scientifiques. Tour d'horizon de ses extraordinaires pouvoirs...

 

Le fil d'araignée en chiffres

 

35% d'extensibilité

10X plus fin qu'un cheveu humain

5 µm (micron) de diamètre

 

De fil en fil...

 

Le fil de nylon est le matériau dont les caractéristiques se rapprochent le plus de celles du fil d'araignée

Le kevlar (matière qui constitue les gilets pare-balles) est plus dur mais moins extensible.

L'élasthanne est une fibre synthétique réputée pour son élasticité mais est moins résistante.

 

Le piège en action

 

Pour capturer les petits insectes, les toiles peuvent être gluantes ou avoir des propriétés similaires au velcro (matière auto-agrippante, ou "scratch")

 

Schéma : Les différentes fonctions du fil de soie

 

L'araignée est capable de produire différents types de soie en fonction de l'usage qu'elle en fera : pour capturer ses proies, pour construire sa toile, pour protéger ses oeufs...

 

L'araignée construit ses toiles à l'aide de fil de soie produit dans les glandes séricigènes, à l'origine à l'état liquide. Ces glandes occupent une grande partie de l’abdomen de l’araignée, qui sont à la fois des poches de fabrication et de stockage de la soie à l’état liquide. Chacune de ces glandes produit un fil qui lui est propre, à composition variable. On en distingue 6 :

 

Les glandes piriformes fournissent la sécrétion adhésive de la toile et les attaches de la toile.
Les glandes flagelliformes et les glandes agrégées produisent l'enduit aqueux qui recouvre la toile et les fibres de la spirale de capture.
Les glandes tubuliformes sécrètent la soie qui sert à construire les sac incubateurs à œufs
Les glandes ampullacées majeures fournissent les fils de la spirale auxiliaire
Les glandes ampullacées secondaires sécrètent la soie de structure, les fils de soutien des toiles
Les glandes aciniformes qui produisent la soie utilisée pour emprisonner les proies en les enroulant dans des sortes de cocons

Quels sont les secrets du fil d'araignée ?

Pour en savoir plus :

° Bravo à Fanny et Baptiste pour leur TPE sur les toiles d'araignées réalisé en 2013-2014, que vous pouvez lire ici : http://tpearaignee.e-monsite.com/ On y évoque également la spirale d'Archimède ou la composition moléculaire du fil.

 

° Regardez le reportage ci-dessous d'On n'est pas que des cobayes sur les secrets du fil d'araignée (2014) : Au programme, de belles araignées (âmes sensibles s'abstenir), une arachnologue, des expériences grandeur nature de résistance et d'élasticité, ainsi que la capture d'un humain dans une toile d'acrobranche à l'aide de velcro !

(si la vidéo ne fonctionne pas, regardez-la ici : https://www.youtube.com/watch?v=20DkJ_VC5Z4)

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 14:04

Et si les moustiques OGM développés par une société privée allaient permettre de stopper le virus Zika au Brésil et ailleurs ? Cette solution avait déjà été utilisée contre la dengue, au Brésil, en 2012 : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/07/17/un-moustique-transgenique-contre-la-dengue_1734682_3244.html.

 

 

Le virus Zika, connu depuis 1947, suscite de nombreuses inquiétudes depuis son développement récent principalement en Amérique du Sud. S’il présente souvent peu de risques pour la majorité des personnes atteintes, il peut provoquer une microcéphalie chez le fœtus d’une femme enceinte touchée et augmente probablement le risque de syndrome de Guillain-Barré chez les malades.


Les inquiétudes sont vives, mais des solutions scientifiques existent, parfois depuis de nombreuses années.


Le DDT, une solution ancienne mais peu populaire


Transmis essentiellement par les moustiques, le Zika peut être éradiqué en agissant sur la cause première, les moustiques. La solution la plus ancienne est le DDT, un insecticide puissant pour lutter contre les moustiques et malheureusement largement interdit pour des considérations environnementales, de résistance de certaines espèces ou encore législatives. Pourtant il agit efficacement contre de nombreuses maladies (paludisme, dengue, chikungunya, etc.). Comme le soulignait une étude de 2013 de l’Institut Économique Molinari :


"Le DDT est une référence dans la lutte contre le paludisme au milieu du 20ème siècle. Soupçonné notamment de nuire à certains oiseaux, son utilisation est abandonnée [dans certains pays]. Or, cet abandon s’est accompagné d’une résurgence de la maladie dans de nombreux pays, causant 756 000 morts en moyenne par an (2000-2010) dans le monde."

 

La vraie nouveauté : les moustiques OGM


La piste plus intéressante et sur laquelle les scientifiques misent le plus est la piste des OGM pour lutter contre le Zika.


Comme le relate un excellent article de la Technology Review du MIT aux États-Unis, des scientifiques ont mis au point des moustiques OGM, dont le très gros atout est d’être fertiles. Ils sont relâchés en grand nombre dans les zones infectées et, en remplaçant les populations autochtones de moustiques, ils en causent aussi la fin, ou au moins la très forte diminution.


Une fois les populations de moustiques fortement réduites, les risques de transmission du Zika, de la dengue ou de Chikungunya deviennent très faibles. Pour y arriver, ces scientifiques lâchent dans la nature des centaines de milliers de ces moustiques OGM lors de grandes tournées en camion dans les zones infectées1.


Des résultats provisoires mais extrêmement encourageants


10 mois après le lancement d’un pilote en avril 2014 dans deux villes du Brésil (5 600 habitants), le nombre de cas de dengue y a chuté, de 133 en un an à… 1. Autrement dit, les moustiques OGM ont permis de stopper complètement la dengue dans les zones où ces moustiques sont testés. Et les perspectives pour Zika semblent encourageantes, la transmission étant identique.


Ces moustiques OGM ont été développés par une entreprise privée de biotechnologies, Oxitec2. La société est basée au Royaume-Uni et a mis au point ces moustiques en 2013, originellement pour lutter contre la dengue, une autre infection transmise par les moustiques et qui représente un grave problème de santé publique au Brésil en particulier. Depuis, cette solution est en cours de test dans plusieurs endroits du monde lourdement impactés par les maladies transmises par les moustiques.


La principale difficulté de cette approche est qu’il faut lâcher suffisamment de moustiques stériles pour faire disparaître les moustiques de la région concernée, ce qui nécessite de gros investissements à chaque fois, et très probablement récurrents. Autre incertitude, la connaissance parcellaire de l’évolution de ces moustiques dans l’environnement sur le long terme et la crainte de créer un nouveau problème avec les lâchers massifs. C’est pourquoi dans les différentes phases de test, il y en a une d’essai destinée à appréhender la réception populaire de ces lâchers de moustiques.


Dans les zones testées, les scientifiques ont pu mesurer une baisse de 80% de la population autochtone de moustiques.


D’autres pistes scientifiques


D’autre solutions scientifiques s’avèrent très encourageantes, comme ces recherches menées en Australie pour injecter la bactérie Wolbachia à des centaines de milliers de moustiques. Une fois injectés, les moustiques ne peuvent plus transmettre de nombreuses maladies, dont le virus Zika, comme le souligne un article du New York Times.


Alors que la situation financière du Brésil est précaire, les organisations non gouvernementales jouent un rôle majeur pour financer les recherches ou les expérimentations. Ainsi de la fondation Bill & Melinda Gates qui, aux côtés de la fondation anglaise Wellcome Trust, a investi 40 millions $ dans ces recherches sur la bactérie Wolbachia, qui est en cours de test en Australie ou en Amérique Latine.


Enfin, d’autres chercheurs, à des stades moins avancés, essaient de modifier en masse les gènes des populations de moustique, avec la technologie dite du « gene drive », mais qui doit encore faire ses preuves.


Le refus dangereux des OGM


Cependant, comme à chaque fois en France avec les OGM, le refus systématique des OGM vient mettre en danger ces recherches, et les craintes pas forcément fondées passent souvent devant l’intérêt sanitaire.


Sans surprise, les adversaires classiques des OGM ont déjà commencé à s’agiter, essentiellement chez les écologistes ou à l’extrême gauche. Ainsi du journal Bastamag, « journal indépendant » classé très à gauche et qui a déjà sévèrement critiqué les recherches d’Oxitec dans un article alarmiste de 2014 : Des millions de moustiques OGM sur le point d’être commercialisés au Brésil.


Or, à refuser d’avancer dans cette voie par crainte injustifiée des OGM, il y a un gros risque, la transmission par voie sexuelle de Zika ayant été avérée dans plusieurs pays désormais. Et à ce stade, les moustiques OGM ne peuvent plus rien.


Espérons que, pour le bien des millions de personnes concernées, la raison et la science sauront l’emporter sur des inquiétudes excessives et sur un principe de précaution mal compris, qu’il importe de mettre en rapport des millions de personnes qui continueront à être infectées si l’on ne fait rien.
 

Source : https://www.contrepoints.org/2016/03/29/244636-virus-zika-moustiques-ogm

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 13:05

3 séries documentaires scientifico-comiques pour en savoir plus sur les comportements des animaux, grâce à la scénariste et actrice Isabella Rossellini.

 

Afficher l'image d'origine

 

Avec "Seduce me", on apprend en vidéo les techniques de séduction des insectes, poissons et autres bêtes qui volent ou qui nagent. 

 

 

Lien : https://www.youtube.com/playlist?list=PLfJMfBbRvIsiApGUTK1NQH7bj2eLzfQSq

 

Avec "Green Porno", on découvre les moeurs sexuelles des animaux.

 

 

Lien : https://www.youtube.com/playlist?list=PL14F6452A495787DE

 

 

Avec "Mammas", série scientifico-comique sur les comportements animaux, l'actrice Isabella Rossellini dynamite les idées reçues sur la maternité.

 

Elle est une maman hamster (mesocricetus auratus) qui dévore sans état d'âme deux de ses bébés pour se requinquer, "récupérer un peu de protéines et vitamines perdues à l'accouchement". Elle est une femelle coucou (cuculus canorus) qui pond ses oeufs dans le nid d'une autre espèce pour ne pas se fatiguer à les élever... et bien d'autres bestioles !

 

Les épisodes ont été diffusés sur Arte en février 2013.

 

 

Lien : https://www.youtube.com/playlist?list=PLfJMfBbRvIsiHAc_thcM4ICBYzqO8QPP2

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 13:00

Un diagnostic alarmant | L’état des populations d’oiseaux, de papillons de jour, l’abondance et la variété des plantes sont les trois indicateurs sur lesquels Natureparif, une agence régionale d’une vingtaine de personnes chargée du recueil et de la diffusion de connaissances sur la nature, s’appuie pour estimer, chiffres à l’appui, l’« état de santé de la biodiversité en Ile-de-France ». Son diagnostic est alarmant : il conclut globalement à « une diminution importante des espèces et de leurs effectifs en Ile-de-France ». Seul le milieu forestier, qui représente 23 % du territoire, s’en sort mieux. Deux cents naturalistes ont contribué à cette étude, portée au plan national par le Muséum national d’histoire naturelle.

 

La population de bruant proyer a chuté de 43 % en douze ans

 

« Notre objectif est scientifique, nous visons des données chiffrées significatives, il ne s’agit pas d’une vue subjective », assure Audrey Muratet, chargée de mission à Natureparif, et auteure de l’étude. Les recensements, qui se font selon un protocole précis dans une centaine de secteurs géographiques en Ile-de-France, permettent d’évaluer à 21 % la baisse de l’abondance des oiseaux dans la région depuis 2002 ; celle des papillons à 8 % depuis 2005 ; tandis que la diversité des plantes est restée stable depuis 2009.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/05/13/la-biodiversite-decline-fortement-en-ile-de-france_4919366_1652692.html#CqSRCIClWX4tYyF2.99

 

Le site de Natureparif : http://www.natureparif.fr

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 12:04

Les drones sont partout aujourd’hui. Et pour les forces de l’ordre, ils représentent un problème. Par exemple le mois de février dernier, en France, des drones ont été aperçus qui survolaient divers lieux emblématiques de Paris, ou des centrales nucléaires.

 

La police néerlandaise a un début de solution contre ce fléau.

 

Plusieurs pays, comme l'Angleterre ou le Japon, tentent de trouver des solutions aux drones non autorisés. Rayons capables de les geler, fusils, utilisation de filets... De son côté, la police néerlandaise teste actuellement la neutralisation des drones par des aigles : les Pays-Bas ont choisi d'apprendre à des aigles à intercepter les drones intrusifs, notamment lorsqu'ils se déplacent dans des zones aéroportuaires.


Dans cette vidéo, la police annonce collaborer avec des fauconniers de Guard From Above pour neutraliser les drones. Et les premiers essais se montrent très concluants, les aigles n’ayant aucun mal à neutraliser l’objet, puis à le ramener à terre.

 

 

https://youtu.be/HifO-ebmE1s 


Notons que ce sont des DJI (marque chinoise de drone) qui sont utilisés dans l’entraînement. Des drones de taille raisonnables mais assez petits pour être pris dans les serres d’aigles. En tout cas, la chose fonctionne et nous sommes curieux de voir comment la police arrivera à gérer ça dans des conditions réelles.

 

Sources: http://www.journaldugeek.com/2016/02/01/pays-bas-des-aigles-pour-lutter-contre-les-drones/ - http://www.numerama.com/tech/142407-des-aigles-dresses-pour-capturer-des-drones-aux-pays-bas.html 

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 14:37

Aedes aegypti est une espèce de moustique qui est le vecteur principal de la dengue, du zika, du chikungunya et de la fièvre jaune.

 

 

Aedes aegypti, ou plus communément "moustique tigre"

 

 

Adieu le Podium : Pourquoi des préoccupations de santé publique concernant la propagation mondiale du virus Zika signifient que les Jeux Olympiques de 2016 ne doivent pas avoir lieu à Rio de Janeiro

 

 

Article d’Amir Attaran, DPhil, LLB, MS. Faculté de médecine et de droit à l’Université d'Ottawa. Source : http://harvardpublichealthreview.org/off-the-podium-why-rios-2016-olympic-games-must-not-proceed/. Traduction : Delphina pour Passion Animale, de l’anglais vers le français.

 

 

Le problème de Zika au Brésil n’est toujours pas réglé. L'épidémie qui a commencé dans le nord-est du pays a atteint Rio de Janeiro, où elle est en plein essor. Des études cliniques sont de plus en plus nombreuses à considérer que l'infection Zika n’est pas seulement associée à une microcéphalie pédiatrique et des dommages au cerveau, mais aussi à des conséquences sur les adultes telles que le syndrome de Guillain-Barré [1] et l'encéphalomyélite aiguë disséminée, qui sont invalidantes et parfois mortelles. [2]

 

 

Autrement dit, l'infection Zika est plus dangereuse, et l'épidémie du Brésil plus étendue, que les scientifiques ne le pensaient il y a peu de temps. Ce qui conduit à une amère vérité: les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2016 doivent être reportés, déplacés, ou les deux, comme une concession de précaution. Il y a cinq raisons.

 

 

Tout d'abord, Rio de Janeiro est plus affecté par Zika qu’on ne l’escomptait, ce qui remet en cause les hypothèses antérieures de sécurité devenues obsolètes. Quand en Janvier le Comité international olympique a déclaré Rio «environnement sûr» pour les Jeux, il spéculait, parce que le ministère brésilien de la Santé retardait jusqu'en Février l’obligation de déclarer les cas de Zika et le comptage des cas. [3] [4] Maintenant, avec les données enfin disponibles, la situation ne semble pas si sûre: les cas Zika soupçonnés de Rio de Janeiro sont les plus élevés de tout l’état du Brésil (26.000), et son taux d'incidence est le quatrième pire (157 pour 100.000) [5] Ou dit autrement : selon les données officielles du Brésil, Rio n’est pas en marge de l'épidémie, mais au centre.

 

Beaucoup ont suggéré que Zika suivrait le modèle d'autres maladies transmises par les moustiques durant les mois d’hiver à Rio de Juillet à Septembre. Bien que cela soit probablement vrai, personne ne sait réellement parce que Rio n'a jamais connu un hiver avec Zika avant. Si l'on suppose, raisonnablement que Zika se comportera comme la fièvre de la dengue, car elle est causée par des virus apparentés et transmis par le même aegyptimosquito aedes, alors la transmission de Zika va refluer, mais ne disparaîtra pas dans l'hiver de Rio, tout comme la dengue a fait l’hiver passé.

 

Cependant, personne ne sait comment se déroulera l’hiver, surtout cette année, parce que Rio subit une poussée de maladie surprenante et inexpliquée: dans la ville de à Rio de Janeiro, les cas de dengue au cours du premier trimestre de 2016 sont six fois supérieure à l’année dernière (8.133 cas, contre 1.285 cas). [6] [7] Cette hausse vertigineuse est très inquiétante, car elle coïncide à peu près avec la plus grande mobilisation militaire dans l'histoire du Brésil, visant à intensifier les efforts d’éradication des moustiques. [8] Il semblerait que ces efforts impressionnants ne fonctionnaient pas aussi bien qu'espéré à Rio, et avec la ligne de base à partir de la maladie transmise par l’ Aedes beaucoup plus élevée que l'an dernier, il est loin d'être garanti que le reflux de l'hiver prochain créera un «environnement sûr» pour les jeux.

 

 

Deuxièmement, bien que le virus Zika ait été découvert il y a près de 70 ans, la souche virale qui a récemment atteint le Brésil est clairement nouvelle, différente, et beaucoup plus dangereuse que le"vieux" Zika. Une cartographie phylogénétique montre que ce virus est arrivé au Brésil de la Polynésie française en 2013. [9] Bien que le danger soit passé inaperçu en Polynésie française au début, des analyses rétrospectives montrent maintenant que le risque de microcéphalie a augmenté de 23 à 53 fois. [10]

 

Des études ultérieures du Brésil aujourd'hui soutiennent que la relation est vraiment causale. [11] Par exemple, à Rio de Janeiro - où les Jeux auront lieu - une étude très récente montre que chez les femmes souffrant d'infections Zika confirmées pendant la grossesse, 29% d’entre elles présentaient des anomalies fœtales à l'échographie. [12] en outre, les cas de microcéphalie brésiliens ont une constellation inhabituelle de malformations congénitales plus sévères que la microcéphalie classique et suggèrent une «séquence de perturbation du cerveau du fœtus» dans lequel le développement du cerveau et du crâne se bloque, tandis que d'autres caractéristiques anatomiques, comme la peau du cuir chevelu, continuent de se développer.

 

Les effets sur le système nerveux adulte commencent seulement à être étudiés, mais les résultats préliminaires ne sont pas concluants, et suggèrent que l'exposition au virus est liée à la maladie de Guillain-Barré, ce qui augmente les risques de 60 fois [13] La science ne peut pas encore expliquer ce qui rend cette nouvelle épidémie virale polynésienne/brésilienne exceptionnellement neuropathologique, alors l'hypothèse doit être que si elle se propage à d'autres endroits, elle nuira à la santé humaine également. Si seulement nous savions… Nous ne savons pas, alors la prévention est nécessaire.

 

 

Troisièmement, alors que le Zika brésilien va inévitablement se répandre dans le monde – les virus ont toujours le temps - il n’a besoin de personne pour accélérer sa propagation. [14] En particulier, Zika n’a pas besoin qu’environ 500.000 touristes étrangers affluent dans Rio pour les Jeux, que potentiellement ils s’infectent, et qu’ils reviennent dans leurs foyers en emmenant avec eux les Aedes locaux, et en facilitant la contamination par la transmission sexuelle. [15] [16]

 

Il suffit d’un seul voyageur infecté: en effet des analyses établissent que épidémie cataclysmique du Brésil provient de cas isolés d'introduction virale, probablement entre mai et décembre 2013. Quelques introductions virales de ce genre, dans quelques pays, ou même quelques continents, aboutiraient à une catastrophe sanitaire mondiale à part entière. Les scientifiques peuvent être en désaccord sur l’impact d’une migration massive de 500.000 étrangers sur l’accélération de la propagation mondiale du virus aggravant la pandémie, mais personne ne peut vraiment soutenir qu’elle ralentira ou améliorera la situation.

 

 

Quatrièmement, il faut supposer que si les Jeux accélèrent la propagation de Zika, le travail déjà urgent d'inventer de nouvelles technologies pour l'arrêter devient plus difficile. La recherche de base contre Zika s’améliore rapidement, et avec le temps, les chances augmenteront que les scientifiques puissent développer, tester et prouver la valeur d’un vaccin efficace contre le virus, ou d’un médicament antiviral, ou d’un insecticide, ou d’un moustique génétiquement modifié. Mais en propageant le virus plus rapidement et plus loin, les Jeux privent les scientifiques de la chose la plus précieuse dont ont besoin les scientifiques pour construire de telles défenses : le temps.

 

 

Cinquièmement, organiser les Jeux viole ce que l’ « Olympique » représente. Le Comité International Olympique (CIO) écrit que l’ « Olympisme cherche à créer [...] la responsabilité sociale et le respect des principes éthiques fondamentaux universels». Mais dans quelle mesure est-il socialement responsable ou éthique de propager la maladie?

 

Les amateurs de sport qui sont assez riches pour visiter les Jeux de Rio choisissent les risques de Zika pour eux-mêmes, mais quand certains d'entre eux retournent à la maison infectés, leurs concitoyens supportent le risque aussi - ce qui signifie que l’avantage est pour l'élite, mais l'inconvénient est pour les masses. Ce problème d'équité prend une signification supplémentaire dans les pays plus pauvres, plus faibles, comme le Nigeria, l'Inde ou l'Indonésie, qui n'ont pas obtenu les ressources pour lutter contre Zika, contrairement au Brésil –effort qui de toute façon se révèle insuffisant. Imposer ce risque pour des Jeux qui sont, par essence, « panem et circenses », cela semble éthiquement discutable.

 

 

Ce qui nous amène à une question simple : Rien que pour les Jeux, faut-il envoyer un demi-million supplémentaire de visiteurs au Brésil en ce moment? Bien sûr que non: la migration de masse dans le cœur d'une épidémie est une inconscience, une indifférence vis-à-vis de la santé publique. Et étant donné le choix entre l'accélération d'une nouvelle maladie dangereuse ou non -car il est impossible que les Jeux ne ralentissent Zika- la réponse devrait être une évidence pour les organisateurs olympiques aussi. En mettant de côté la sentimentalité, les Jeux de Rio 2016 ne doivent clairement pas avoir lieu.

 

 

Il existe un précédent de flexibilité. Récemment, les ligues de baseball américaines ont été rééchelonnées et déplacées sur Puerto Rico en raison de Zika. [17] Historiquement, les Jeux Olympiques d'hiver de 1976 ont été déplacés, et les Jeux olympiques d'hiver de 1994 ont rompu avec le calendrier régulier. Londres, Pékin, Athènes et Sydney possèdent encore des installations olympiques utilisables pour prendre le relais de Rio. Depuis que le CIO a décidé en 2014 que les Jeux Olympiques pourraient être partagés entre les pays, les événements sportifs pourraient même être morcelés, on pourrait tourner l’événement Zika d’un négatif en un positif sans précédent: Les premiers Jeux Olympiques transcontinentaux, des Jeux Olympiques véritablement mondiaux. [18]

 

 

Chacune de ces alternatives coûtera de l'argent bien sûr. Mais à moins que ceux qui aient un intérêt financier dans les Jeux aient mal prévu, ils auront l'assurance annulation, les clauses échappatoires juridiques pour cas de force majeure, et une stratégie de sortie. Aucune raison financière ne peut justifier qu’on mette en jeu la santé de la population mondiale. Car si les victimes financières peuvent récupérer leurs pertes ou même faire faillite et reconstruire, pour les victimes d’une pandémie mondiale il n'y a pas les mêmes conséquences.

 

Malheureusement, au lieu de discuter des alternatives, le Comité international olympique et l'Organisation mondiale de la santé semblent être dans le déni profond. Interrogé sur Zika, le plus ancien membre du CIO, Dick Pound, tourne en dérision « une crise fabriquée » pour tout le monde, sauf les femmes enceintes (fabriquée par qui?). [19] Avec les données épidémiologiques évidentes les plus récentes sur Rio, et les nouvelles études cliniques, tout prouve que Zika provoque de la microcéphalie et, peut-être, la maladie de Guillain-Barré, the IOC’s sanguine : la déclaration officielle du CIO sur ‘Zika et les Jeux de Janvier 2016’ est désespérément obsolète-cette organisation doit maintenant briser son long mois de silence.

 

 

Pire encore, l'OMS n'a jamais publié une déclaration officielle sur Zika et les Jeux Olympiques. Quand je pressai l'OMS à ce sujet en Avril, un porte-parole « était d’accord » avec la déclaration obsolète du CIO, mais a refusé de répondre à la question directe de savoir si l'OMS a confiance dans la sécurité des Jeux de Rio. [20] Il est déplorable, incompétent et dangereux que l'OMS, qui a à la fois l'expertise en santé publique et le devoir de protection de la santé, suive sans mot dire le CIO, qui n'a aucune de ces deux compétences. L’hésitation de l’OMS rappelle ses erreurs avec le virus Ebola, une fois de plus.

 

 

Rien de tout cela n’est destiné à nier que les Jeux sont un événement bien-aimé. Mais où est l'amour vis-à-vis des éventuelles victimes d'une catastrophe mondiale prévisible: adultes malades ou décédés, et des bébés pour qui le risque de séquence de perturbation du cerveau fœtal - prenez ces termes froidement cliniques avec précaution-, est aussi terrible que cela puisse paraître, et éteint l'espoir d'une vie normale avant même qu'elle n’ait commencé? Avec des enjeux comme ça, ces Jeux Olympiques ne sont clairement pas un jeu du tout.

 

 

REFERENCES
[1] Cao-Lormeau V-M, Blake A, Mons S, et al. Guillain-Barré Syndrome outbreak associated with Zika virus infection in French Polynesia: a case-control study. Lancet 2016; 387:1531-39.
[2] Brito Ferreira ML. Neurologic Manifestations of Arboviruses in the Epidemic in Pernambuco, Brazil. Abstract presented at the 68th Annual Meeting of the American Academy of Neurology, April 10, 2016. Available at: https://www.aan.com/PressRoom/home/GetDigitalAsset/12033.
[3] International Olympic Committee, “IOC Statement on Zika”, January 29, 2016. Available at: http://www.olympic.org/Documents/Commissions_PDFfiles/Medical_commission/IOC_Statement_on_Zika-eng.pdf
[4] Government of Brazil, “Notificação de casos pelo vírus Zika passa a ser obrigatória no Brasil”, February 18, 2016. Available at: http://portalsaude.saude.gov.br/index.php/cidadao/principal/agencia-saude/22237-notificacao-de-casos-pelo-virus-zika-passa-a-ser-obrigatoria-no-brasil.
[5] Ministério da Saúde, Secretaria de Vigilância em Saúde. Boletim Epidemiológico 2016;47(18). Available at: http://portalsaude.saude.gov.br/images/pdf/2016/abril/27/2016-014—Dengue-SE13-substitui—-o.pdf
[6] Prefeitura da Cidade do Rio de Janeiro, Superintendência de Vigilância em Saúde. Número de Casos de Dengue por mês, 2016. Available at: http://www.rio.rj.gov.br/dlstatic/10112/6062171/4159109/denguenotificadosexcetodescartadosMes_2016_21_03_2016.htm
[7] Prefeitura da Cidade do Rio de Janeiro, Superintendência de Vigilância em Saúde. Número de Casos de Dengue por mês, 2015. Available at: http://www.rio.rj.gov.br/dlstatic/10112/5880996/4153672/denguenotificadosexcetodescartadosMes2015_25_01_2016.htm
[8] Jonathan Watts, “Zika virus command centre leads biggest military operation in Brazil’s history” The Guardian March 30, 2016. Available at: http://www.theguardian.com/world/2016/mar/30/brazil-zika-war-virus-military-operation.
[9] Faria NR, do Socorro da Silva Azebedo R, Kraemer MUG, et al. Zika virus in the Americas: Early epidemiological and genetic findings. Science. Published online March 24, 2016. DOI: 10.1126/science.aaf5036
[10] Cauchemez S, Besnard M, Bompard P, et al. Association between Zika virus and microcephaly in French Polynesia, 2013–15: a retrospective study. Lancet 2016: doi:10.1016/S0140-6736(16)00651-6.
[11] Rasmussen SA, Jamieson DJ, Honein MA, Petersen LR. Zika Virus and Birth Defects — Reviewing the Evidence for Causality. NEJM 2016; DOI: 10.1056/NEJMsr1604338.
[12] Brasil P, Pereira JP Jr, Raja Gabaglia C, et al. Zika virus infection in pregnant women in Rio de Janeiro — preliminary report. NEJM 2016; DOI: 10.1056/NEJMoa1602412
[13] Brasil, P, Sequeira PC, Freitas AD, Zogbi HE, et al. Guillain-Barré syndrome associated with Zika virus infection. Lancet 2016;387:1482.
[14] See mapping of the 2016 Zika Outbreak at http://www.healthmap.org/zika/#timeline.
[15] Oster AM, Russel K, Stryker JE, Friedman MS, et al. Update: Interim Guidance for Prevention of Sexual Transmission of Zika Virus — United States, 2016. MMWR 2016;65(12):323-5.
[16] Petersen LR, Jamieson DJ, Powers AM, Honein MA. Zika virus.NEJM 2016;374:1552-63.
[17] Associated Press. Major League Baseball, Wary of Zika Virus, Moves Games From Puerto Rico. New York Times May 6, 2016. Available at http://www.nytimes.com/2016/05/07/sports/baseball/pirates-marlins-zika-virus-puerto-rico.html.
[18] Associated Press. I.O.C. Approves Sweeping Reform Package. New York Times December 8, 2014. Available at: http://www.nytimes.com/2014/12/09/sports/olympics/ioc-approves-tv-channel-and-changes-in-bidding-process.html
[19] Anne M. Peterson, “Zika outbreak concerns some athletes planning families”, Associated Press February 28, 2016. Available at: http://bigstory.ap.org/article/0c2a836f480845cd9348517d021cb5f9/zika-outbreak-concerns-some-athletes-planning-families.
[20] Personal communication from Nyka Alexander, WHO Zika media team, April 20, 2016.

 

 

Pour en savoir plus : http://www.cbc.ca/radio/thecurrent/the-current-for-may-10-2016-1.3574840/zika-concerns-prompt-call-to-postpone-or-move-rio-olympic-games-1.3575004

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Publié par Delphina - dans Sciences Actualités
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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 18:26

Afin d'intéresser le maximum de personnes aux données scientifiques sur le réchauffement climatique, trop souvent négligées selon elle, l'artiste américaine Jill Pelto les a traduites en tableaux paysagers. "Les datas, et la façon dont l'être humain les influence en émettant des gaz à effet de serre, forment une part essentielle du paysage et des changements qui se produisent sous nos yeux", souligne le site d'information scientifique Grist. Jill Pelto est particulièrement sensible à la fonte des glaces et à la disparition d'espèces animales dans le Grand Nord, son père, chercheur sur cette thématique, l'y ayant emmenée de nombreuses fois.

Source : courrier international.

 

SON SITE OFFICIEL : http://www.jillpelto.com/gallery/

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